Haïti serait en marche vers une hyperinflation, craint le spécialiste en gestion financière, John Earl Etzer LEGROS qui a fait une analyse de la situation économique du pays qui prend en compte la situation globale dont une copie est parvenue au journal. Certaines des conditions sont déjà réunies pour arriver à ce phénomène économique qui se définit comme une forme exceptionnelle d'inflation qui se manifeste par une hausse extrêmement véloce des prix conduisant à une détérioration de la valeur réelle de la monnaie d'un pays. Elle provoque une perte de confiance dans la monnaie locale entrainant une forte thésaurisation, accélération des transactions financières vers des devises de refuge. Le comptable agréé, qui précise que le but de ce travail n’est pas d’attiser la panique dans le pays mais plutôt d'éviter le pire au pays, a formulé un ensemble de recommandations impliquant tous les acteurs concernés en vue d’éviter cette situation considérée comme un tsunami économique.
Situation politique d'exception dont guerre internationale ou civile, catastrophe naturelle, instabilité politique, sanctions économiques et politiques ; poids élevé du service de la dette ; charges fiscales démesurées ; corruption systémique et malversation financière dans des comptes du trésor ; l’instabilité de la masse monétaire, la dépréciation accélérée de la monnaie nationale. Il y va de même pour la perte de confiance des acteurs financiers internationaux ; la difficulté pour l’Etat de recourir à des prêts auprès des institutions financières internationales ; l'indexation systématique des salaires par rapport l’évolution de l’inflation. Ce sont là certains facteurs, de manière non exhaustive, qui peuvent concourir à l'hyperinflation, selon le Comptable agréé, John Earl Etzer LEGROS, détenteur d’une maitrise en Gestion financière. Citant un article de l’économiste américain Phillip David Cagan publié en 1956 dans lequel il a établi le seuil de l’hyperinflation à un taux d’inflation supérieur à 50% en rythme mensuel, John Earl Etzer LEGROS affirme que le pays est encore loin de cette phase.
Il souligne qu’un rapport actualisé de l’IHSI informant du niveau de l’inflation en Haïti permettrait de faire une meilleure analyse quant à l’existence du risque d’hyperinflation tout en déplorant que depuis presqu'un an l'Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique, IHSI, n’a publié aucune information liée aux indicateurs économiques. M. Legros rappelle que le dernier rapport sur l’inflation en Haïti publié sur le site de la Banque de la République d’Haïti, BRH, date d’août 2019. L’indice général était alors évalué à 19.5%1 en glissement annuel.
Cependant, au-delà des facteurs précités, l’hyperinflation prend sa source principalement dans les déficits publics abyssaux ou des déficits jumeaux aigus. En effet, fait remarquer M. Legros, depuis plusieurs années, les déficits publics du pays ne font que croitre tandis que le taux de croissance du Produit Intérieur Brut, PIB, évolue en tendance baissière. Ce cumul de déficits consécutifs renforce l’effet d’éviction car plus les déficits augmentent plus les autorités monétaires et/ou financières font tourner la planche à billet ou optent pour autre issue comme celle de l’augmentation de la dette publique. « Ce phénomène, aux conséquences fatales, génère un cycle vicieux provoquant une dégradation en spirale de l’économie. La hausse généralisée des prix conduit à une diminution criante du pouvoir d’achat susceptible d’engendrer des troubles sociaux par les ménages qui réclament une augmentation de salaires soit par des grèves ou des soulèvements. Ce qui, pour le secteur privé conduit à une baisse d’activité et une augmentation des coûts pour les entreprises et du coup une nouvelle hausse des prix, et une augmentation des dépenses courantes pour le secteur public. Alors, le déficit devient encore plus élevé et ainsi débute le cycle économique infernal », explique le comptable qui fait également office d’ingénieur civil.
