Il incarnait, pour une partie de la population, l’espoir d’un changement concret. À son arrivée à la tête du Conseil présidentiel de transition (CPT) le 7 mars 2025, Fritz Alphonse Jean avait promis de frapper fort contre les gangs, misant sur un « budget de guerre » comme arme principale. Cinq mois plus tard, il quitte ses fonctions avec un pays toujours en proie à l’insécurité, des territoires supplémentaires tombés aux mains des criminels, et un exécutif affaibli.
Adopté en Conseil des ministres peu après sa prise de fonction, le budget rectificatif baptisé « budget de guerre » devait, selon M. Jean, constituer l’outil décisif pour mater les organisations criminelles “Viv Ansanm”. Il y croyait dur comme fer. Mais sur le terrain, les faits sont têtus : les zones dites « territoires perdus » se sont multipliées. La Chapelle et Liancourt sont devenues de nouvelles conquêtes pour les gangs armés, symbole de l’incapacité du conseil présidentiel de transition et son gouvernement à reprendre le contrôle.
Fritz Alphonse Jean, le 7 mars 2025, est arrivé avec des promesses fortes, mais s’est vite heurté à des blocages internes. Conflits ouverts avec ses collègues du CPT, tensions avec des ministres, absence de cohésion : la présidence a semblé fonctionner au ralenti. En cinq mois, seulement trois Conseils des ministres se sont tenus. Aucun n’a débouché sur des mesures concrètes pour la population.
Parmi les réalisations mises en avant figurent l’inauguration d’un centre d’appel, le financement des festivités relatives à la fête du drapeau le 18 mai à hauteur de 400 millions de gourdes, un voyage officiel en Jamaïque, ainsi que quelques points de presse triés sur le volet. Des gestes perçus comme cosmétiques par une population qui attendait surtout des avancées tangibles sur la sécurité, la gouvernance et le coût de la vie.
Ce jeudi 7 août, l’ancien membre du Haut Conseil de Transition HCT et le représentant du secteur privé au sein du CPT Laurent Saint-Cyr, prend la relève, tel que prévu par le mécanisme de rotation du conseil. Il hérite d’un exécutif déjà décrié, accusé d’immobilisme et d’inefficacité, alors que la transition n’a plus que six mois avant l’échéance du 7 février 2026.
Pour espérer redresser la barre, le nouveau coordonnateur devra s’attaquer à des chantiers immenses : rétablir la sécurité, relancer l’économie, rétablir la confiance entre institutions et population, et préparer les conditions d’un retour à l’ordre constitutionnel. La question est sur toutes les lèvres : pourra-t-il accomplir en cinq mois ce que ses prédécesseurs n’ont pas réussi en quinze ? Les plus optimistes parlent de « dernière chance », d’autres n’y voient qu’un changement de visage sans changement de cap.
Depuis l’installation du CPT en avril 2024, trois coordonnateurs se sont succédé : Edgard Leblanc Fils, Leslie Voltaire et Fritz Alphonse Jean. Aucun n’a réussi à inverser la tendance de la crise. La transition donne l’impression d’un cycle qui se répète : beaucoup de discours, peu d’actions concrètes, et une population qui continue de sombrer dans le désespoir.
Ancien président de l’Accord de Montana et opposant déclaré à Ariel Henry, Fritz Alphonse Jean s’était présenté comme l’homme capable de rompre avec l’inaction. Il promettait un retour progressif à la sécurité et un gouvernement actif. Mais au terme de son mandat, aucune avancée significative n’est visible : pas de réduction des zones contrôlées par les gangs, pas de réforme structurelle, pas de programme social d’envergure. Ses rares prises de position publiques se sont souvent limitées à des dénonciations générales, sans solutions claires.
Pour de nombreux Haïtiens, cette présidence n’aura été qu’une parenthèse vide. Les attentes étaient fortes, mais la déception l’est tout autant. Le constat est amer : les violences armées continuent, les déplacements forcés de populations se multiplient, l’économie reste paralysée, et la vie quotidienne devient de plus en plus insoutenable. « On ne peut pas gouverner par slogans », confiait récemment un habitant de Port-au-Prince, résumant le sentiment général.
À six mois de la fin prévue de la transition, le CPT n’a pas encore réussi à poser les bases solides pour un retour à un régime démocratique stable. Les querelles internes, l’absence de feuille de route claire et la persistance de la crise sécuritaire mettent en péril tout espoir de réussite. Laurent Saint-Cyr devra, s’il veut marquer l’histoire, briser cette spirale de l’inaction.
L’ancien chef du CPT Fritz Alphonse Jean a terminé son mandat avec un bilan juge négatif. La population, lasse des promesses non tenues, attend désormais de voir si le nouveau coordonnateur saura traduire ses paroles en actes.
Par Arnold Junior Pierre
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