À l’approche de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), sans avancée majeure sur les plans sécuritaire et institutionnel, le Mouvement pour la Réconciliation et la Reconstruction nationale (MORN) multiplie les démarches diplomatiques. Le lundi 7 juillet 2025, ses dirigeants ont rencontré à Pétion-Ville le représentant de l’OEA, Cristóbal Dupouy, pour proposer une nouvelle voie de sortie de crise axée sur l’organisation d’une grande conférence politique nationale et la mise en place d’une transition inclusive.
Lors de cette rencontre, les responsables du MORN ont dressé un tableau alarmant : insécurité généralisée, montée de la violence armée, vandalisme accru, expulsions massives de migrants haïtiens dans la région. Un climat délétère, selon eux, qui exige une réponse politique forte et coordonnée.
« L’Haïti d’aujourd’hui est en souffrance, abandonnée par ses dirigeants de transition. Nous devons sortir de cette spirale de chaos par des initiatives concrètes et inclusives », a déclaré le président du MORN, Dr Jean Palème Mathurin, en conférence de presse le mardi 8 juillet.
Dr Mathurin n’a pas mâché ses mots. Il estime que le Conseil présidentiel de transition a failli à sa mission, et que ses limites sont désormais visibles. Selon lui, le pays ne peut plus se permettre de subir l’improvisation ni le pilotage à vue.
« Ce que nous proposons, c’est une alternative sérieuse, légitime et inclusive pour redonner une direction claire à notre nation. Le CPT a échoué. Il faut ouvrir une nouvelle voie », a-t-il martelé, appelant à une mobilisation des forces nationales, régionales et internationales.
Dans cette optique, le MORN annonce la tenue d’une grande conférence politique nationale les 22 et 23 juillet à l’hôtel Karibe, à Port-au-Prince. L’objectif : réunir environ 300 partis politiques, organisations sociales, personnalités de la société civile, représentants diplomatiques et institutions internationales.
« Nous voulons construire ensemble les bases d’une nouvelle gouvernance haïtienne, avec des solutions concrètes, des engagements fermes et une feuille de route claire », a expliqué Dr Mathurin.
Selon l’ancien candidat à la présidence, cette conférence devra aboutir à un consensus autour de priorités majeures : reconquête des territoires contrôlés par les gangs, mise en place d’un plan d’action intégré contre l’insécurité, réforme des institutions et du système judiciaire, et organisation d’élections crédibles dans les meilleurs délais.
Mais il précise : il ne s’agit pas seulement de discuter, mais d’aboutir à des engagements concrets. « Les résolutions de la conférence seront rendues publiques et soumises à validation par les différents acteurs impliqués », a-t-il insisté.
Le président du MORN affirme que plusieurs délégations diplomatiques et organisations internationales ont déjà confirmé leur participation. « Haïti ne peut pas se relever seule. Nous avons besoin d’alliés, mais nous devons d’abord parler d’une seule voix, avec clarté et ambition », a-t-il ajouté, insistant sur la nécessité d’un dialogue structuré entre Haïtiens et avec les partenaires étrangers.
Le MORN compte élargir la participation au-delà des sphères politiques traditionnelles, en incluant des mouvements de jeunes, associations de femmes, syndicats, confessions religieuses et communautés rurales. « Cette conférence n’est pas réservée à une élite politique. Elle est l’affaire de toutes les forces vives de la nation. Le peuple haïtien a son mot à dire dans la construction d’un avenir meilleur », a conclu Dr Mathurin.
À quelques jours de cette conférence, l’initiative du MORN se présente comme une tentative de fédérer les énergies autour d’un projet de redressement. Mais dans un pays où l’État s’efface sous la pression des gangs, le défi reste immense. Les derniers rapports de L’ONU sont désastreux: 5,7 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire, 1,3 million déplacées internes, plus de 85 % de la capitale sous contrôle de groupes armés.
De là, le tissu social s’effondre, l’économie se contracte, et la jeunesse fuit. Reste à savoir si cette énième tentative de dialogue politique saura faire entendre une voix nouvelle, au cœur d’un chaos devenu structurel.
Par Wideberlin Sénexant
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