L'enlèvement suivi de l'assassinat d’Évelyne Sincère, 22 ans, a provoqué un electrochoc dans la société. Son cadavre a été découvert le 1er novembre par sa sœur sur un tas d'immondices. Son vagin était enflé. Face à ce crime, les pluies d'indignations se multiplient. Le président Jovenel Moïse tweete pour déplorer comme à chaque fois d'ailleurs sans qu’aucune suite n'ait été donnée pour stopper cette descente aux enfers.
« En tant que père de famille, je suis profondément choqué par l'enlèvement suivi de l'assassinat de la jeune écolière Evelyne Sincère. De telles atrocités sont inacceptables. Les autorités policières et judiciaires n'ont qu'un seul choix : mettre les bandits hors d'état de nuire », a tweeté le chef de l'État, à qui on reproche souvent la connivence de son équipe aux bandits armés. À chaque assassinat crapuleux, le locataire national ne cesse de déplorer l'acte sur Twitter et appeler en vain à freiner la machine infernale de l'insécurité. Sans suite.
Le Ministre de la justice a également tweeté: « Je suis révolté devant l’assassinat de l’élève Evelyne Sincère. Cet acte criminel touche la nation dans ses valeurs sacrées. J’exige que le Parquet de Port-au-Prince et la
DCPJ des résultats CONCRETS RAPIDES pour ce crime odieux ou et foncièrement révoltant ».
La ministre à la Condition féminine et aux droits des femmes a pris le relai en se disant consternée. Tout en condamnant ce crime, Marie Gislhaine Mompremier exige la mise en mouvement de l'action publique contre les malfrats afin que justice soit faite.
Sur les réseaux sociaux, les réactions s'enchaînent, les unes plus accablantes que d'autres. L'économiste Énomy Germain crache son amertume dans un tweet. « Ce ne sont pas les bandits qui nous tuent en réalité, mais la passivité et la complicité de l'État haïtien. Cet État qui s'en fout pas mal de notre existence ... Adieu jeune fille! Adieu Evelyne! Assez! »
« Vladjimir Legagneur, Me Monferrier Dorval, Grégory Saint-Hilaire, Evelyne Sincère, Néhémie Joseph, des gens ordinaires de Bel Air, de La Saline, de Cité Soleil. Et bientôt d'autres noms. Bientôt moi ? Tout ça devient normal en Haïti », a pesté le journaliste Juno Jean-Baptiste.
L'économiste Etzer Émile, s'indigne et crie halte-là. Il dénonce le faire semblant que tout va bien dans la société haïtienne.
« On est sous le règne du faire semblant. C'est la grande mode en Haïti. L'État donne l'impression qu'il contrôle tout pendant qu'on est en face d'un Etat failli. Le citoyen donne l'impression que "lap byen pase" pendant qu'il mange difficilement. Arrêtez le faire semblant », a tweeté l'économiste Émile.
L'enlèvement suivi de l'assassinat d'Évelyne Sincère révolte la journaliste Jacqueline Charles de Miami Herald qui s'exprime dans un tweet. « Muet. Combien de temps avant l'indignation? La dernière victime de meurtre à #Haïti est un jeune lycéen qui a été kidnappé et tué après que des ravisseurs auraient exigé 100 000 $ de la famille. Une vidéo en circulation montre sa sœur découvrant son cadavre nu sur un tas d'ordures. »
Peu avant cet acte d'une telle cruauté sur cette écolière en classe terminale, des bandits armés du G-9 ont endossé les actes de kidnappings perpétrés ces derniers jours dans la capitale dont celui de Titi Borlette .
Pierre Espérance, directeur exécutif du RNDDH, exprime sa colère et son indignation. La banalisation de la vie des gens par les autorités en place préoccupe le RNDDH au plus haut point, avoue le militant des droits humains. Le pire, soulève-t-il, c'est pour la première fois que des bandits revendiquent des cas de kidnappings.
« C'est un crime révoltant. La population doit se mettre vent debout pour défendre leur droit à la vie », a appelé M. Espérance joint au téléphone. Lui qui constate que la PNH est inexistante et est utilisée uniquement pour réprimer les manifestants.
« Quand il s'agit de contrôler des zones de non-droit, rien a été fait », a fustigé M. Espérance. Pour lui, si le pouvoir en place avait la volonté réelle, il saura quoi faire, comment bloquer les champs d'actions de ces malfrats, renforcer la PNH et mettre fin à la connivence avec ces bandes armées.
« On n'a pas besoin que des autorités déplorent ce genre d'actions. On attend des actions concrètes notamment le démantèlement de la fédération des gangs du G-9 en Fanmi », continue le numéro un du RNDDH.
Plus loin, Pierre Espérances croit que les États-Unis errent dans leur considération faisant croire que l'insécurité diminue dans le pays grâce à cette fédération du G-9.
Pour Marie Yolène Gilles, l'assassinat de l’élève en terminale est un coup de "poignard en plus dans la société". Humilier son cadavre est exaspérant.
« C'est la dernière goutte d'eau qui fait déverser le vase. Ce n'est pas la première fois que cet acte se produit sans aucune lumière n'a été faite. C'est un pays qui détruit la jeunesse, l'avenir de ce pays », a réagi Mme Gilles de la Fondasyon Je Klere, pour qui la société haïtienne doit enfin ouvrir les yeux.
D'un autre côté, la militante des droits humains trouve scandaleux que des bandits revendiquent les cas de kidnapping pour forcer la main aux autorités. « C'est écœurant de voir que ces dernières monnayent avec l'argent de nos taxes les gangs qui se fédèrent », s'indigne-t-elle.
La grande sœur de la victime a pointé du doigt son petit ami avec lequel elle aurait eu rendez-vous le jour de son enlèvement.
Michel César