La IVe Conférence des ambassadeurs de la République d’Haïti s’est ouverte ce mercredi 17 décembre 2015 à Pétion-Ville. Placée sous le thème « « Une diplomatie haïtienne au service des priorités nationales », cette rencontre s’est tenue en présence des plus hautes autorités de l’Etat dont le président du Conseil présidentiel de transition (CPT), Laurent Saint-Cyr, le premier ministre Alix Didier Fils Aimé. Organisée par le ministère des affaires étrangères pendant deux jours, cette assise diplomatique se veut un moment clé de réflexion stratégique. Dans un contexte marqué par l’insécurité généralisée, une crise humanitaire persistante et une image internationale fragilisée, la diplomatie haïtienne est appelée à se réinventer pour répondre aux défis du présent et préparer l’avenir.
Placée sous le thème « Une diplomatie haïtienne au service des priorités nationales », la IVe Conférence des ambassadeurs s’inscrit dans une démarche de long terme. Selon les autorités, elle marque le point de départ d’un vaste chantier de réflexion sur les orientations diplomatiques d’Haïti pour le prochain quart de siècle. Autour de la même table, dirigeants haïtiens et chefs de missions diplomatiques ont ainsi partagé une ambition commune : redéfinir l’action extérieure du pays afin qu’elle devienne un véritable levier de stabilité, de développement et de souveraineté.
L’ouverture officielle des travaux s’est déroulée en présence du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ainsi que de plusieurs conseillers-présidents, dont Smith Augustin et Leslie Voltaire, du ministre des affaires étrangères Jean-Victor Harvel Jean-Baptiste, de membres du gouvernement et de représentants du corps diplomatique et consulaires en poste en Haïti. Un signal fort de l’importance accordée à cette conférence, dans un moment où l’État haïtien cherche à parler d’une seule voix sur la scène internationale.
Dans son discours inaugural, le ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Jean-Victor Harvel Jean-Baptiste, a présenté la conférence comme un espace privilégié de dialogue institutionnel, de coordination stratégique et d’alignement des politiques publiques. Pour le chancelier haïtien, il ne s’agit plus seulement de représenter Haïti à l’étranger, mais de repenser en profondeur le rôle de la diplomatie dans un contexte national profondément bouleversé.
Il a insisté sur la nécessité d’harmoniser l’action diplomatique avec les priorités nationales, tout en améliorant la gestion administrative et financière des missions à l’étranger. « La diplomatie est un travail de constance et de vision », a-t-il rappelé, soulignant que l’anticipation des crises et la construction de relations durables exigent rigueur, cohérence et professionnalisme. Dans un monde de plus en plus instable, a-t-il ajouté, Haïti ne peut se permettre une diplomatie improvisée ou déconnectée de ses réalités internes.
S’adressant directement aux ambassadeurs et chefs de mission, Jean-Victor Harvel Jean-Baptiste a tenu à saluer leur engagement, souvent exercé dans des conditions difficiles. Malgré l’insécurité, les crises politiques à répétition et les contraintes budgétaires, ces diplomates ont, selon lui, maintenu la présence d’Haïti dans le concert des nations. Un engagement qu’il a qualifié de « sacrifice personnel », trop souvent accompli sans la reconnaissance qu’il mérite.
Le ministre a également appelé les représentants d’Haïti à incarner, partout où ils sont en poste, une diplomatie fondée sur le respect mutuel, la coopération pacifique et le principe du gagnant-gagnant. Pour lui, chaque initiative diplomatique doit contribuer à restaurer la stabilité nationale, encourager le progrès économique, renforcer la dignité républicaine et mettre en valeur les véritables atouts du pays. Il a par ailleurs insisté sur la protection des Haïtiens vivant à l’étranger, qu’il considère comme « la plus grande richesse d’Haïti au-delà de ses frontières », ainsi que sur la nécessité urgente de redresser l’image du pays à l’international.
Prenant la parole à son tour, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a replacé la question sécuritaire au centre de toute réflexion sur l’avenir du pays. Sans détour, il a affirmé que la sécurité demeure la condition essentielle de la survie de la nation. Selon lui, sans sécurité, il ne peut y avoir ni État fonctionnel, ni relance économique, ni démocratie durable, encore moins de dignité humaine.
Face à la violence armée qui gangrène de larges portions du territoire, le chef du gouvernement a clairement désigné les gangs comme « des ennemis de la République », rejetant toute tentative de les présenter comme « des acteurs sociaux ». Il a détaillé une stratégie progressive et coordonnée visant à reprendre le contrôle du territoire national, tout en restaurant l’autorité de l’État.
À cet effet, des zones de sécurisation avancées ont été mises en place dans plusieurs axes stratégiques, notamment dans l’Artibonite, la région des Palmes et le corridor Hinche-Gonaïves. Ces zones, désormais opérationnelles, ont pour objectif, dit-il, de protéger les populations civiles, de faciliter la reprise des échanges commerciaux et de permettre à l’économie locale de recommencer à fonctionner. Le Premier ministre a également mis en avant le renforcement de la Police nationale d’Haïti, la mobilisation des Forces armées d’Haïti et l’appui ciblé de la mission multinationale de soutien à la sécurité autorisée par les Nations unies.
Cependant, Alix Didier Fils-Aimé a tenu à souligner que les avancées sécuritaires ne sauraient être durables sans une réponse efficace à la crise humanitaire. « Cette crise n’est pas abstraite », a-t-il rappelé, évoquant des souffrances bien réelles, des familles déplacées et des communautés vulnérables. Il a annoncé un redoublement d’efforts pour mieux coordonner l’aide humanitaire, sécuriser les couloirs d’accès et garantir la dignité des bénéficiaires, tout en réaffirmant le rôle central de l’État dans l’organisation et la distribution de cette assistance.
Pour sa part, le président du Conseil présidentiel de transition, Laurent Saint-Cyr, a ouvert officiellement la conférence par un discours empreint de solennité et de gravité. Dans un contexte mondial marqué par des bouleversements rapides et imprévisibles, il a rappelé que les ambassadeurs sont les porteurs de la voix d’Haïti à l’étranger, les défenseurs de ses intérêts et les visages de sa dignité nationale.
Selon lui, la mission des diplomates haïtiens n’a jamais été aussi importante. Leur engagement quotidien, a-t-il souligné, façonne l’influence, la crédibilité et la place d’Haïti sur la scène internationale. À travers eux, « c’est l’image d’un peuple résilient, déterminé et porteur d’espoir qui doit être projetée au-delà des frontières. »
Au-delà des discours officiels, la IVe Conférence des ambassadeurs apparaît comme un moment charnière pour la diplomatie haïtienne. A travers cette initiative, les autorités de la transition entendent reprendre l’initiative, renforcer la cohérence de l’action extérieure et replacer la diplomatie au cœur du projet national. Dans un pays confronté à des défis existentiels, cette rencontre ouvre la voie à une diplomatie plus stratégique, plus humaine et tournée vers la reconstruction, la stabilité et l’avenir.
Arnold Junior Pierre
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