Au même rythme des traditions délaissées sous le poids des tensions récurrentes, La Noël y est aussi. Déplacés vers des abris, d'autres sans demeure fixe, grande précarité, des habitudes qui se noient dans la terreur, la Noël ne se dessine pas avec ces mêmes couleurs d'antan. Entre perte d'habitude et nouvelles accommodations, ce peuple résilient s'y adapte.
Alors qu’Haïti traverse l’une des pires crises sécuritaires, économiques et humanitaires de son histoire récente, les célébrations de Noël se déroulent sous le signe de la peur et de la privation. Avec plus de 1,3 million de personnes déplacées, une insécurité alimentaire qui touche plus de la moitié de la population, une inflation persistante et des zones urbaines largement contrôlées par des groupes armés, la fête qui symbolisait jadis joie, partage et retrouvailles familiales peine désormais à trouver sa place dans le quotidien éprouvant des Haïtiens.
Noël sous tension permanente
Des fanaux moindrement remarqués. Des musiques circonstancielles rarement écoutées. Dans de nombreux quartiers de la capitale, les soirées de décembre n’ont plus la même atmosphère. Les déplacements sont prudents.
Là où autrefois les fanaux illuminaient les rues et les enfants répétaient des chants de Noël, la priorité est désormais la sécurité et la recherche de nourriture.
Roselène, détaillante au marché de Pétion-Ville, mère de trois enfants, résume simplement :
« Noël ne disparaît pas, mais il n’est plus ce qu’il était. Aujourd’hui, on pense d’abord à survivre. »
Des traditions fragilisées mais pas totalement effacées
Les déplacements vers les villes de province, autrefois indispensables pour les retrouvailles familiales, sont devenus difficiles. Martha, originaire des Cayes, explique qu’elle ne peut plus entreprendre ce voyage, en raison de l'insécurité et du blocage des rues dans la commune de Gressier, ce qui exige le risque de passer dans les hauteurs ou traverser par voie maritime pour Petit-Goâve.
Beaucoup partagent la même réalité : les retrouvailles familiales se réduisent, parfois remplacées par de simples appels téléphoniques lorsque le réseau le permet.
Pour certains habitants, la douleur est aussi morale.
Luckson, 63 ans, qui se rappelle du bon vieux temps confie :
« Ce n’est pas seulement une fête que nous perdons, c’est une façon de vivre ensemble. »
Les chiffres qui racontent la crise
Les données disponibles confirment cette atmosphère lourde :
Plus de 5,7 millions de personnes sont en insécurité alimentaire sévère.
1,3 million de personnes déplacées internes vivent dans des conditions précaires après avoir fui la violence.
Une grande partie de la capitale, soit plus de 80% reste sous influence de groupes armés, compliquant l’accès aux services, aux activités économiques et à l’aide humanitaire.
L’inflation et le chômage réduisent drastiquement le pouvoir d’achat, rendant difficiles même les modestes préparatifs de fête.
Dans nombreux foyers, la table de Noël n’est plus synonyme d’abondance ; elle se contente de ce que les familles peuvent obtenir.
Noël 2025 n’est pas la fête que la mémoire collective a connue. Il est plus silencieux, plus prudent, parfois marqué par la tristesse, cris et peur au rythme des sons de balles. Mais il reste ce fil fragile qui rappelle aux Haïtiens qu’ils ont encore quelque chose à préserver : la solidarité, la foi et la volonté de tenir, malgré tout.
Des festivités sont quand même programmées à Pétion-Ville et dans des villes de province mais avec tellement de prudence au niveau sécuritaire. Un signe qui traduit que même dans la tempête, une part de l’esprit de Noël résiste, discrète, mais bien vivante.
Par Wideberlin Sénexant
- Log in to post comments


