PubGazetteHaiti202005

« Sortir le pays de la crise », le difficile défi du comité de médiation

Source : Food For The Poor

Intervenant le lundi 23 mai 2022 à l’émission « Le Point » de la radio Métropole, l’une des figures de proue du comité de médiation, Mgr Ogé Beauvoir, a tenu à révéler les dessous du travail dudit comité à un carrefour où les acteurs ne s’entendent plus. Le président de la structure Religions pour la Paix qui voit dans la démarche un défi difficile, dit avoir déjà rencontré plus de 40 structures politiques dans le cadre de leur pèlerinage.

 

C’est un véritable pèlerinage. Un véritable sacerdoce. L’objectif, sortir le pays du marasme dans lequel il se trouve. Ce « comité de médiation » a vu le jour à l’issue d’une rencontre au cours du mois de mars dernier entre la représentante du secrétaire général de l’ONU en Haïti, Helen La Lime, et des responsables d’organisations politiques signataires de divers accords. Il a été décidé de former une commission de dialogue devant jouer le rôle d’intermédiaire.

 

Ces acteurs politiques ont fait choix du monseigneur Ogé Beauvoir de la structure Religions pour la paix, Laurent St Cyr du Secteur privé des affaires et de Jean Robert Charles de la CORPURA pour former ce comité, ajoute-il.

 

« Il y avait une dizaine de personnes présentes lors de cette rencontre. Certains signataires des 3 accords les plus entendus. Ils avaient dit qu’ils ne représentaient pas leurs accords respectifs. Ils disaient vouloir influencer leurs co-signataires », fait savoir le Mgr Ogé Beauvoir, indiquant que Magalie Georges, Mr. Lavau et Bonal Fatal, signataires de l’Accord Montana étaient eux aussi presents.

 

S’il avait reçu la bénédiction des participants lors de la rencontre avec le bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), les anicroches sont apparues sur le chemin du Comité de médiation. L’exercice n’était guère facile. « Il y avait des difficultés avec l’équipe qui nous a désignés.  Elle nous a demandé de consulter que les accords du PEN, MONTANA et du 11 septembre », confie Mr Beauvoir qui souligne que le comité de médiation s’y était opposé, voulant une démarche plus inclusive. « Ils n’étaient pas d’accord », révèle-t-il.

 

Les anguilles sous roches ne s’arrêtaient pas à une simple divergence d’idées, d’autres faits se sont immiscés dans la partie. « Quand on est allé voir le Premier ministre, nous lui avons demandé si l’Etat était en mesure de financer la démarche ; il avait accepté. Toutefois, les partis politiques ont dit qu’ils allaient la financer eux-mêmes. Ça nous a fait sourciller car nous savons que les partis politiques n’ont pas d’argent. Nous n’étions pas d’accord car nous savons bien qui finance commande », explique Mgr Ogé Beauvoir.

 

De là, les frictions ont commencé entre le comité et les supporteurs. La démarche qui semblait tout rose au début ne faisait plus l’unanimité. Mais, le glas a sonné quand les 3 figures de proue du Comité de médiation ont demandé aux abonnés de la démarche un mandat pour justifier et soutenir l’initiative. « Au lieu d’un mandat, ils nous ont envoyé un bouillon, le 1er avril », regrette le président des Religions pour la paix.  Les dilatoires n’ont pas cessé.

 

Cependant, le Comité de médiation, ne voulant pas passer outre de l’objectif préalable, a fait cavalier seul pour rencontrer divers acteurs de la vie nationale. « Nous avons rencontré le Sénat de la République qui nous a donné son approbation, et le gouvernement et d’autres structures organisées de la société civile. Nous avons aussi parlé avec les partis politiques qui n’ont signé aucun accord politique », explique le religieux.

 

Aucune proposition préconçue

 

Malgré ces différentes rencontres menées, le Comité de médiation n’a aucune proposition de sortie de crise préalablement conçue. « Aujourd’hui, personne n’a la science infuse pour dire voici ce qui va nous sortir de ce bourbier. Depuis 6 à 7 mois, 3 accords se livrent dans une bataille acharnée. Ils l’auraient déjà fait s’ils le pouvaient », croit Mr. Beauvoir qui précise que le comité de médiation veut ouvrir l’espace à d’autres protagonistes de la crise, capables de faire des propositions sur 5 thémaitiques, entre-autres, l’insécurité, la constitution, les élections, la crise humanitaire et la gouvernance.

 

L’idée du Comité de médiation est de collecter les propositions de ces acteurs de la crise en vue de faire une compilation. Un procès-verbal est envoyé à chaque groupe pour certifier leur proposition. « A la fin de l’exercice, une compilation est faite pour un document de convergence dans l’espoir que ce document de convergence puisse déboucher sur une forme d’entente pour la nation », dit-il.

 

Une quarantaine de groupes et de regroupements politiques d’horizons divers ont été déjà rencontrés par le Comité de médiation. « Nous sommes dans la phase pour terminer les rencontres. Nous commençons à travailler sur le document de convergence », informe le membre du comité de médiation.

 

Au niveau des 2 principaux accords du pays, en l’occurrence, l’Accord du 30 août communément appelé accord de Montana et l’accord du 11 septembre, les voix sont discordantes.

 

Dans son allocution faite le 18 mai dernier, à l’Arcahaie, le chef du gouvernement avait accordé un soutien subtil à la démarche du Comité de médiation. « J’encourage l’initiative des représentants du monde religieux, de l’université et du secteur privé à poursuivre leur démarche de consultation et de concertation avec tous les segments de la société », avait-il déclaré sur l’estrade de la place de l’Arcahaie.

 

Toutefois, au niveau de l’accord de Montana, cette démarche ne fait pas l’unanimité. Dans un communiqué, le bureau de suivi de l’Accord du Montana dit croire qu’il est de bon ton que « ces trois citoyens présentent au public le mandat des institutions qu’ils disent représenter ». « Je crois qu’aujourd’hui, nous cherchons tous à sortir le pays de ce bourbier. Montana avait fait une proposition, élu un président et un premier ministre, on ne lui a jamais demandé un mandat », rétorque Ogé Beauvoir du Comité de médiation qui croit que Montana fait des théories pendant que le pays se meurt.

 

Mgr Ogé Beauvoir précise que le Comité de médiation n’a  la prétention de remplacer aucun accord politique. « On n’a pas un projet d’accord mais un projet de consensus », clarifie l’homme religieux qui dit avoir invité le Montana plus de 4 fois à des rencontres.

 

 

Par : Daniel Zéphyr

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