Il rappelle que plusieurs pays ont déjà vécu un phénomène pareil au cours de leur histoire citant particulièrement des économies comme la France, la Russie, l’Allemagne, le Chili, l’Argentine, le Zimbabwe et le Vénézuéla. Ce dernier était, il y a moins de 10 ans, l’une des économies les plus fortes de l’Amérique latine avec taux de croissance du PIB de 13,5 % en moyenne jusqu'en 2009, aujourd’hui, il vit la situation économique la plus catastrophique de son histoire avec une prévision d'environ 1 000 000% d’inflation à la fin de l'année. « Comparativement au Venezuela, Haïti n’a aucune source particulière de richesses prédominante découlant d’une activité d’exploitation ou de production. Ce qui rend le pays plus vulnérable face à un tel phénomène. La récession économique que traverse actuellement le monde, suite à la crise sanitaire causée par la pandémie COVID19, a accru la détérioration de notre économie qui dépend grandement de la contribution de notre diaspora et des appuis financiers des bailleurs internationaux. La dépréciation accélérée de notre monnaie par rapport au dollar occasionne la flambée des prix de presque tous les produits. L’un des facteurs qui joue en notre faveur jusqu’à date c’est qu’on ne fait pas l’objet d’aucune sanction économique. Dans la mesure où une conjoncture politique parvient à provoquer une rupture dans les relations du pays avec la communauté internationale conduisant à des sanctions économiques alors les dés seraient jetés, l’hyperinflation serait à nos portes dans un temps record », prévient le spécialiste en gestion financière.
Il poursuit pour dire que « si pour les économistes, il n’existe pas de normes qui caractérisent l’hyperinflation mais plutôt un point de doctrine selon l’économiste Phillip Cagan, pour les comptables évoluant dans une économie dite hyperinflationniste, il leur est fait obligation d’adopter la norme IAS 296. Laquelle norme définit clairement un seuil déterminé à partir des taux d'inflation pris sur trois ans dont la valeur cumulée est supérieure ou quasi-égale à 100 %. En décembre 2018, l’inflation en glissement annuel en Haïti était à 15.1%, en décembre 2019, on n’avait pas de rapport officiel mais on pouvait l’estimer entre 22 ou 23%. Tenant compte de cette norme, au cas où l’on obtiendrait un taux d’inflation supérieur à 63%, à la fin de l’année 2020, l’économie haïtienne deviendrait hyperinflationniste. Ce sera également le cas dans l’éventualité où pour les deux prochaines périodes, soit décembre 2020 et décembre 2021, nous obtenions en moyenne des taux d’inflation équivalents à 39%. Rappelons qu’en septembre 2003, l’IPC était à 38.4% ».
« Au regard de la situation économique du pays qui se détériore depuis plusieurs années et qui est déjà en stade de dépression économique, face aux enjeux politiques qui se profilent à l'horizon et considérant le fait que le mandat présidentiel est mis en cause par divers acteurs de la société, dans le cas où les troubles sociaux persistent et les entraves économiques s’amoncellent, l'hyperinflation pourrait avoir tel impact qu'un tsunami économique en Haïti », projette l’expert en gestion financière. Cependant, il pense qu’il est encore possible de dérouter la trajectoire de ce phénomène funeste qui marche vers nous en appliquant les mesures suivantes :
1- Adoption d’une attitude responsable, patriotique et humaniste des principaux acteurs de la vie politique particulièrement le président de la république qui reste, à date, le capitaine de ce navire qui fonce droit vers un iceberg.
2- Renforcement de l’indépendance de la BRH par l’application d’une bonne politique monétaire visant à équilibrer la quantité de monnaie en circulation par rapport à la disponibilité des biens et services sur le marché et également à contenir l’inflation et la dépréciation de la gourde.
3- Mis en place d’une politique de relance économique passant par des mesures fiscales attractives et autres approches incitatives dans le but de garder le peu d'entrepreneurs courageux qui assurent une certaine activité économique et en plus d’encourager la création de nouvelles entreprises.
Par Diego O. Charles
Lezec15@gmail.com
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