Dans un rapport thématique sur le budget 2019-2020, le Centre d’Analyse et de Recherche en Droits de l’Homme, CARDH, a dénoncé le fait que les droits humains soient relégués au second plan dans le document de budget. Le budget vise, de préférence, à légitimer une série de dépenses non prévues mais qui ont été effectuées en violation des normes de passations de marchés publics, estime le directeur executif du CARDH. Me Gédéon Jean recommande aux acteurs concernés d’élaborer, d’adopter et d’exécuter des politiques publiques ayant pour finalité l’amélioration progressive de la situation des couches vulnérables.
« Le budget 19-20, adopté le 5 juin dernier, réaffirme que l’administration Moïse ne se soucie pas des droits humains et se caractérise particulièrement par l’affaiblissement des institutions, la violation de la Constitution et des normes de bonne gouvernance et la consolidation de la corruption », conclut ce rapport qui vise à sensibiliser les acteurs concernés sur la nécessité de doter le pays de politiques publiques qui favorisent l’intérêt les plus démunies. Le CARDH estime que le budget 19-20 ne dispose pas d’un cadre programmatique pour le respect des droits humains et que le budget a pour objectif principal de tenter de normaliser des dépenses irrégulières et improductives effectuées notamment durant la période d’urgence.
Les droits à la justice et à la sécurité de la population ne constituent pas une priorité dans ce budget, fait remarquer Me Gédéon Jean. Il souligne que certaines rubriques dont « Autres Interventions Publiques », qui est destinée aux dépenses de l’Exécutif et pour lesquelles aucun contrôle ne pourra être exercé, ont bénéficié d’augmentations au détriment des fonds alloués à la Police Nationale d’Haiti. Parallèlement, aucune disposition n’a été prise pour renforcer la justice à travers ce budget.
La situation n’est pas différente en ce qui concerne le droit à la santé de la population. « Les 17 milliards de gourdes prévus pour la lutte contre la pandémie de la COVID-19 pourraient être considérés comme une bonne chose, s’il y en avait une gestion comptable, transparente et éclairée. Malheureusement, cette pandémie frappant le pays sur les plans économique et sanitaire, et ayant déjà fait 73 décès, selon les données officielles (14 juin 2020), est utilisée à des fins de corruption et d’enrichissement illicite », toujours selon le CARDH. L’organisation estime également que le budget ne va pas renforcer l’agriculture dont l’enveloppe est réduite de 24%, dans un contexte où 4.5 millions d’haïtiens évolueraient en insécurité alimentaire.
Le responsable du CARDH dénonce aussi que ce soit à la population qu’il revient de payer le service de la dette qui a augmenté de 43% dans le budget pour l’exercice fiscal en cours tandis que les conditions de vie des couches les plus vulnérables se dégradent progressivement en raison de la dévaluation de la gourde, du chômage et de l’insécurité alimentaire. L’organisme de défense des droits humains rappelle que l’argent octroyé à cette rubrique sert principalement à rembourser les fonds prêtés au Vénézuéla dans le cadre du programme PetroCaribe pour financer des projets de développement dans le pays.
Fort de tout ce qui précède, Me Gédéon Jean recommande aux acteurs concernés d’élaborer, d’adopter et d’exécuter des politiques publiques ayant pour finalité l’amélioration progressive de la situation des couches vulnérables.
Par Diego O. Charles
Lezec15@gmail.com
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