PubGazetteHaiti202005

EDITORIAL:- Quand Jovenel Moise, en fin de mandat, marque des points face à une opposition éclatée

Jovenel Moise, Président d'Haiti

Qui l'aurait cru? Jovenel Moise marque des points. Pourtant il y a un an de cela, à pareille époque, il était acculé, dos au mur. Il ne pouvait pas se rendre au Palais National, participer à la réouverture des tribunaux, bref, il se terrait. On disait même qu'il était devenu un SDF( Sans Domicile Fixe). Les mauvaises langues disaient qu’il dormait chez des amis. «   Nap chache Jovenel ak Balèn Nou paka Jwenn li » fut le slogan de l'opposition. Ce fut un président vilipendé, honni par ses concitoyens, presque toutes catégories confondues. On se souvient des marrées humaines qui déferlaient dans les rues de la Capitale et des villes de provinces. Ajouté à cela, 3 mois de « Pays Lock inédit ». Personne n'aurait parié que le président Jovenel Moise serait encore hier au Palais National assis dans son bureau entrain de communiquer avec la population dans « un Live ». Les grandes turbulences laissées derrière lui et revigoré par ses dernières victoires sur le dollar notamment, Jovenel Moise, serein, s'est adressé au peuple.  L'homme « au corps frêle » a  donc résisté jusqu’ici à tous les assauts.

Jovenel Moïse soutenu par l’international et la division de l’opposition

Lâché par la population mais soutenu par le Core Group, les États-Unis d’Amérique, en particulier pour son vote historique contre le Vénézuela de Maduro, Jovenel Moïse est encore là. Les  graves erreurs de l'opposition, les luttes  intestines et une manque criante de cohésion ont aussi aidé « Nèg Bannan n lan » à se maintenir au pouvoir. L'Accord de Marriot sous l’obédience de PASSERELLE qui devait normalement sceller le sort de Jovenel Moise, a finalement foiré. Occasion ratée pour l’opposition. Contre toute attente, Fanmi Lavalas a trouvé un prétexte pour ne pas signer le document malgré sa présence dans les discussions et Jean Charles Moise de Pitit Dessalines n'y a jamais  mis les pieds personnellement mais y a adhéré de loin. Le coup de massue, est que des partis politiques signataires de l'Accord Marriot ( OPL, Fusion, VÉRITÉ, INIFÒS ) ont abandonné le groupe et décidé d'aller négocier à la Nonciature Apostolique. Éclatement ipso facto dudit Accord provoquant la ainsi  démobilisatiion totale de la rue. Il n'en fallait pas plus pour prouver au monde entier que les  leaders de l'opposition n'étaient  pas à la hauteur de leurs responsabilités.  Entre temps, sur le terrain, des militants se font tuer, emprisonner... Tout cela pour rien.

Un an plus tard, grâce à la faiblesse de l'opposition, Jovenel Moise a repris du poil de la bête et sorti sa tête de l'eau.
Alors que l'opposition totalement affaiblie a tenté de refaire surface, le Coronavirus a fait sa brusque apparition et mis ainsi fin à toute vélléité des opposants du pouvoir de reprendre la main, des mesures barrières étant imposées par l’Etat pour éviter la propagation de la maladie. On se rappelle ce 19 mars, quand Jovenel avait comme salué l'arrivée de la pandémie en Haïti quand il fallait annoncer les deux premiers cas de contamination. A quelque chose, malheur est bon, dit le vieil adage.

Seul maître à bord

Et Jovenel Moise reprend le contrôle de la situation. Il se débarasse du Parlement pour diriger seul mais surtout de ses farouches opposants au sénat et à la chambre des députés. Il prend un décret et nomme son CEP et fonce comme sur un boulevard au grand dam des dénonciations de tous les secteurs de la vie nationale. Il attaque le secteur énergétique, pousse Dimitri Vorbe considéré comme un opposant et  accusé de surfacturation à l'éxil.  Il n’a peur de rien car il a le soutien de Hélen B. La Lime et de Michele J. Sison.

Une frange de l'opposition allait tenter de surfer sur la vague des policiers de Fantôme 509 et du secteur protestant qui dénonçait le décret traité de « Masi/Madi ». En vain. Si les protestants voulaient le retrait du décret qualifié de « scellérat », Fantôme 509 ne cherchait que la reconnaissance de leur syndicat et la réintégration de leur camarade révoqué.  Les mouvements déclenchés par les avocats pour dénoncer l'assassinat du Bâtonnier Monferrier Dorval n'ont pas non plus eu les effets escomptés en dépit du fait que le Palais National est indexé dans ce crime odieux.

