PORT-AU-PRINCE, Le 04 Décembre 2019
Aux Gonaïves, de paisibles citoyens assistent gratuitement et non sans peine à des concerts d'armes automatiques. Dans la nuit, les groupes armés troublent le sommeil de la population et la pratique reprend de plus belle aux petites heures dans la matinée.
La crise s'enlise et s'envenime chaque jour qui passe. La ville de la terre salée est sous la coupe réglée des hommes armés qui font redouter une situation dramatique. Deux camps s'affrontent: Decahos et Raboto, au sein desquels des dizaines de familles innocentes vivaient tranquillement avant le déclenchement du mouvement populaire contre le pouvoir. Aux Gonaïves, quand la nuit tombe, la rue est dégagée donnant une atmosphère de couvre-feu.
L'un est à la sode du pouvoir qui, selon plusieurs témoignages, a distribué des armes pour riposter à l’autre camp dirigé composé des hommes armés de Raboto contrôlé, dit-on, par le sénateur Youri Latortue.
"On ne compte pas encore de morts par balle chaque jour mais la suite peut être désastreuse", commente un citoyen requérant l'anonymat.
Tout est paralysé au centre-ville des Gonaïves. Dans la cité de l'indépendance, la peur s’installe. Des entreprises commerciales ont fermé leurs portes, l'administration publique ne fonctionne pas. C'est la paralysie totale des activités scolaires plus de deux mois déjà. Le plus dur, le soir la ville est plongée dans le noir: black out dans divers quartiers. Les prix des produits de premières nécessités grimpent vertigineusement. L'Etat a totalement perdu le contrôle de la ville.
Pour dire halte-là, une marche pacifique est prévue en milieu de semaine à l'appel d'un groupe de citoyens, revoltés face à la situation et indignés de voir comment la ville sombre tranquillement sous les yeux complices des autorités du pouvoir.
Parallèlement, la mobilisation contre le pouvoir Tèt Kale à la Cité de l'indépendance ne faiblit pas. En dépit d'une vingtaine de mandats émis à l'encontre des militants, ces derniers ont prévu de fouler le macadam le jeudi 5 novembre suite à l'appel à une mobilisation générale lancée par l’opposition sur tout le territoire pour exiger le départ du président Jovenel Moise. Une délégation de leaders de l'Alternative Consensuelle se rendra aux Gonaïves pour prendre part à cette manifestation qui marquera la relance de la mobilisation contre le pouvoir.
Michel VERTUEUX
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