À la fin du 19e siècle, le Crédit Industriel et Commercial (CIC) de la banque française a fait main basse sur Haïti en lui soutirant des millions de dollars révèle le journal Américain New York Times dans un article qui retrace l’histoire de cette opération et son coût pour le pays à travers des documents d’archives, des témoignages et des interviews.
Le 25 septembre 1880, alors que les derniers paiements de la dette de l’indépendance semblent enfin à portée de vue, le président haïtien d’alors, Lysius Salomon, a annoncé que le pays sera bientôt doté d’une banque pout favoriser les investissements dans le pays qui venait de passer plus d’un demi-siècle étouffé par ses dettes.
De fait, même après avoir évincé la puissance coloniale française lors de sa guerre d’indépendance, Haïti a été forcé de payer une rançon d’un montant équivalent à plusieurs centaines de millions de dollars à ses anciens esclavagistes, le prix d’une liberté déjà obtenue sur le champ de bataille.
Après sa création, la Banque Nationale d’Haïti, sur laquelle tant d’espoirs étaient fondés, n’avait en fait de nationale que le nom parce que celle-ci, a été, dès sa création, un instrument aux mains de financiers français et un moyen de garder une mainmise asphyxiante sur l’ancienne colonie jusqu’au 20e siècle.
« Derrière cette banque fantoche, on retrouve un nom bien connu des français : le Crédit Industriel et Commercial (CIC) » relève le New York Times.
Selon les révélations du NYT, « la Banque Nationale était contrôlée depuis Paris par des membres de l’élite française, y compris un descendant d’un des plus riches esclavagistes de Saint-Domingue, le nom d’Haïti pendant la colonisation française. Les livres de comptes de la banque ne laissent percevoir aucune trace d’investissement dans des entreprises haïtiennes ou dans d’ambitieux projets comme ceux ayant modernisé l’Europe ».
Les dossiers découverts par le New York Times démontrent plutôt que le CIC a siphonné des dizaines de millions de dollars à Haïti, au bénéfice d’investisseurs français.
« La Banque Nationale prélevait des frais et commissions sur presque toutes les transactions effectuées par le gouvernement haïtien. Certaines années, les profits de ses actionnaires français étaient si élevés qu’ils dépassaient le budget entier dédié aux travaux publics, dans un pays comptant alors 1,5 millions d’habitants » poursuit le journal américain.
Pourquoi Haïti semble-t-il enfermé dans une crise sans fin ?
S’il est vrai que la corruption chronique des dirigeants du pays constitue sans aucun doute une partie de la réponse. Mais des textes tombés dans l’oubli, éparpillés à travers Haïti et la France dans des centres d’archives et des bibliothèques, indique clairement que le CIC, avec le concours de membres corrompus de l’élite haïtienne, a laissé au pays tout juste de quoi fonctionner et encore moins de quoi construire une nation.
« Au début du 20e siècle, la moitié de l’impôt sur le café haïtien, de loin la source de revenus publics la plus importante, revenait aux investisseurs français du CIC et de la Banque Nationale. Après déduction des autres dettes d’Haïti, le gouvernement se retrouvait avec des miettes 6 cents pour chaque 3 dollars d’impôts collectés pour diriger le pays » souligne le New York Times.
Les documents analysés par le Times démontrent que, pendant trois décennies, les actionnaires français de la Banque Nationale ont engrangé des bénéfices équivalent à au moins 136 millions de dollars actuels soit autant qu’une année entière de recettes fiscales d’Haïti à l’époque.
« Les pertes cumulées pour Haïti sont en fait encore plus importantes : si les sommes siphonnées par la Banque Nationale étaient restées dans le pays, elles auraient enrichi l’économie haïtienne d’au moins 1,7 milliards de dollars au fil des ans — soit plus que la totalité des revenus publics du pays en 2021. De manière encore plus significative, les fonds siphonnés par la Banque Nationale ont succédé à des décennies de réparations payées aux anciens esclavagistes français et qui ont infligé jusqu’à 115 milliards de dollars de pertes à l’économie haïtienne au cours des deux derniers siècles » ajoute le Times.
Par: Kervens Adam PAUL
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