Enfin, des points marqués 

Contre toute attente, Jovenel Moise aidé de son premier ministre Joseph Jouthe ne cesse de marquer des points et pas des moindres. Comme son opposant Jean Charles Moise avant lui, le président s'attaque aux banques commerciales et les contraint de faire baisser le taux de change. Le dollar en un moins et demi perd la moitié de sa valeur. De 125 gourdes pour un dollar, nous sommes aujourd' hui dans la fourchette de 62 gourdes pour se procurer le billet vert. La lutte du gouvernement contre  la spéculation occasionnant une baisse considérable de certains produits de première nécessité est payante et les petites bourses  trop longtemps oubliées applaudissent, faute de mieux. Jamais dans l'histoire récente, un chef d'état porté au pouvoir par la bourgeoisie n'a autant attaqué les intérêts de cette même bourgeoisie. Si Jean Bertrand Aristide menaçait leurs intérêts, Jovenel Moise les attaque directement. Le président n'a pas l’air d’avoir peur. Il a même demandé à ceux qui l' « ont financé de couper la main qui lui a donné l'argent ». Il fut un temps, les grosses fortunes du pays se seraient alliées à l’opposition pour faire tomber le chef d’état.
Cependant à  bien des égards, le Secteur Privé continue de contourner les mesures dans la vente d'autres produits dont les prix sont libéllés en gourdes mais au taux de 120 à 125 gourdes.

Il ne s'arrête pas là. Dans son dernier budget pris par arrêté sans l'aval d'un parlement, Jovenel Moise augmente le salaire de tous les employés de l'Etat. Une augmentation de 5 à 50% et décide une  petite baisse au niveau des prix de l'essence, même si qualifiée de « cosmétique » par certains vu la structure des prix.  Bien que les détracteurs du président croient que ces mesures sont prises dans un but électoraliste mais l’essentiel est que ces dernières impactent sur le pouvoir d’achat de la population.

En tout état de cause, quand on regarde la nouvelle posture de Jovenel Moise, il est clair qu'il tente de se réconcilier avec la population en la caressant dans le sens du poil. Le ton de sa « conversation avec le peuple » en est une illustration.  Le président de la république, sauf retournement de situation, est presque sûr de pouvoir commémorer pour la première fois depuis sa première année de mandat l'assassinat de Jean Jacques Dessalines au Pont Rouge et Marchand Dessalines d'autant que le site du Pont Rouge est désormais contrôlé par le G9, de Jimmy Chérisier alias Barbecue.


Ironie du sort, en dépit des points marqués par Jovenel Moise suite aux mesures relatives à la baisse du dollar, à l'augmentation du salaire des employés de l'état et la baisse des produits pétroliers touchant directement la vie des haitiens,  PHTK et lui déjà trop décriés dans l'opinion publique ne sont pas sûrs de bénéficier totalement d’un retour d’ascenseur. L'implication présumée du pouvoir dans des massacres dans les quartiers pauvres, dans l'assassinat du Bâtonnier et de l'étudiant Grégory Saint Hilaire, le dossier Petrocaribe, des promesses non tenues ( courant 24/24) trop lourds comme passifs.  La population applaudit les mesures du président sans une réelle euphorie. Cependant, Jean Charles Moise accusé à tort ou à raison d'être son conseiller en cachette dans ses décisions semble, lui, en bénéficier d’avantage, du moins pour le moment. Dans les marchés publics, certains petits commerçants n'hésitent pas à dire pourtant merci au leader de Pitit Dessalines pour avoir mené tambour battant cette bataille.

Pour reprendre la mobilisation et empêcher à Jovenel Moise de passer le cap du 7 février 2021, l'opposition devrait se réinventer. Elle a besoin de soigner son image dans l’opinion publique. L'implosion spéctaculaire du Secteur Démocratique, il y a quelques jours, vient ternir davantage son image déjà écornée. Il est un fait indéniable qu'il ne sera pas facile pour Jovenel Moise de regagner la confiance de la population même s’il tente en fin de mandat de « se refaire une santé », mais l’opposition actuelle ne paraît pas non plus crédible aux yeux des citoyens, en dépit de toutes les luttes menées pour freiner les dérives du régime PHTK qui méritent d’ailleurs d’être saluées. A moins qu'elle apprenne finalement de ses erreurs.

Dans un commentaire sur Magik 9  au cours de cette semaine, l'éditorialiste du Nouvelliste Frantz Duval analysant la situation politique a dit et nous citons: « quand le public est obligé de regarder un match qui n’est pas intéressant, c'est que les deux équipes sont proportionnellement inéficaces ».





Par Gazette Haiti 

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