Dans son rapport final présenté au Conseil de sécurité des Nations unies, le Groupe d’experts de l’ONU met en cause l’ancienne mairesse de l’Arcahaie, Rosemila Petit-Frère, pour ses liens présumés avec des chefs de gangs de la coalition criminelle « Viv Ansanm » et son soutien financier et logistique à ces derniers. Il l’accuse également d’avoir communiqué des informations opérationnelles confidentielles concernant des opérations de la Police Nationale d’Haïti (PNH) contre le gang « Grand Ravine » à son chef Renel Destina, alias « Ti Lapli ».
Selon le rapport, Rosemila Petit-Frère entretiendrait depuis plusieurs années des relations avec des chefs de gangs de la coalition criminelle « Viv Ansanm ». Elle aurait notamment apporté un soutien financier et logistique à certains d’entre eux.
Elle est également accusée d’avoir joué le rôle d’intermédiaire entre des groupes armés et différents acteurs des milieux criminels, politiques, économiques et du secteur de la sécurité. D’après les experts de l’ONU, elle aurait notamment contribué au maintien de ces réseaux en facilitant les communications et certaines transactions financières.
Le Groupe d’experts affirme que l’ancienne mairesse aurait multiplié les échanges téléphoniques avec Jean Gardy, alias « Pece Pim Pim », ainsi qu’avec Renel Destina, alias Ti Lapli , chef du gang de « Grand Ravine » au cours des cinq mois précédant la création de « Viv Ansanm » en septembre 2023.
Elle est également accusée d’avoir transmis des informations opérationnelles confidentielles concernant des opérations imminentes de la PNH contre « Grand Ravine » et d’autres groupes armés qui ont par la suite rejoint la coalition « Viv Ansanm ».
Un rapport confidentiel ainsi que des témoignages recueillis par des enquêteurs et cités par les experts font également état d’échanges réguliers entre Rosemila Petit-Frère et Prophane Victor, sanctionné pour son soutien présumé et son implication dans l’armement de groupes armés. Le rapport mentionne également des contacts avec Magalie Habitant, présentée comme une intermédiaire entre des gangs et certains de leurs soutiens économiques et financiers.
Selon les experts, les contacts de Rosemila Petit-Frère au sein de la PNH lui auraient permis d’obtenir des rapports d’enquête confidentiels transmis par des agents corrompus. Ces documents auraient notamment concerné Prophane Victor et Magalie Habitant et leur auraient ensuite été communiqués.
Des soupçons de corruption et de blanchiment de fonds
Le rapport fait également état de relations de corruption que Rosemila Petit-Frère aurait entretenues avec certains membres de la PNH. Ces relations lui auraient permis d’obtenir des marchés publics portant notamment sur la fourniture d’uniformes à la police, sans mise en concurrence et sans mécanismes de contrôle jugés adéquats par les experts.
Le Groupe d’experts affirme également que Petit-Frère aurait utilisé ses relations politiques avec d’anciens responsables gouvernementaux afin de faciliter la nomination de personnes de son choix à des postes stratégiques dans l’administration, dans le but, selon le rapport, de permettre le détournement de fonds à son profit.
Les experts citent notamment le cas d’une ancienne directrice générale de la Caisse d’Assistance Sociale (CAS), dont la nomination aurait été soutenue par Rosemila Petit-Frère en 2021. Cette responsable aurait par la suite été mise en cause dans une affaire de détournement de fonds au préjudice de la Caisse. Selon le rapport, l’enquête aurait établi que Rosemila Petit-Frère en aurait été la principale bénéficiaire.
Le Groupe d’experts affirme également qu’une partie de ces fonds aurait été versée à Jean Gardy, présenté comme le chef du gang « Krache Dife » et membre de « Viv Ansanm ». Selon le rapport, l’influence de ce groupe aurait par la suite considérablement augmenté, notamment dans les quartiers de Bel-Air et de Delmas.
La reconstitution des flux financiers aurait par ailleurs mis en évidence, selon les experts, des opérations de blanchiment de fonds effectuées par l’intermédiaire de trois entités commerciales appartenant à Rosemila Petit-Frère : Centre Commercial, Groupe Radio Mono 96.3 FM et Excel Travel, toutes enregistrées en Haïti.
Le rapport revient sur l’arrestation de Rosemila Petit-Frère en août 2025, alors qu’elle transitait par la République dominicaine en provenance du Canada.
Selon le document, les investigations menées dans cette affaire, notamment l’analyse de plusieurs échanges de messages, auraient révélé qu’elle apportait son soutien à plusieurs chefs de « Viv Ansanm », dont Renel Destina, alias « Ti Lapli », chef du gang de Grand Ravine.
Rosemila Petit-Frère a été remise en liberté en janvier 2026 pour des raisons médicales.
Rosemila Petit-Frère conteste les accusations
Le Groupe d’experts indique avoir adressé une lettre à Rosemila Petit-Frère afin de lui donner la possibilité de répondre aux différentes constatations présentées dans le rapport.
En réponse, l’ancienne maire a contesté les accusations des experts. Le Groupe affirme avoir examiné les informations et observations communiquées par Petit-Frère avant de transmettre son rapport au Comité.
Malgré les éléments communiqués par l’ancienne maire, le Groupe d’experts précise, maintenir ses conclusions.
Par: Daniella Saint-Louis
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