La nomination et l’installation de Uder Antoine comme Directeur général du Conseil Électoral Provisoire (CEP), l’adoption du décret électoral continuent de susciter de vives réactions dans la classe politique. Dans une déclaration conjointe rendue publique le vendredi 05 juin 2026, plusieurs partis politiques et organisations sociales ont dénoncé ce qu’ils qualifient de tentative de prise de contrôle de l’institution électorale par le pouvoir exécutif.
Dans ce document intitulé « Déclaration solennelle des forces politiques et sociales de la République pour le salut de la République et la sauvegarde du processus électoral », les signataires affirment qu’Haïti traverse « l’un des moments les plus critiques de son histoire contemporaine » et accusent le pouvoir en place de s’engager dans « des manœuvres dilatoires » au lieu d’apporter des réponses aux multiples crises auxquelles le pays est confronté.
Selon les organisations signataires, « la mission essentielle et fondamentale de l’actuel pouvoir exécutif était de rétablir un climat de sécurité permettant le retour à l’ordre constitutionnel par l’organisation d’élections libres, honnêtes et inclusives en 2026 ». Elles estiment qu’en s’éloignant de cet objectif, le gouvernement « abdique sa responsabilité première envers le peuple haïtien ».
Les signataires rappellent également que, conformément à l’article 191 de la Constitution, le CEP demeure « l’organe constitutionnel chargé, en toute indépendance, de la gestion et de la direction des opérations électorales » ainsi que de l’élaboration du décret électoral. Ils soutiennent que cette indépendance « n’est pas une option, mais le socle même de la légitimité et de la crédibilité des résultats à venir ».
Au cœur des critiques figure le récent décret électoral adopté par le gouvernement. Les organisations politiques et sociales dénoncent ce qu’elles considèrent comme une réduction des pouvoirs du Conseil Électoral Provisoire au profit de la Direction générale de l’institution.
« Pour la première fois dans notre histoire récente, Haïti traverse une crise pré-électorale », écrivent-elles. Selon elles, cette situation « révèle, sans ambiguïté, la volonté du Premier ministre Fils-Aimé de s’approprier le processus électoral pour favoriser une mouvance partisane ».
Les signataires affirment que « par la publication d’un décret inconstitutionnel transférant les prérogatives du CEP à un Directeur général », le chef du gouvernement aurait « neutralisé l’organe électoral, le réduisant au rôle de simple spectateur ». Ils estiment que cet acte constitue « une rupture brutale de l’ordre démocratique ».
La déclaration intervient quelques heures après l’installation officielle de Uder Antoine comme Directeur général du CEP, une nomination qui a fait l’objet de nombreuses controverses au cours des derniers jours.
Les partis et organisations signataires lancent également un appel à la communauté internationale. « Nous interpellons la communauté internationale sur la nécessité de continuer à soutenir le Conseil Électoral Provisoire dans sa lutte pour la défense de ses prérogatives constitutionnelles », écrivent-ils.
Ils qualifient l’adoption du décret par l'Exécutif de « dérive autoritaire ». En ce sens, les signataires appellent « les forces vives de la nation, syndicats, organisations de la société civile, secteur privé, forces sociales, citoyennes et citoyens, à se lever avec dignité ».
Ils disent « NON à la capture du processus électoral par le Premier ministre Fils-Aimé » et annoncent qu’ils rejettent « par avance toute mascarade électorale orchestrée au mépris de la loi ». Ces derniers exigent également « le rétablissement immédiat de l’indépendance du CEP et la mise en place de conditions réelles pour des élections crédibles, transparentes et souveraines ».
Cette déclaration est notamment signée par plusieurs organisations et personnalités politiques dont le RDNP, l’UNSMT, EDE, Débout Citoyen, Nouvelle Orientation, le SDP, INITE, KORE-N, la Plateforme Solidarité, ainsi que plusieurs autres regroupements et acteurs de la vie politique nationale.
« Le temps de la soumission est révolu. Le temps de la vigilance et de la résistance citoyenne pour sauver la démocratie haïtienne est arrivé », conclut le document.
Par: Daniel Zéphyr
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