Les voix sont discordantes entre le premier ministre Ariel Henry et le bureau de suivi de l’accord du Montana (BSA) concernant la médiation du dialogue politique annoncé.. En marge de la célébration du 18 mai, le chef du gouvernement avait exprimé son soutien subtil au comité de médiation alors que l’initiative dirigée par Magali Comeau Denis a remis en question sa création.
Alors que plus d’un s’attendait à la reprise des négociations entre le premier ministre Ariel Henry et le bureau de suivi de l’accord du Montana, le tour n’est pas encore joué. Les protagonistes ne se sont toujours pas mis d’accord sur les modalités et étapes à suivre pour aboutir à l’accord.
Après deux rencontres les 11 et 15 mai avec le chef du gouvernement, le bureau de suivi de l’accord du 30 août a décidé de faire parvenir un document-cadre au titulaire de la Primature et à ses alliés. Celui-ci a proposé des pistes pour créer un environnement propice à la réussite du processus du dialogue politique: les objectifs du dialogue politique ; lieu et durée du dialogue politique ; agenda des discussions du dialogue politique ; composition des deux délégations ; observation du dialogue politique et les principes et modalités du dialogue politique.
Avec cette reprise de communication entre l’occupant de la Primature et l’accord du Montana, l’avenir du comité de médiation composé, du monseigneur Ogé Beauvoir de Religions pour la paix, Laurent St Cyr de la Chambre de commerce et d'industrie d'Haïti (CCIH) et de Jean Robert Charles de la Conférence des recteurs, présidents et dirigeants des universités et institutions d'enseignement supérieur haïtiennes (CORPUHA), s’assombrissait.
Cependant, les déclarations faites par le premier ministre Ariel Henry à l’Arcahaie le 18 mai dernier, en accordant un soutien subtil à la démarche, n’ont fait que mettre ce projet au cœur de la crise haïtienne.
« Aujourd’hui, nous sommes à un carrefour qui génère toutes formes d’inquiétudes à cause de problèmes économiques, environnementaux, sécuritaires. Nous avons besoin de travailler, de discuter, nous entendre, nous fixer des objectifs et faire de notre mieux pour les atteindre ensemble. C’est pour cela que j’encourage l’initiative des représentants du monde religieux, de l’université et du secteur privé à poursuivre leur démarche de consultation et de concertation avec tous les segments de la société », a-t-il fait remarquer lors de son allocution.
« Et je convie, fortement ceux qui n’ont pas encore participé à ces échanges à le faire, car ceci est une voie qui vaut la peine d’être explorée et qui peut nous permettre de déboucher sur une entente sur quelques questions essentielles susceptibles de mener vers une issue durable et acceptable pour nous tous », a-t-il ajouté.
Au niveau de l’accord de Montana, on ne l’entend pas de cette même oreille. A travers un communiqué en date du mercredi 18 mai, le bureau du suivi dit avoir été approché par ce comité de médiation. Selon le bureau, il s’agirait d’un sondage.
« Pendant la conversation directe avec le pouvoir en place, le BSA a reçu, le 17 mai 2022, un email de la « Direction exécutive de la CCIO’ », composée de Mgr Ogé Beauvoir, le professeur Jean Robert Charles et de M. Laurent St-Cyr. Ils se présentent comme membres d’un comité de médiation qui représentent Religions pour la paix-Haïti, la Conférence des recteurs, présidents et responsables d’universités et d’institutions d’enseignement supérieur haïtiennes (CORPUHA) et la Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti (CCIH). Ils nous ont demandé notre opinion sur l’insécurité, les élections, la Constitution, la crise humanitaire et la gouvernance. Le BSA comprend donc qu’il s’agit là d’un sondage », peut-on lire dans le communiqué du BSA.
Le bureau de suivi de l’accord du Montana dit croire qu’il est de bon ton que « ces trois citoyens présentent au public le mandat des institutions qu’ils disent représenter, le mandat des gens qui ont fait choix d’eux, la méthodologie du sondage d’opinion qu’ils veulent faire, leur agenda, comment ils vont traiter les résultats du sondage, quels sont les partis qui se sont engagés à respecter le résultat et le mettre en application après publication »
« Il est important que tout le monde ait une réponse à ces questions pour ne pas traîner sans raison alors que la vie devient de plus en plus chère, la population ne peut plus vaquer à ces occupations », a exigé le BSA.
Toutefois, le bureau de suivi de l’accord du Montana se dit disposé et disponible à travailler avec les « entités et citoyens conséquents dans le pays afin d’arriver à un compromis national nécessaire. Le BSA croit qu’il est important de rappeler que la situation est grave et que cela demande beaucoup de sérénité, de sincérité et de respect pour la bataille que nous menons au sein de la population… »
Selon les dernières informations, confirmées par les membres de l’accord Montana, le premier ministre Ariel Henry et ses alliés, réagissant au document cadre posant les conditions pour le véritable dialogue, ont rétorqué en invitant les membres du bureau de suivi de l’accord du Montana à venir discuter sur 3 points, à savoir l’insécurité, le dossier du changement de la constitution et les élections.
Par : Daniel Zéphyr
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