PubGazetteHaiti202005

63ème anniversaire de l’orchestre Tropicana: une légende en musique, un héritage en mouvement

63ème anniversaire de l’orchestre Tropicana: une légende en musique, un héritage en mouvement

L’Orchestre Tropicana d’Haïti a célébré, le vendredi 14 août 2026, son 63e anniversaire de fondation sous les applaudissements d’un public venu en masse à la place d’Armes du Cap-Haïtien. Des milliers de « Djo Kannel », venus des quatre coins de la ville et d’ailleurs, ont investi l’espace pour rendre hommage à la « Fusée d’or internationale », véritable institution de la musique haïtienne. 


Accueilli par une salve d’applaudissements et des feux d’artifice, l’orchestre a ensuite fait danser le public pendant plus de quatre heures. La soirée, lancée au rythme de « Belle fête », a été marquée par une forte affluence et par la présence de nombreux admirateurs vêtus de bleu et de blanc, les couleurs emblématiques de Tropicana. 

Fondé le 15 août 1963 au Cap-Haïtien, dans le sillage de l’Orchestre Caraïbes, Tropicana s’est imposé au fil des décennies comme l’un des piliers de l’industrie musicale haïtienne. 

En 63 ans, la formation a traversé plusieurs générations tout en conservant une identité musicale profondément ancrée dans le konpa et enrichie par diverses influences caribéennes. Ses productions, dont l’album « Zocklo » sorti en 1970, ainsi que plusieurs de ses morceaux devenus des classiques, ont contribué à construire la mémoire musicale collective de plusieurs générations d’Haïtiens. 

Derrière cette longévité se trouvent aussi des musiciens et chanteurs qui ont marqué l’histoire de l’orchestre, parmi lesquels Giordany Joseph, Parisien Fils-Aimé, Paul Édouard Jean, Emmanuel Turenne, Claude Cinna Octavius Charles, Hervé Casséus, Charlemagne Pierre-Noël et Bazile Cobty. 

Cette célébration a également été l’occasion de rendre hommage à Cinna Octavius Charles, dit « Ti Blanc », figure historique, maestro et saxophoniste de Tropicana. Le président de la Commission municipale intérimaire du Cap-Haïtien, Michel Saint-Croix, a salué le parcours de celui qui a consacré plusieurs décennies de sa vie à cette formation emblématique. 

A travers cet hommage, c’est aussi toute une génération de musiciens qui a été mise en lumière, rappelant que la pérennité de Tropicana repose autant sur son répertoire que sur les hommes et les femmes qui ont façonné son identité. 

Mais l’anniversaire de Tropicana ne se limite pas à une célébration locale. Il rappelle surtout la place occupée par les grands orchestres dans la construction et la diffusion de la musique haïtienne. Dans cette histoire, Tropicana partage une dimension particulière avec Tabou Combo, autre monument du konpa et de la musique haïtienne à l’international. 

Fondé à Pétion-Ville à la fin des années 1960, notamment autour d’Albert Chancy Jr., Roger M. Eugène, Yves Joseph et Herman Nau, Tabou Combo s’est progressivement imposé sur les scènes internationales, notamment depuis New York. 
Deux orchestres issus de générations différentes, mais porteurs d’une même ambition : faire vivre le konpa, préserver son identité et porter la musique haïtienne au-delà des frontières. 

Cette proximité entre les deux institutions sera d’ailleurs célébrée le 22 août prochain au Karibe, à Pétion-Ville, dans le cadre d’une grande soirée réunissant Tropicana et Tabou Combo. Des artistes invités, dont Albert Chancy et Lionel Benjamin, participeront à ce rendez-vous présenté comme une rencontre entre deux monuments de la musique haïtienne. 

Les deux formations ont déjà partagé la scène, notamment à Brooklyn, à New York, en avril 2022. 

A 63 ans, Tropicana représente donc bien plus qu’un orchestre. Il est devenu un marqueur de l’identité culturelle du Cap-Haïtien et une composante majeure du patrimoine musical national. Avec Tabou Combo, il incarne cette génération d’orchestres qui ont permis au konpa de traverser les époques, de survivre aux bouleversements de l’industrie et de continuer à rassembler les Haïtiens, en Haïti comme dans la diaspora. 

Dans un pays confronté à de profondes difficultés, la longévité de ces formations prend aussi une dimension symbolique. Continuer à jouer, à créer et à rassembler autour de la musique constitue une forme de résistance culturelle. 


Tropicana, comme Tabou Combo, rappelle ainsi que la musique haïtienne ne se résume pas à un genre musical, elle est une mémoire, une identité et un lien entre les générations.

A 63 ans, la Fusée d’or poursuit sa route, toujours portée par la même énergie : faire résonner le konpa et maintenir vivante une part essentielle de l’âme haïtienne.

Webertson DORVIL

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