PubGazetteHaiti202005

« Manje manje chat », l’étonnante pratique de certaines femmes haïtiennes pour arrondir leurs fesses

Manje Chat

Consommer de la nourriture destinée aux chats, telle est une pratique dans laquelle se lancent certaines jeunes femmes haïtiennes pour arrondir leurs fesses. Avec cette méthode de consommation spéciale « Manje manje Chat », ces jeunes femmes s’exposent à un réel danger. Alors que le ministère de la santé publique et de la population ( MSPP) n’a pas encore réagi de manière officielle sur ce phénomène néfaste pour ces personnes, l’association des Pharmaciens Haïtiens (APH) tire la sonnette d'alarme.

 

C’est un sujet qui défraie la chronique actuellement. Sur les réseaux sociaux, c’est le buzz. Il y a même des chansons déjà en circulation. A chaque coin de rue, c’est ce qui anime les discussions. Si certains font des blagues sur cette pratique, d’autres sont très critiques à l’endroit de ces jeunes femmes, « prêtes à tout pour correspondre aux critères de beauté imposées par la société ».

 

« Manje Manje chat » pour avoir des fesses arrondies, bien sculptées à la Kim Kardashian ou Blondedy Ferdinand, telle est la recette vraisemblablement miracle qui fait la une des réseaux sociaux. C’est une quasi obsession de la silhouette et de l’esthétisme dans laquelle se lancent, à tort et à travers, ces jeunes femmes haïtiennes. Dans les petits quartiers de Port-au-Prince, une véritable course contre la montre pour trouver de la « nourriture du chat » (Manje Chat).

Estimant avoir des fesses « trop petites, trop plates », elles sont complexées face aux diktats de la société, particulièrement des réseaux sociaux où avoir un « corps fait sur mesure » devient presque la norme. 

Atout physique majeur, les fesses représentent l’élément sur lequel se basent l’attirance et la séduction féminines.

À défaut de pouvoir recouvrir à de la chirurgie esthétique coûtant les yeux de la tête, de pratiquer du sport intense ou suivre un régime draconien pour s’adjuger la silhouette idéale et un postérieur rebondi pour faire baver les hommes, la « nourriture du chat » est, selon elles, la solution miracle.

« Quand j’ai commencé à voir les résultats probants chez certaines amies, je me suis lancée dans la consommation », confie Martine, une jeune fille dont la vidéo est devenue virale lundi 13 juin dernier sur les réseaux sociaux. Cette nourriture du chat est de plusieurs couleurs. Cette « portion magique » est appelée « Meow Mix », une variété de nourriture sèche et humide pour chat connue pour son jingle publicitaire.

 

Ce produit de The JM Smucker Company depuis le 23 mars 2015, a été introduit en 1974 et vendu avec de nombreuses saveurs, y compris Original Choice et Seafood Medley, parmi beaucoup d'autres.

 

« J’en prends avec du jus naturel, de l’eau sucrée, chaque matin après repas », explique la jeune femme du haut de sa vingtaine, qui n’a pas tari d’éloges envers la recette qu’elle qualifie de « don du ciel ». Martine semble n’éprouver aucune gêne à en consommer.

 

La consommation de la « nourriture du chat » ( Manje Chat) demande une préparation minutieuse. Au début, cela peut avoir une mauvaise odeur, raconte-t-elle. Il faut du tact pour savoir comment s’y prendre. « Je la nettoie et la lave. Après, je la broie et la mets dans un récipient. J’y introduis du lait et je la brimbale. Après je bois », détaille-t-elle.

 

Les méticuleux efforts de la jeune fille, selon ses dires, n'ont pas pris de temps pour être récompensés. « J’étais très mince. Depuis que je consomme cette nourriture, je ne fais que grossir des fesses », révèle la jeune fille, visiblement contente d’avoir maintenant les courbes rêvées. « La nourriture du chat est importante pour tout un chacun », soutient-elle.

 

Le Meow Mix, la nourriture du chat, se vend comme des petits pains à Port-au-Prince et ses environs. De loin moins chère qu’un mois d’abonnement à une salle de sport. « La petite marmite se vend à 200 gourdes. La vente se fait rapidement avec ce produit, fait savoir Jeanine, une marchande du « précieux sésame. Je fais des bénéfices et j’arrive à prendre soin de mes gosses », confie-t-elle.

