PubGazetteHaiti202005

Haïtiens interdits d’entrée aux États-Unis : EDE écrit au Département d'État américain pour demander une révision ou un assouplissement de la décision

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Dans une lettre datée du 5 juin 2025, le parti politique Les Engagés pour le Développement (EDE) a écrit au secrétaire d'État américain, Marco Rubio. La structure politique dirigée par Claude Joseph qui dit prendre acte de la nouvelle décision interdisant à des ressortissants haïtiens de rentrer aux États-Unis, en a profité pour décrypter les causes et la gravité des conséquences qui en découlent. EDE demande  une révision ou un assouplissement tenant compte de la situation désastreuse en Haïti.


La nouvelle décision américaine interdit l’entrée sur le territoire des États-Unis aux ressortissants de douze pays, dont Haïti. Selon le récent communiqué de la Maison-Blanche, cette mesure vise à préserver la sécurité intérieure des États-Unis, en raison notamment « du taux élevé de dépassement de visas » par les citoyens de ces pays.

Face à cette décision aux effets de bombe, le parti Les Engagés pour le Développement (EDE) n’a pas rasé les murs. Soulignant la récente demande conjointe avec les signataires de l’Accord du 21 décembre pour la désignation de certains gangs haïtiens comme organisations terroristes, EDE dit saluer la réponse positive de Washington comme une réponse cruciale dans la lutte contre l'insécurité. 


Cette lettre signée par le secrétaire général du parti, Claude Édouard, et par son président du Conseil stratégique, Claude Joseph, s’inscrit dans une double démarche : « reconnaître les efforts de l’administration américaine en matière de sécurité régionale, tout en dénonçant les effets collatéraux de la mesure d’exclusion migratoire contre les Haïtiens. »

Dans ce document officiel, EDE rappelle que les groupes armés qualifiés de terroristes plongent des centaines de milliers de familles haïtiennes dans la terreur, commettent des actes de violence inqualifiables, notamment des agressions sexuelles sur femmes et enfants, et détruisent les bases de la société haïtienne. La reconnaissance internationale de leur caractère terroriste est, selon le parti, un pas vers leur isolement et une pression accrue sur leurs soutiens logistiques et financiers.

Mais cette satisfaction contraste avec la préoccupation grandissante face à la décision migratoire américaine. « Nous comprenons les impératifs de sécurité et de contrôle, mais cette mesure, qui ne distingue pas entre les profils, risque de pénaliser des Haïtiens respectueux des lois, souvent en quête de soins médicaux, d’opportunités éducatives, ou de retrouvailles familiales », lit-on dans la lettre.


Plus loin, EDE met en contexte les causes profondes de la migration haïtienne. Il évoque notamment le lourd fardeau de la dette de l’indépendance imposée à Haïti en 1825 par la France, avec la complicité tacite des grandes puissances, dont les États-Unis. Cette dette, selon le parti, a privé le pays des ressources nécessaires à son développement, compromettant l’accès à l’éducation, aux infrastructures, et à une stabilité économique durable. Pour EDE, cette blessure historique explique en partie la précarité actuelle du peuple haïtien et les tentatives désespérées de nombreux jeunes de quitter le pays.

Le parti cite également les données ayant servi à justifier la mesure américaine : un taux de dépassement de visa B1/B2 de 31,38 % et de 25,05 % pour les visas étudiants (F, M, J). Mais pour Claude Joseph et Claude Édouard, ces chiffres ne doivent pas être interprétés comme des signes de fraude délibérée, mais plutôt comme des indicateurs d’une détresse sociale extrême.

Un appel à la coopération, pas à l’exclusion

EDE tient aussi à rappeler que la majorité des Haïtiens vivant aux États-Unis sont des citoyens productifs, intégrés, et contribuant à l’économie américaine dans des secteurs clés comme la santé, l’agriculture ou les services. De plus, leurs transferts de fonds représentent à eux seuls plus de 20 % du PIB haïtien, un soutien vital pour des millions de familles.

La lettre n’a pas oublié l’histoire partagée entre les deux nations. Le parti rappelle que la Révolution haïtienne, en provoquant la défaite des troupes françaises à Saint-Domingue, a forcé Napoléon à vendre la Louisiane aux États-Unis en 1803, doublant ainsi la superficie du jeune pays. Une manière, pour EDE, de souligner les liens historiques entre Haïti et les États-Unis, souvent oubliés, mais profondément ancrés dans la mémoire géopolitique du continent.

Enfin, EDE appelle à la construction de ponts plutôt qu’à l’érection de murs entre les deux nations. Le parti réclame une révision de la mesure d’interdiction ou à tout le moins un encadrement plus souple, permettant d’épargner les citoyens haïtiens respectueux des lois, les étudiants, les malades, les familles divisées et les professionnels en quête d’une vie meilleure dans le respect des règles.

Alors que le ministère haïtien des affaires étrangères, à travers un communiqué, plaide pour « le dialogue et des solutions rapides » avec le gouvernement américain, EDE est le premier parti politique haïtien à régir suite à la décision de l’administration Trump jugée « discriminatoire » par Amnesty international. 

 

 

 

Par Wideberlin Sénexant

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