Donald Trump et Elon Musk ont officialisé jeudi leur rupture devant les caméras et sur les réseaux sociaux. Sur Truth Social, le président américain a déclaré que l'homme le plus riche du monde était "devenu fou". De son côté, le patron de SpaceX et Tesla a affirmé que "Trump aurait perdu l'élection" de 2024 sans lui et l'a accusé d'"ingratitude".
Si l'amour dure trois ans selon l'adage, la "bromance" entre Donald Trump et Elon Musk n'aura pas tenu un an : le président américain et son ex-proche conseiller, un temps alliés, se sont déchirés publiquement jeudi 5 juin, s'accusant de "folie" pour l'un, d'"ingratitude" pour l'autre.
Le président américain a assuré sur son réseau Truth Social qu'il avait mis fin à la mission budgétaire d'Elon Musk, selon lui "devenu fou" à cause d'une décision défavorable aux véhicules électriques.
"Le plus simple pour économiser des milliards et des milliards de dollars dans notre budget serait d'annuler les subventions et contrats gouvernementaux" du patron de Tesla et SpaceX, a-t-il menacé dans un autre message sur la même plateforme.
Sur son réseau X, Elon Musk a annoncé en réponse que SpaceX "commencera immédiatement à mettre hors service son vaisseau spatial Dragon", utilisé notamment par la Nasa pour acheminer des astronautes vers la Station spatiale internationale (ISS).
La joute a envoyé par le fond l'action Tesla, qui a plongé de plus de 14 % et perdu environ 150 milliards de dollars de valorisation à New York. Depuis que l'homme le plus riche le plus monde a lancé la semaine dernière un tir de barrage contre un méga-projet de loi budgétaire de Donald Trump, ce n'était sans doute qu'une question de temps avant que le divorce ne soit véritablement consommé.
C'est pendant une réunion dans le Bureau ovale avec le chancelier allemand Friedrich Merz, réduit au rôle de figurant muet, que le président américain a acté la rupture. Pendant un échange avec les journalistes, retransmis en direct, Donald Trump s'est dit "très déçu" par le multimilliardaire.
"Elon et moi avions une bonne relation. Je ne sais pas si c'est encore le cas", a-t-il lancé à propos de son ancien "conseiller spécial", qui n'a quitté que vendredi dernier la mission de réduction des dépenses publiques qu'il menait pour la Maison Blanche.
Sur son réseau social X, l'entrepreneur hyperactif a répliqué en direct. "N'importe quoi", a écrit Elon Musk en commentaire d'une vidéo de Donald Trump affirmant que sa colère était due à la perte de subventions pour les véhicules électriques.
La "grande et belle loi" de Trump, une "abomination" selon Musk
"Faux", a-t-il posté ensuite au-dessus d'un extrait dans lequel le président américain assurait que l'entrepreneur connaissait par avance le contenu du texte. Une "grande et belle loi" selon Donald Trump, une "abomination" selon le patron de Tesla et SpaceX.
Puis le multimilliardaire, qui a très généreusement financé la campagne républicaine en 2024, s'est emporté, affirmant que "Trump aurait perdu l'élection" sans lui et l'accusant d'"ingratitude".
Il n'a pas hésité à frapper sous la ceinture, affirmant, sans apporter de preuve, que le nom du président se trouvait dans le dossier Jeffrey Epstein, ce financier américain au cœur d'un vaste scandale de crimes et d'exploitation sexuels qui s'est suicidé en prison avant d'être jugé.
Dans le Bureau ovale, Friedrich Merz faisait de la figuration, tout comme le vice-président J. D. Vance et d'autres responsables américains et allemands, pendant que Donald Trump dépeignait assez cruellement son ancien allié en amoureux éconduit.
"Il disait les choses les plus belles à mon propos", a-t-il rappelé à propos d'Elon Musk. "Les gens quittent notre gouvernement, ils nous aiment, et à un certain moment cela leur manque tellement... Et certains d'entre eux deviennent hostiles", a poursuivi le républicain.
"Trump avait raison sur tout"
Dès l'entrée tonitruante d'Elon Musk dans la campagne de Donald Trump l'an dernier, les doutes ont surgi sur la longévité de la relation entre ces deux hommes impulsifs, tous deux affamés d'attention et fonctionnant à l'instinct – l'un en politique, l'autre dans le monde des affaires et de la technologie.
Pendant plusieurs semaines, l'idylle a semblé parfaite. Donald Trump n'a eu de cesse de défendre son allié face aux critiques sur les méthodes brutales de Doge, la mission d'austérité budgétaire qu'il dirigeait.
Il n'a pas hésité à qualifier de "terrorisme" le vandalisme contre des voitures Tesla, et à organiser une opération de promotion pour la marque à la Maison Blanche.
Elon Musk a lui couvert d'éloges le président américain, qu'il a même qualifié de "roi" le jour de son investiture. On l'a vu porter une casquette siglée "Trump avait raison sur tout" au conseil des ministres, et le suivre comme son ombre, à la Maison Blanche comme à Mar-a-Lago, sa luxueuse résidence en Floride.
Mais des fissures ont fini par apparaître, à force de tensions publiques entre le multimilliardaire, qui pilote, notamment avec SpaceX, d'énormes contrats fédéraux, et les ministres ou conseillers du président.
Pour certains experts, ce qui pourrait avoir scellé le sort d'Elon Musk ne s'est pourtant pas passé à Washington, mais dans le Wisconsin à l'occasion d'une élection au printemps à la Cour suprême locale. Le patron de Tesla s'était lourdement impliqué pour tenter de faire élire un juge conservateur, mais c'était la candidate des démocrates qui l'avait emporté, largement.
Donald Trump, qui déteste par-dessus tout être associé à la défaite, a forcément suivi avec attention cette première aventure politique en solo d'Elon Musk. Lequel n'en a visiblement pas été dégoûté. L'homme le plus riche du monde a demandé jeudi sur X s'il n'était pas "temps de créer un nouveau parti politique" aux États-Unis.
Avec France 24 et AFP
- Log in to post comments