 

Toutefois, depuis le tollé médiatique autour de la « nourriture du chat », les clientes sont plus distraites. Les consommatrices se font depuis rares, observe-t-elle.

 

Si elles se lancent, yeux fermés, dans une obsession démesurée pour le produit, ces femmes qui le consomment n’ont aucune idée du danger auquel elles s’exposent.

 

« Risque d’arythmie cardiaque »

 

Fait à base de méthionine, de thonine et d’arginine, cette nourriture pour chat représente un véritable danger pour les humains qui en consomment, si l'on en croit les déclarations de Pierre Hugues St Jean, président de l’Association des Pharmaciens d’Haïti tirant la sonnette d’alarme.

 

« Le week-end dernier, j’ai été dans un quartier, j’ai pu constater plusieurs jeunes filles prenant le plaisir de consommer de la nourriture pour chat. Quand j’ai vu cela, je me suis empressé de faire des recherches sur les composés de ce produit », indique M. St Jean. Les résultats des recherches du pharmacien inquiètent. Cette nourriture représente un véritable danger pour le corps humain.

 

« Non seulement ce produit possède des acrylamides, des micro-toxines pouvant être cancérigènes, j’ai vu aussi que ce produit possède au moins trois acides aminés représentant un danger pour les consommateurs car ces acides aminés ont une forte concentration de ions », explique le président de l’APH arguant que le danger reste et demeure la dose d’acides aminés dans le produit qui est trop élevée. « Une personne qui consomme ce produit, le fait qu’il consomme trop de thorines, ça va lui donner des problèmes d’arythmie cardiaque, des troubles intestinales qui peuvent donner des diarrhées et des constipations », prévient-il.

 

« Un problème de société », selon le MSPP

 

Interrogé mardi 14 juin par la presse sur la question, le directeur général du Ministère de la Santé publique et de la population (MSPP) Lauré Adrien croit que cette situation est due à un problème de société. « Ce n’est pas seulement une question du MSPP mais d’humanité. Si la nourriture est destinée aux chats, vous savez pertinemment que vous ne pouvez pas la consommer », estime M. Adrien.

 

 

« Cette situation montre des phénomènes de société qui ont des impacts sur le comportement des personnes. Il y a des gens qui naissent avec des fesses naturelles. Si la nourriture du chat garantissait une augmentation des fesses, tous les chats ayant consommé ce produit auraient de grosses fesses », ironise Lauré Adrien.

 

Un rejet de soi ?

 

Cela devient la tendance. Beaucoup de femmes haïtiennes recourent à de la chirurgie esthétique. C’est le cas de la célèbre « influenceuse » et femme d’affaires Blondedy Ferdinand qui n’a jamais caché qu’elle a refait ses fesses. Ce qui lui a coûté une petite fortune. 

 

Cette quête démesurée pour se gratifier un arrière-train à la Cardi B, Nicki Minaj, Kim Kardashian…vient d’un problème de société. 

 

Sandra, professionnelle de secrétariat de direction, ne se sent pas bien dans sa peau.

« Je me sens complexée par mes fesses plates. J’ai l’impression de passer inaperçue au sein de mon groupe d’amis. Je n’ose pas m’habiller avec un pantalon moulant ou une petite jupe droite de peur de paraître ridicule. Je pense parfois que mon partenaire pourrait me quitter pour une femme aux formes plus généreuses », confesse Sandra avec sa voix tremblotante. Cependant, je ne vais pas consommer de la nourriture du chat pour changer mon corps », précise-t-elle.

 

Pour le sociologue Steevenson Léon, l’influence des stars sur les réseaux sociaux peuvent être un facteur majeur. « Sur les réseaux sociaux, les influenceuses font généralement promotion pour des fesses imposantes. Si ses fesses ne sont pas similaires à celles de l’influenceuse qu’elles suivent, des abonnées auront tendance à avoir un sentiment qu’elles ne sont pas conformes aux normes de la société. Ce qui peut les pousser à se lancer à tout prix dans cette quête de fesses similaires à celles de leurs influenceuses », analyse M. Léon qui voit dans cette situation un véritable rejet de soi.

 

Sur internet, des formules pour avoir des fesses galbées sont légion. Cependant, aucune d'entre elles n'avait jusque-là fait référence à la consommation de nourriture pour animaux.

 

 

 

Par : Daniel Zéphyr

NB : Martine, Jeanine, Sandra, des prénoms d’emprunt

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