_Le Réseau National de Défense des Droits Humains exprime de vives préoccupations suite à une enquête sur les conditions générales de détention dans les prisons du pays. L’organisation de défense des droits humains critique particulièrement l’inexistence en milieu carcéral, d’activités visant la réinsertion sociale des détenus, après leur libération._
Cette enquête conduite par le RNDDH de janvier à octobre 2020 a pris en compte les 19 prisons fonctionnelles du pays et 3 commissariats convertis en prison, selon le rapport. Elle révèle que les conditions générales de détention dans le pays ne respectent en rien les droits fondamentaux ou encore la dignité des prisonniers. En effet, la vie des détenues est caractérisée par la privation de presque tout et la promiscuité, a fait savoir le RNDDH. Les détenus-es sont soumis à un régime cellulaire. Ils n’ont même pas droit à une heure par jour en plein air alors que les Règlements Internes des Etablissements Pénitentiaires ainsi que l’Ensemble des Règles Minima pour le Traitement des Détenus sont formels là-dessus: Un accès minimum au plein air est primordial pour la santé physique et mentale des détenus-es, déplore le RNDDH.
Hormis les prisons civiles de la Croix-des-Bouquets, de Cermicol, de Cabaret, de Carrefour et de Fort-Liberté, les autres centres carcéraux sont dépourvus de programme visant la réinsertion sociale des détenus après leur libération, critique particulièrement le RNDDH. « Seules cinq (5) des dix-neuf (19) prisons fonctionnelles à ce jour, permettent aux détenus-es d’accéder à une formation académique et/ou, une formation professionnelle. Cependant, le fait qu’ils soient majoritairement en attente de jugement influe directement sur les résultats de ces programmes de formation mis à leur profit. Il s’agit d’une situation catastrophique car, il s'en suit que les détenus-es en Haïti croupissent en prison, sans aucune préparation pour leur futur… », expliquent les enquêteurs. Ils soulignent également le fait que dans leur grande majorité, les détenus-es ne sont pas non plus accompagnés par des travailleurs sociaux comme des psychologues et/ou des sociologues.
Interrogés sur les conditions de détention, les responsables de ces prisons ont, eux aussi, exprimé des inquiétudes renvoyant aux autorités gouvernementales à qui il incombe de doter les prisons de moyens nécessaires. Ils sont d’autant plus inquiets qu’ils ont fait remarquer que plus les détenus-es sont occupés, moins ils pensent à se révolter. « Il est de la responsabilité des autorités étatiques d’œuvrer à améliorer les conditions générales de détention en Haïti et à installer des programmes de formation continue en prison ainsi que des activités récréatives».
Le rapport indexe également l’augmentation de manière exponentielle du taux de détention préventive en raison du dysfonctionnement quasi-total de l’appareil judiciaire durant cette année. En effet, au 20 octobre 2020, la population carcérale haïtienne était estimée à 11 mille 131 détenus dont 8 mille 809 en attente de jugement.
Face à cette situation déplorable, le RNDDH a fait les recommandations suivantes : • Mettre en place dans toutes les prisons du pays un programme continu de réinsertion sociale des détenus-es.
• Renforcer les programmes de formation vocationnelle déjà existants en fournissant aux responsables de prisons les ressources humaines et matérielles nécessaires à l’apprentissage des détenus-es : enseignants-tes, ordinateurs, machines à coudre, outils d’agriculture, etc.
• Permettre à tous les détenus-es, notamment à ceux du CERMICOL et à celles de la prison civile de Cabaret, de continuer leurs études académiques même après la neuvième année fondamentale.
• Payer aux enseignants-tes les arriérés de salaire et régulariser la situation.
• Faire suivre obligatoirement à tous les mineurs-es la formation académique pendant toute la durée de leur incarcération.
• Installer dans toutes les prisons civiles du pays, des bibliothèques à l’intention des détenus-es.
• Rendre disponibles en milieu carcéral des activités récréatives telles que le basket-ball, le volley-ball, le football.
• Finaliser les travaux en vue de l’inauguration de la prison civile de Petit-Goâve.
Par Diego O. Charles
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