À l’occasion du 16e anniversaire du séisme meurtrier du 12 janvier 2010, l’ancien président haïtien Jocelerme Privert s’est exprimé dans un message vidéo. Au-delà de l’hommage aux victimes, il dresse un constat sévère de la situation politique et institutionnelle du pays, qu’il juge inchangée, voire aggravée, depuis la catastrophe.
Seize ans après le tremblement de terre dévastateur qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010, les cicatrices restent béantes. Ce jour-là, Port-au-Prince et plusieurs villes environnantes étaient réduites en ruines, tandis que le pays pleurait environ 300 000 morts. Au fil des années, la douleur collective ne s’est pas estompée. Elle s’est même amplifiée, nourrie par la misère persistante, l’insécurité croissante et l’effondrement progressif des institutions de l’État.
En cette date hautement symbolique, l’ancien président Jocelerme Privert a choisi de s’adresser à la nation à travers une vidéo préenregistrée vue sur sa page Facebook officielle. Un message à la fois commémoratif et résolument politique.
Un devoir de mémoire face à un pays en panne
Tout en s’inclinant devant la mémoire des victimes du séisme, Jocelerme Privert a rappelé que le 12 janvier ne doit pas être uniquement un moment de recueillement. Pour lui, cette date doit aussi servir de temps de réflexion sur l’état du pays. Seize ans plus tard, Haïti demeure confrontée à de graves problèmes structurels : quartiers populaires livrés aux gangs armés, institutions affaiblies, pauvreté extrême et faim généralisée.
Selon l’ancien chef de l’État, le pays semble figé dans une crise permanente, incapable de tirer les leçons du drame de 2010. Il évoque une gouvernance marquée par l’improvisation et l’absence de vision à long terme.
*Une rentrée parlementaire inexistante*
Jocelerme Privert a également attiré l’attention sur une autre portée symbolique du 12 janvier, correspondant au deuxième lundi du mois de janvier. Conformément à l’article 92.1 de la Constitution haïtienne, cette date marque normalement l’ouverture de la première session ordinaire du Parlement. Or, depuis près de six ans, cette rentrée parlementaire n’a plus lieu, conséquence directe de la crise institutionnelle et de l’absence d’élections législatives.
L’ancien parlementaire rappelle qu’en vertu de l’article 151 de la Constitution, cette séance solennelle devait servir de tribune au président de la République et au Premier ministre pour s’adresser à la nation. Elle devait notamment permettre la présentation du rapport sur les réalisations des six derniers mois, le compte rendu des recettes et des dépenses de l’État, ainsi que l’évaluation de l’impact des politiques publiques. Ce mécanisme, souligne-t-il, constitue l’essence même du contrôle démocratique.
Pour Jocelerme Privert, l’absence du Parlement traduit une dérive grave de l’État de droit. « Pas de contrôle sur les dépenses publiques, pas de contrôle sur l’exécutif, pas de reddition de comptes. Aucune loi adoptée, mais une prolifération de décrets », déplore-t-il, appelant à mettre fin à cette situation.
L’ancien président rappelle qu’une société fondée sur l’État de droit repose sur la primauté de la loi, laquelle limite l’action des autorités. « Sans la loi, pas d’État. Sans Parlement, pas de démocratie. Et sans démocratie, aucun avenir durable pour le peuple haïtien », a-t-il martelé.
*L’urgence des élections*
Jocelerme Privert déplore par ailleurs qu’aucun processus électoral crédible n’ait été organisé depuis 2016, des élections tenues sous son administration, rappelle-t-il. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, le pays est dirigé par des autorités de transition successives, sans légitimité populaire issue des urnes.
Selon lui, aucune volonté politique réelle ne se manifeste pour l’organisation des élections. « Il est temps que des élections se réalisent pour permettre à la démocratie de respirer », insiste-t-il. Pour l’ancien chef de l’État, c’est par ce seul moyen que la confiance pourra être rétablie et que l’espoir d’un avenir meilleur pourra renaître.
Il estime également que la transformation du pays passe par un sursaut collectif, fondé sur la solidarité nationale.
*Un appel à rompre avec l’immobilisme*
À travers ses propos, Jocelerme Privert lance un appel clair à rompre avec l’immobilisme politique. La sortie de crise passe nécessairement par le rétablissement des institutions démocratiques, l’organisation d’élections crédibles et la fin de la logique des transitions interminables.
Seize ans après le séisme du 12 janvier 2010, Haïti demeure à la croisée des chemins. Entre le devoir de mémoire et l’urgence d’un renouveau politique, le message de Jocelerme Privert résonne comme un avertissement : sans volonté politique réelle, la reconstruction du pays restera inachevée.
Par Wideberlin Sénexant
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