Le vendredi 12 décembre 2025, le ministère de la Culture et de la Communication (MCC) a rendu un hommage solennel à André « Dadou » Pasquet, figure emblématique de la musique haïtienne et pilier du compas moderne. Organisée à l’hôtel Karibe, à Juvenat, la cérémonie a rassemblé autorités politiques, acteurs culturels, artistes et proches du musicien disparu, dans une atmosphère empreinte d’émotion, de reconnaissance et de fierté nationale.
Dès 5 heures de l’après midi, la salle du Karibe Hôtel s’est progressivement remplie de personnes venues saluer la mémoire d’un homme qui a profondément marqué plusieurs générations. La cérémonie s’est ouverte par la projection d’une courte vidéo retraçant les moments forts de la carrière d’André « Dadou » Pasquet. Les images, chargées de souvenirs, ont suscité une vive émotion dans l’assistance, rappelant la trajectoire exceptionnelle d’un musicien dont la guitare a accompagné l’histoire du compas contemporain.
Dans la continuité, la troupe Haïti Diakadanse a offert une prestation chorégraphique en hommage à l’artiste. À travers des mouvements précis et expressifs, les danseurs ont raconté, sans paroles, l’héritage artistique et spirituel laissé par Dadou Pasquet. Cette performance a donné une profondeur supplémentaire à la cérémonie, en tissant un lien fort entre musique, corps et mémoire collective.
Avant les prises de parole officielles, une minute de silence a été observée en mémoire du musicien disparu. L’hymne national haïtien a ensuite été entonné, renforçant le caractère solennel de l’événement. Ce moment de recueillement a rappelé que l’œuvre de Dadou Pasquet dépasse le simple cadre artistique pour s’inscrire pleinement dans le patrimoine culturel national.
La cérémonie s’est tenue en présence du président du Conseil présidentiel, Fritz Alphonse Jean, du ministre de la Culture et de la Communication, Patrick Delatour, ainsi que de plusieurs cadres du MCC. Leur présence a été perçue comme un signal fort de reconnaissance institutionnelle du rôle central joué par l’artiste dans la construction et le rayonnement de la musique haïtienne.
Plusieurs témoignages ont ponctué l’événement. Le musicien Caleb Desrameaux a notamment évoqué, avec émotion, l’importance de Dadou Pasquet dans l’histoire du Magnum Band et du compas. « Dadou Pasquet est une légende », affirme-t-il, appelant à préserver l’authenticité et la qualité du compas haïtien face aux transformations parfois brutales de l’industrie musicale.
Dans son discours, le ministre Patrick Delatour a rappelé que Dadou Pasquet était bien plus qu’un guitariste de talent. Né dans une famille profondément ancrée dans les arts, il s’est très tôt consacré à la musique. Sa carrière connaît un tournant décisif avec le Caribbean Sextet, groupe mythique qu’il contribue à hisser au rang de référence, tant sur la scène nationale qu’internationale. En 1976, animé par une vision artistique audacieuse, il fonde le Magnum Band avec son frère Jean-Claude « Tico » Pasquet après son passage au sein du groupe Tabou Combo. Sous sa direction, le groupe développe un style élégant, raffiné et profondément enraciné dans l’identité haïtienne, devenant l’un des piliers du compas moderne.
Visionnaire et perfectionniste, Dadou Pasquet a façonné le son de la musique haïtienne contemporaine. Son influence s’est étendue bien au-delà des frontières nationales, touchant l’Amérique du Nord, l’Amérique latine, l’Europe et la Caraïbe. L’un des moments les plus marquants de sa carrière demeure la prestation du Magnum Band aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996, un instant historique pour la culture haïtienne sur la scène mondiale.
Prenant également la parole, le Conseiller présidentiel, Fritz Alphonse Jean, a livré un témoignage empreint de souvenirs personnels. Il a raconté sa première rencontre avec Dadou Pasquet à Brooklyn, alors qu’ils étaient encore jeunes, évoquant une soirée musicale marquante où il découvrit l’énergie et le génie du musicien. « That night, I discovered Dadu », confie-t-il. Jean a également rappelé leur collaboration ultérieure, notamment lors d’événements organisés à la Banque centrale, puis à travers des initiatives culturelles menées au Cap-Haïtien avec le CEPAC. Pour lui, Dadou Pasquet n’était pas seulement un artiste exceptionnel, mais aussi un ami et un symbole de la grandeur culturelle haïtienne.
Au-delà des discours et des hommages, cette cérémonie a surtout mis en lumière un héritage vivant. André « Dadou » Pasquet laisse derrière lui une œuvre riche, une exigence artistique élevée et une responsabilité collective : celle de préserver, transmettre et faire évoluer la musique haïtienne sans en perdre l’âme. Dans un pays traversé par de profondes crises, cet hommage a rappelé avec force que la culture demeure un espace de dignité, de mémoire et d’espérance.
Arnold Junior Pierre
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