PubGazetteHaiti202005

Discours sur l’état de l’Union : Trump célèbre longuement son bilan

Photo : Getty Images / Pool

À quelques mois des élections de mi-mandat, le président américain, Donald Trump, a vanté, mardi, ses réussites économiques dans le discours sur l'état de l'Union le plus long jamais prononcé.

“Ce sera un très long discours”, avait prévenu Donald Trump, qui a sur ce point dit la vérité : son allocution-fleuve devant les deux Chambres du Congrès a duré une heure et 47 minutes, battant son record de l'an dernier. 

“Notre nation est de retour. Plus grande, meilleure, plus riche, plus forte que jamais”, a-t-il soutenu d'emblée devant des républicains en liesse et des démocrates stoïques. “C’est l’âge d’or de l’Amérique”, a-t-il lancé dans une allocution qui avait pour thème “L'Amérique à 250 ans : forte, prospère et respectée”.

À l'approche des élections de mi-mandat, le locataire de la Maison-Blanche, en chute dans les sondages – en particulier auprès des électeurs indépendants –, tentait de redresser le navire républicain avec un message centré notamment sur l'économie et sur le coût de la vie.


Ses conseillers espèrent depuis des mois que le président américain se recentre sur les priorités des Américains, préoccupés par le coût de la vie, et évite ses digressions habituelles. 

Le dirigeant de 79 ans a célébré son bilan, vantant par exemple les baisses d'impôts de sa « belle et grande loi », sans toutefois faire d'annonces majeures ni esquisser le moindre changement de cap face au mécontentement manifesté par les Américains.

“L'inflation chute, les revenus augmentent vite, l'économie est florissante comme elle ne l'a jamais été”, a-t-il assuré sous les applaudissements des élus du Parti républicain scandant “USA! USA! USA!”.


Il s'est de nouveau targué d'avoir pu obtenir des autres pays des engagements d'investissements financiers de 18 000 milliards de dollars américains, un montant largement surestimé. Sur son site web, la Maison-Blanche évoque plutôt la moitié de cette somme, en incluant les investissements américains, et ces chiffres sont eux-mêmes contestés par les experts.


“Notre pays a retrouvé le chemin de la victoire”, a clamé Donald Trump, avant de faire entrer l’équipe olympique masculine de hockey, qui a remporté l'or contre le Canada dimanche.
L'un des rares moments d'unité est par ailleurs survenu lors de leur arrivée, les élus des deux partis les applaudissant longuement.

Un Trump plus discipliné

S’il s’est à l'occasion écarté de son texte du télésouffleur, Donald Trump a offert une version relativement disciplinée de lui-même.

Dès son arrivée dans la Chambre des représentants, il avait signalé l'orientation relativement plus polie que prendrait son allocution, serrant la main des quatre juges de la Cour suprême présents, assis dans la première rangée, comme le veut la tradition.

Après que le plus haut tribunal du pays eut invalidé, vendredi dernier, les droits de douanequ'il avait imposés sous le couvert de la loi sur les pouvoirs économiques d'urgence, Donald Trump avait pourtant attaqué avec virulence les juges qui l'ont rappelé à l'ordre, dont deux magistrats qu'il avait lui-même nommés.

Quatre jours après avoir subi ce revers important devant la Cour suprême, le chef de file républicain a déploré une “décision malheureuse” et “complètement erronée”, mais a cette fois-ci évité les attaques personnelles.

“J’ai utilisé ces droits de douane, encaissé des centaines de milliards de dollars, pour conclure d’excellents accords pour notre pays, tant sur le plan économique que pour la sécurité nationale. Tout fonctionnait bien”, a-t-il dit, continuant à faire la promotion de sa politique tarifaire. 

“Les autres pays nous exploitaient à un point inimaginable. Vous le savez tous. Tout le monde le sait, même les démocrates le savent”, a-t-il ajouté, affirmant qu'il avait d'autres options juridiques pour mettre en œuvre ses droits de douane.

Sa retenue ne s'est pas étendue aux démocrates et aux migrants, même s'il ne les a pas critiqués avec sa véhémence habituelle.

“Des gens malades”, a-t-il riposté devant les rires de démocrates à son affirmation, martelée depuis des mois, selon laquelle il a mis fin à huit guerres, une affirmation considérée largement exagérée.

“Ces gens sont fous”, a-t-il aussi dit de ses adversaires après une heure, leur reprochant de ne pas se lever.

Les républicains, eux, lui ont réservé plusieurs ovations, la première étant venue après moins de deux minutes.

L'immigration, moment tendu du discours 
Son langage a été encore plus tranchant quand il a reproché aux démocrates de laisser entrer “des millions et des millions” de migrants clandestins et d'empêcher l’expulsion de criminels violents. 

“Vous devriez avoir honte”, a-t-il lancé, leur reprochant de refuser de financer le département de la Sécurité intérieure et les accusant de détruire le pays par leur politique migratoire.

Il a aussi accusé les individus d'origine somalienne vivant au Minnesota de profiter des contribuables. C'est une récrimination au cœur de la campagneantimigratoire de l'ICE dans cet État. 

Donald Trump a de nouveau appelé le Congrès à adopter une loi exigeant que les électeurs présentent certaines pièces d'identité dans les bureaux de vote.

