Un an depuis que la route de Martissant est impraticable. Les gangs armés se livrent dans une lutte sempiternelle pour le contrôle de ce territoire. Les directeurs généraux au sein de la PNH se sont succédé, la situation n’a pas changé. Les groupes armés tiennent les autorités en échec. Les déplacés, livrés à eux-mêmes, appellent toujours à l’aide.
Depuis le 1er juin 2021, Martissant, ce quartier de Port-au-Prince se conjugue au temps de « Martyr et de sang ». Dans cette zone située à l’entrée Sud de la capitale, la mort est palpable. Ce fameux premier juin, les gangs armés ont fait feu sur des bus de transport en commun osant emprunter cette route périlleuse. Ce fut, le début d’une grande guerre.
Des personnes ont été tuées, violées, exécutées, des véhicules et des maisons incendiées. Le décompte est difficile, voire impossible. Mais le cri de désespoir des habitants de ce quartier décrit une situation de terreur à nulle autre pareille. Dans les médias, sur les réseaux sociaux, les appels à l’aide fusaient de toutes parts. Certains ne pouvaient plus supporter ces affrontements entre gangs n’avaient pas d’autre choix d’abonner la zone.
Petite valise sur la tête, sans rien d’autre que des vêtements qu’ils portaient sur eux, des milliers de familles ont dû fuir Martissant, à ce moment, dans la précipitation, dans la panique, sous la menace des rafales de tirs que les gangs s’échangeaient. Certaines familles ont trouvé refuge sur la place de Fontamara mais rien n’était encore joué. Ils avaient la peur au ventre. Des rumeurs disaient que les gangs étaient à leur trousse.
« C'est toute la population de Martissant et Fontamara qui ne peut pas rentrer chez elle et qui est par conséquent obligée de se réfugier sur les places publiques ou au bord des routes », avait constaté Marie Rosy Auguste Ducénat, du réseau national de défense des droits humains (RNDDH).
Plus de 1500 personnes ont choisi de se réfugier au centre sportif de carrefour pour fuir les balles assassines à Martissant. Cet espace qui était autrefois un parc d’attraction où les habitants Carrefourois arpentaient pour faire du sport était transformé, en un rien de temps, en un camp pour « réfugiés ».
Ici, la précarité extrême est visible. Aucune installation pour accueillir les enfants à l’école, ni d’un système de distribution d’eau et d’électricité. Il faut « slalomer » entre vieux lits, draps, matelas, tentes fatiguées à perte de vue et ustensiles de cuisine pour se frayer un chemin pour aller d’un bout à d’autre. Les rats, punaises et moustiques s’unissaient pour ajouter aux maux de ces malheureux citoyens. La promiscuité est désolante.
Ils étalaient leurs effets à l’auditorium du centre sportif de Carrefour où 1500 se sont réfugiés.
Un an après, la guerre continue, le centre presque vidé
Sur les 1 500 déplacés qui avaient fui la guerre à Martissant pour se réfugier au centre sportif de carrefour, il en reste aujourd’hui une centaine, selon une liste. Grâce au support financier du gouvernement et d’organisations internationales, l’Organisation Internationale de la Migration (OIM) avait procédé au relogement de ces déplacés, a confirmé pour la rédaction de Gazette Haïti un membre de la mairie de Carrefour. Une enveloppe de 50 000 gourdes (moins de 500$us) avait été octroyée à chaque famille vivant dans ce camp pour se payer un loyer ailleurs.
Aucun de ceux ayant quitté le centre sportif de Carrefour n’est retourné à Martissant, encore théâtre d’affrontements entre gangs armés. Certains ont loué des maisons à Carrefour, Gressier et Léogane. D’autres ont préféré retourner dans leur province, selon les témoignages reçus des réfugiés restants.
« Depuis 3 mois, je suis aux Cayes. Je n’envisage pas de retourner à Port-au-Prince », a confié Vilaire, un ancien réfugié du centre sportif de Carrefour.
Ces réfugiés, encore au gymnase du centre sportif de Carrefour où la promiscuité et l’insalubrité règnent en maître sont restés car ils n’ont pas encore reçu du gouvernement et des organisations internationales le montant de 50 000 gourdes. « Ils ont donné à certains une tranche mais il en reste une plus grosse », confie Marie, mère de famille, ancienne résidente de Martissant 23. « J’ai des enfants, je n’ai rien à leur donner à manger. On ne reçoit rien comme nourriture », se lamente la jeune mère.
Au début de l'installation des réfugiés au centre, des organismes internationaux donnaient des plats au quotidien aux réfugiés. Un véritable élan de solidarité envers les déplacés était constaté mais les organisations religieuses, citoyens conséquents, médias, autorités, n’y sont plus, laissant ces pauvres citoyens dans ce bourbier et dans un profond désarroi.
Pour résister, plusieurs des femmes mères se sont organisées pour monter un commerce informel devant les locaux du centre sportif de Carrefour afin de trouver de quoi nourrir la famille. « J’ai 7 enfants. Je vends des pâtés aux passants », dit Evanie, une mère dans cinquantaine, avec la voix tremblotante, visiblement triste de la situation. Elle dit vouloir se rendre dans sa ville de province natale, se résignant d’avoir tout perdu à Martissant où elle a passé plus de 27 ans.
Plusieurs mouvements ont été organisés par les personnes restantes à la Mairie de Carrefour pour exiger le montant restant. « La mairie dit ne pas être encore prête », nous informe Jacques. Parfois, ils entendent des gens leur dire qu’ils seront deguerpis dans un temps proche. « Des gens nous ont informés que ce sont des personnes armées qui nous feront sortir », a-t-il dit.
Contactée sur la situation, la Mairie de carrefour reste injoignable.
La situation est toujours chaotique à Martissant, à l’entrée Sud de la capitale. Les groupes armés avaient certes observé un moment de répit mais ces derniers jours, les affrontements entre les groupes armés ont repris. D’innombrables mesures ont été annoncées par les autorités. Mais, entre le dire et le faire, le fossé est grand.
Du coup, les réfugiés perdent l’espoir de retrouver leur vie d’antan, retrouver leur maison et vaquer à leurs activités dans ce quartier qui, autrefois, faisait si beau.
Par : Daniel Zéphyr / Fegens DUPICHE
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