À Delmas 47, ce lundi 18 août 2025, Moïse Jean-Charles a signé son grand retour. Après plusieurs mois de silence qu’il a présenté comme de simples « vacances », l’ancien sénateur du Nord et chef du parti Pitit Dessalines est réapparu devant une foule enflammée de militants et de sympathisants. « J’étais en vacances, je suis de retour », a-t-il lancé, laissant entendre que sa voix allait de nouveau peser dans le débat national, avant de menacer de prendre les armes contre la transition actuelle dont il fait partie à travers son représentant au conseil présidentiel de transition.
Moïse Jean Charles a fait un come-back fracassant sur la scène politique ce lundi 18 août 2025. Ce retour n’avait rien d’anodin. Depuis Delmas 47, un lieu symbolique de luttes contre les régimes passés et où la semaine il a été vertement dénoncé par des militants déçus, Jean-Charles Moïse a multiplié les attaques contre les deux branches du pouvoir actuel : le Conseil présidentiel de transition (CPT) et la Primature.
Il a accusé les neuf membres du CPT et le chef du gouvernement d’être incapables de répondre aux besoins de la population, alors qu’il est représenté par Emmanuel Vertilaire au sein dudit Conseil et son parti Pitit Dessalines détient au moins un portefeuille ministériel, celui du Ministère de l'Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural.
« On ne peut pas cautionner une telle dérive », a-t-il martelé. Selon lui, les dirigeants préfèrent se livrer à des tractations financières et à des « contrats juteux » plutôt que de s’attaquer à la montée des gangs armés et au désespoir généralisé.
L’ex-candidat à la présidence n’a pas hésité à cibler le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qu’il accuse de servir avant tout les intérêts du secteur privé des affaires. Et il a menacé de faire tomber non seulement le Premier ministre, mais aussi le CPT dans son ensemble.
Toujours selon lui, seule une mobilisation radicale permettrait de « changer la phase de la bataille ». Ses mots résonnent comme un appel à la confrontation directe, dans un pays déjà miné par la prolifération des armes et la violence des gangs. Il a brandi l’ultime menace : le recours aux armes si la crise politique actuelle persiste.
« Si les choses ne changent pas, je prendrai les armes », a-t-il averti, devant ses partisans, gonflés à bloc, manifestant leur joie de retrouver leur leader
Dans la foulée, l’ancien sénateur de la république a également attaqué la présence étrangère en Haïti. « Je n’accepte pas la présence de mercenaires étrangers qui viendraient rester pour dix ans en Haïti », a-t-il affirmé, visant directement l’ambassade américaine et la mission multinationale annoncée pour stabiliser le pays. Adoptant un ton nationaliste, comme à son habitude, il a présenté la souveraineté du pays comme une ligne rouge à ne pas franchir.
À travers ses déclarations, Moïse Jean-Charles s’est posé en sauveur autoproclamé, prêt à « jeter le gouvernement » et à « déraciner » toute influence étrangère jugée hostile aux « enfants de Dessalines ».
Des attaques ciblées contre les médias
Les médias ont également été pris pour cibles. Moise Jean Charles a accusé certains journalistes de participer à une campagne de diffamation contre lui, citant nommément Garry Pierre-Paul Charles, PDG de Radio Télé Scoop « Je demande à ce que la justice fasse son travail », a-t-il déclaré, réclamant que la justice s’en mêle et que les médias assument leurs responsabilités.
Dans un registre plus polémique encore, il a dénoncé la présence de « deux mulâtres » à la tête de l’exécutif, un propos qui réactive la question de classe et de couleur dans le pays et polarise davantage un débat déjà explosif.
Entre posture révolutionnaire et stratégie calculée, Moïse Jean-Charles continue d’incarner une figure polarisante : si pour ses partisans, il est un défenseur de la souveraineté, pour ses détracteurs, le leader de Pitit Dessalines n’est qu’un acteur qui pratique le double jeu dans ses pratiques politiques.
Il y a plusieurs semaines, Jean Charles Moïse, de concert avec Fritz Alphonse Jean, avait tenté de renverser le premier ministre arguant qu'il est impensable que les deux têtes de l'éxécutif soient dirigées par des représentants du secteur privé des affaires. Le département d'État américain, informé de ces tractations, avait mis en garde dans un communiqué tous ceux qui tenteraient de déranger l'harmonie entre le CPT et le premier ministre Fils-Aimé par la corruption. Si Moïse avait visé seulement le premier ministre, cette fois il pourrait aller jusqu'à faire sauter le conseil présidentiel de transition.
Par Arnold Junior Pierre
- Log in to post comments