Il a attribué aux migrants, sans apporter de preuves, des fraudes d'ampleur dans les élections.

Il a par ailleurs chargé le vice-président J.D. Vance de mener la “guerre contre la fraude” aux aides sociales, qu'il a imputée aux migrants et localisée dans certains États, tous démocrates.

Pendant le passage sur l'immigration illégale, la représentante démocrate Ilhan Omar, d'origine somalienne, a accusé Donald Trump d'avoir “tué des Américains”, une référence à Alex Pretti et à Renee Good, tués par des agents fédéraux à Minneapolis lors de la campagne répressive de l'immigration.

Malgré l'attention portée par le président à la politique internationale depuis le début de son second mandat, la question a peu été abordée.

Il n'a pas donné d'indice très clair sur ses intentions concernant l'Iran, alors que l'inquiétude croît à propos d'un possible conflit.
Il a exprimé sa préférence pour la “diplomatie”, tout en multipliant les avertissements. “Une chose est sûre, je ne permettrai jamais au premier commanditaire du terrorisme, ce qu'ils sont et de loin, d'avoir une arme nucléaire”, a-t-il ajouté, accusant Téhéran de chercher à développer des missiles capables d'atteindre les États-Unis.

Près de deux mois après la capture de Nicolas Maduro, Donald Trump s'est par ailleurs réjoui que les États‑Unis aient obtenu 80  millions de barils de pétrole du Venezuela, qu'il a qualifié comme “notre nouvel ami et partenaire”.
C'était aussi ce qui était absent qui était révélateur.

Montrant une rare discipline, Donald Trump a épargné les alliés traditionnels des États-Unis de ses sarcasmes.

Il n'a pas évoqué le 51e État, mentionnant le Canada à une seule occasion, lorsqu'il a salué la victoire de l'équipe masculine olympique de hockey. Et encore, il a même dit que celle-ci avait battu la “fantastique équipe canadienne”.

Il n'a pas davantage fait allusion à l'acquisition du Groenland (nouvelle fenêtre), une ambition territoriale à l'origine d'une crise avec les pays européens.S'ils n'ont pas été raillés, les pays alliés ont en fait été largement ignorés.

Le chantre de “l'Amérique d'abord” n'a mentionné l'Europe qu'une seule fois, pour dire que les missiles iraniens pouvaient la menacer. 
Et quand il a parlé de “nos alliés et amis” de l'OTAN, c'était pour dire qu'ils consacraient désormais 5 % de leur PIB à la défense.

En ce quatrième anniversaire de la guerre en Ukraine, Donald Trump, qui avait promis d’y mettre un terme en “24 heures”, n’a par ailleurs qu’effleuré le sujet.

Il s’est contenté de condamner “les tueries et le carnage entre la Russie et l’Ukraine, où 25 000 soldats meurent chaque mois”, et de souligner que l’armement fourni par les États-Unis était maintenant payé par les pays de l’OTAN.

Il a cependant noté la présence dans la salle d’une Ukrainienne qui a fui la guerre pour trouver refuge aux États-Unis, relevant que sa fille y avait été tuée par un migrant clandestin.


Les démocrates protestent à leur façon 

Des dizaines de démocrates n'assistaient pas au discours, plusieurs préférant participer au rassemblement “État de l'Union du peuple”ou à un autre, intitulé “État du marécage”.

Voulant éviter l’esclandre de l’an dernier, où le représentant démocrate Al Green a été expulsé après avoir vilipendé Donald Trump, le leadership du parti avait enjoint aux élus de choisir entre la “défiance silencieuse” et le boycottage du discours.

M. Green a cependant de nouveau quitté la salle après avoir brandi une pancarte disant : “Les Noirs ne sont pas des singes”. Il s'agissait d'une référence à la vidéo raciste dépeignant ainsi l'ex-président Barack Obama et Michelle Obama, mise en ligne au début du mois sur le compte de Donald Trump sur sa plateforme Truth Social.Au fil de la soirée, les rangs démocrates se sont clairsemés.

Le président avait invité la militante Erika Kirk, veuve de l’ultraconservateur assassiné Charlie Kirk. L'équipe olympique de hockey féminin, conviée par la bande lors de l'invitation lancée à l'équipe masculine, n'a pas fait acte de présence, invoquant un conflit d’horaire.

Les démocrates avaient de leur côté, entre autres, invité des victimes du délinquant sexuel Jeffrey Epstein et des proches de victimes pour souligner un dossier sensible pour l'administration Trump, qui a lui aussi été ignoré. 

Le Parti démocrate a confié le soin de prononcer la traditionnelle réponse de l'opposition au président à la nouvelle gouverneure de Virginie, Abigail Spanberger, une centriste qui a facilement ravi son État aux républicains en novembre dernier.

“Dans son discours, le président a fait ce qu'il fait toujours : mentir, chercher des boucs émissaires, détourner l'attention et n'offrir aucune solution concrète aux défis de notre nation”, a asséné l’ancienne représentante à la Chambre, qui a déjà été agente de la CIA.

“Les Américains méritent des dirigeants qui s'attachent à résoudre les problèmes qui les empêchent de dormir”, a-t-elle tranché, citant “les coûts trop élevés du logement, des soins, de l'énergie et de la garde des enfants”.

Avec Radio Canada

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