PubGazetteHaiti202005

Trafic d’armes impliquant l’Église épiscopale : la Cour d’appel de Port-au-Prince annule la décision du juge Marthel Jean-Claude 

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La justice haïtienne rouvre le dossier explosif de la cargaison d’armes découverte le 14 juillet 2022 dans un container lié à l’Église épiscopale d’Haïti. Après l’arrestation de deux prêtres en 2022 et 2023, puis leur blanchiment en septembre 2023, la Cour d’appel de Port-au-Prince a décidé, ce lundi 2 juin, d’annuler cette décision et de relancer l’instruction.

L’affaire débute le 14 juillet 2022, lorsqu'une opération conjointe du Bureau de Lutte contre le Trafic de Stupéfiants (BLTS) et de la douane aboutit à la saisie d’un container arrivé en Haïti sous la franchise de l’Église épiscopale. Présenté comme contenant des dons, ce container, entreposé à Caribbean Port Service (CPS), renferme en réalité un important lot d’armes et de munitions. La fouille permet de découvrir 18 fusils d’assaut, un fusil calibre 12, quatre pistolets de calibre 9 mm, près de 15 000 cartouches, plus de 100 chargeurs, un viseur et 50 000 dollars en faux billets.

Rapidement, l’enquête s’oriente vers l’Église épiscopale d’Haïti. Le 17 août 2022, le père Frantz Cole, alors secrétaire exécutif diocésain, est arrêté après son audition. Le 10 mai 2023, la Police nationale annonce la garde à vue du révérend Fritz Désiré, également impliqué dans le dossier. Tous deux sont entendus par le juge instructeur Marthel Jean Claude.

Mais le 29 septembre 2023, l’ordonnance du juge crée la surprise : faute de preuves jugées suffisantes, il blanchit les pères Frantz Cole, Fritz Désiré et Jean Mardoché Vil, estimant que le lien entre les faits et l’Église n’est pas établi. En revanche, l’instruction met en cause un réseau de présumés trafiquants ayant exploité frauduleusement la franchise religieuse à des fins criminelles, sans que la hiérarchie ecclésiastique ne soit formellement impliquée.

Ce lundi 2 juin 2025, la Cour d’appel de Port-au-Prince a décidé de casser cette ordonnance. Évoquant de nombreuses failles dans le travail du premier juge et un manque d’éléments essentiels à la manifestation de la vérité, elle a désigné un nouveau juge d’instruction, Noé Masillon Pierre, pour reprendre le dossier. En attendant les résultats de cette nouvelle enquête, les deux prêtres, ainsi que les autres personnes inculpées dans ce dossier, resteront en détention.

Ce revirement judiciaire relance une affaire aux résonances sensibles, mêlant trafic d’armes, usage abusif d’une franchise religieuse, et gestion trouble des institutions.

Wideberlin Sénexant

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