PubGazetteHaiti202005

États-Unis : une nouvelle loi vise la collusion entre élites haïtiennes et gangs armés, en attente de la signature de Donald Trump

Carl Juste cjuste@miamiherald.com

Le Congrès américain a adopté le Haiti Criminal Collusion Transparency Act, une loi exigeant des enquêtes approfondies sur les réseaux de collusion entre les gangs haïtiens et certains membres des élites politiques et économiques. Le texte, intégré à la loi d’autorisation de la défense nationale et actuellement en attente de la signature du président Donald Trump, prévoit également des sanctions contre les individus impliqués, dans un contexte où Haïti fait face à une crise sécuritaire et humanitaire sans précédent.


Le gouvernement américain sera désormais tenu d’identifier et de sanctionner les personnes au sein des élites haïtiennes soupçonnées de financer, soutenir ou tirer profit des réseaux criminels armés. Cette obligation découle du Haiti Criminal Collusion Transparency Act, une mesure adoptée par le Congrès américain au terme de longs débats et considérée comme la seule grande initiative législative majeure concernant Haïti approuvée cette année.

Le texte est porté par le représentant démocrate Gregory Meeks et la sénatrice Jeanne Shaheen, avec le soutien du sénateur républicain Rick Scott. S’il est promulgué, il obligera le Secrétaire d’État américain à remettre, durant les cinq prochaines années, des rapports détaillés au Congrès. Ces rapports devront identifier les principaux gangs actifs en Haïti, leurs chefs, mais aussi les responsables politiques et les acteurs économiques ayant des liens significatifs avec eux, afin d’expliquer comment cette collusion favorise des intérêts privés.
Au-delà de l’obligation de transparence, la loi prévoit l’imposition de sanctions économiques contre toute personne reconnue responsable de soutien aux gangs ou de bénéfice tiré de leurs activités.

Pour Gregory Meeks, cette approche est indispensable. « Il n’y aura aucun progrès pour résoudre la crise alimentée par les gangs en Haïti sans s’attaquer aux facilitateurs », a-t-il déclaré, soulignant que cette loi pourrait aider à affaiblir les réseaux qui financent et entretiennent l’instabilité.

Cette initiative intervient alors qu’Haïti traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire récente. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, plus de 16 000 personnes ont été tuées dans des violences liées aux gangs. Plus de 1,4 million d’Haïtiens sont aujourd’hui déplacés internes, contraints de vivre dans des camps précaires ou chez des proches. La moitié de la population, soit environ 5,7 millions de personnes, souffre d’insécurité alimentaire, tandis que la violence basée sur le genre connaît une recrudescence alarmante.

Face à cette urgence, les Nations Unies ont lancé un appel de 880 millions de dollars pour 2026 afin de venir en aide à 4,2 millions d’Haïtiens vulnérables. Mais malgré les sanctions déjà appliquées par les États-Unis, le Canada et l’Union européenne, la violence continue de s’intensifier, et des doutes persistent sur l’efficacité des mesures actuelles, notamment en raison de l’absence de nouveaux financements prévus dans la loi adoptée par le Congrès.

Par ailleurs, plusieurs hommes d’affaires haïtiens ont récemment vu leurs visas américains révoqués sans explication formelle, tandis que des membres influents de l’élite économique ont été accusés de soutenir les gangs, parfois sans preuves publiques présentées. Cette situation nourrit autant l’inquiétude que la polémique.

Le Haiti Criminal Collusion Transparency Act est aussi salué par des organisations de plaidoyer comme Faith in Action International, qui y voient un « tournant potentiel » pour Haïti et réclament une application rigoureuse, incluant des sanctions contre toutes les personnalités impliquées. Ces organisations appellent également Washington à prolonger le Temporary Protected Status (TPS) pour les Haïtiens vivant aux États-Unis, estimant que la violence rampante, la fermeture de l’aéroport international et les déplacements forcés rendent tout retour dangereux.

Alors que le texte attend la signature présidentielle, de nombreuses questions demeurent : les autorités américaines auront-elles les moyens humains et logistiques pour mener des enquêtes solides ? Les sanctions seront-elles réellement dissuasives ? Et surtout, cette loi contribuera-t-elle réellement à affaiblir l’alliance mortifère entre crime organisé et intérêts économiques en Haïti ?
Pour l’instant, c’est un nouvel espoir qui s’ouvre, dans un pays toujours enlisé dans l’incertitude et la peur.

Wideberlin Sénexant 
Avec Miami Herald

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