PubGazetteHaiti202005

Enseignement supérieur : l’ANERS officiellement installée, le CPT mise sur la science pour refonder l’avenir

@Tamarre Pierre

Le conseil présidentiel de transition le mercredi 14 janvier 2026 a procédé à la cérémonie officielle d’installation du Conseil de l’Agence nationale de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (ANERS) en présence des plus hautes autorités du pays, affirmant ainsi la volonté des pouvoirs publics de replacer la science, la connaissance et la rigueur académique au cœur du projet national.

Organisée dans une atmosphère solennelle, la cérémonie a réuni le Président du Conseil présidentiel de transition et ses membres, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle Augustin Antoine, des ambassadeurs, des membres du gouvernement, ainsi que des partenaires techniques et financiers. Une mobilisation qui traduit l’importance accordée à la relance de l’enseignement supérieur dans un pays où le savoir est souvent relégué au second.

Dès son intervention, le ministre Augustin Antoine a tenu à rappeler la vocation fondamentale de l’université haïtienne. Selon lui, elle ne saurait être réduite à une simple institution administrative. « L’université haïtienne est à la fois morale, éthique, intellectuelle et profondément patriotique », a-t-il déclaré, appelant à bâtir des passerelles solides entre le monde académique et la société, entre la recherche et l’économie, mais aussi entre le savoir scientifique et le savoir populaire.

Dans cette perspective, l’Agence nationale de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique est appelée à jouer un rôle structurant. Former des esprits critiques, produire des connaissances utiles au développement, valoriser les chercheurs, renforcer les universités publiques et privées : autant de missions assignées à l’ANERS, avec un objectif central clairement affiché par le ministre redonner confiance à la jeunesse haïtienne.


Pour Augustin Antoine, ce projet dépasse largement le cadre institutionnel. Il incarne un choix de société. « C’est le symbole d’une Haïti qui choisit la science plutôt que l’improvisation, la cohésion plutôt que l’ignorance, l’avenir plutôt que la résignation », a-t-il martelé, avant de citer Nelson Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. » Une arme pacifique, a-t-il insisté, mais décisive pour reconstruire durablement le pays.

À la tête du Conseil de l’ANERS, Herold Toussaint a, pour sa part, exprimé une profonde gratitude envers les autorités de l’État pour avoir relancé une institution créée par décret en 2020, mais longtemps restée inactive. Pour lui, la réactivation de l’ANERS marque une rupture claire avec les dérives et la médiocrité qui ont fragilisé le système universitaire haïtien au fil des années.

L’ANERS, a-t-il rappelé, est un organisme autonome chargé de réguler, d’évaluer, d’accompagner et de moderniser l’enseignement supérieur. Son ambition est de restaurer la crédibilité des diplômes haïtiens, de stimuler la recherche scientifique et de connecter les universités aux besoins réels du pays et aux standards internationaux. « Nous voulons qu’un diplôme délivré en Haïti soit respecté à Montréal, à Dakar, à Paris ou à Saint-Domingue », a-t-il affirmé.

Refusant toute logique répressive, le président du Conseil de l’ANERS a insisté sur une approche basée sur le dialogue, la concertation et l’inclusion. Une attention particulière sera accordée à la place des femmes dans la recherche et l’enseignement supérieur, convaincu qu’investir dans les femmes, c’est investir dans l’avenir. Il a également souligné l’importance des mutations pédagogiques et numériques, sans jamais perdre de vue l’exigence de qualité.

Le coordonnateur du Conseil présidentiel de transition, Laurent St-Cyr, est venue réaffirmer quant à lui l’engagement politique de l’État. Pour lui, l’installation du Conseil de l’ANERS n’est pas un simple acte administratif, mais un signal fort adressé à la jeunesse et à la communauté universitaire. « Dans un monde où la science et l’innovation définissent la puissance des nations, Haïti doit prendre pleinement sa place », a-t-il déclaré.

Évoquant le temps où les diplômes haïtiens faisaient autorité sur la scène internationale, Laurent St-Cyr a appelé à restaurer cette crédibilité perdue. La mission confiée aux membres du Conseil est exigeante : rigueur, éthique, indépendance et dialogue devront guider leurs actions. L’agence, a-t-il précisé, n’est pas un outil de contrainte, mais un levier au service de l’excellence et de la justice académique.

Au-delà des discours, cette installation porte un message d’espoir. Dans un pays où les jeunes sont souvent confrontés à l’exil ou à la désillusion, l’ANERS se veut une réponse structurelle, un espace où le droit de rêver, d’apprendre et de construire redevient possible.

À l’issue de la cérémonie, une conviction s’est imposée : si la sécurité et la stabilité restent des défis majeurs, aucun redressement durable ne sera possible sans un investissement massif dans le savoir et la recherche. En remettant l’enseignement supérieur au cœur du débat national, l’État haïtien tente de poser les bases d’un avenir fondé sur la dignité, la science et l’intelligence collective.


Arnold Junior Pierre

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