Quatre années se sont écoulées depuis la nuit sanglante du 7 juillet 2021 où le président Jovenel Moïse a été brutalement assassiné à son domicile à Pèlerin 5. Ce lundi 7 juillet 2025, une messe de requiem a été célébrée au Palais national, dans un climat de recueillement mais aussi de frustration, tant l’ombre de l’impunité continue de planer sur cette affaire.
Très tôt dans la matinée, dès 8h, l’enceinte du Palais national s’est animée d’une atmosphère particulière. Des agents de sécurité s’activaient autour des dispositifs mis en place. Sous la grande tente dressée dans la cour, des dizaines de chaises avaient été soigneusement alignées, prêtes à accueillir les officiels attendus pour cette messe de requiem.
Aux alentours de 9h40, la cérémonie religieuse a commencé sous la présidence du révérend père Jean Robert Louis. Le ton était grave. L’atmosphère, marquée par le silence et le recueillement, témoignait de la solennité du moment. Les chants liturgiques, interprétés par Ossée Baugé Lamatinière, ont ajouté une dimension spirituelle et émotionnelle à l’événement.
Parmi les personnes présentes figuraient le président du Conseil présidentiel de transition (CPT), Fritz Alphonse Jean, accompagnés de plusieurs de ses collègues, des ministres du gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ainsi que le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti. D’autres hauts fonctionnaires de l’État, vêtus de noir, ont eux aussi pris part à la cérémonie.
Cependant, l’absence de certains anciens proches collaborateurs du président défunt, dont sa veuve Martine Moïse, n’a pas manqué de susciter des commentaires. Ce silence, dans un contexte politique toujours aussi fragmenté, traduit la profondeur des divisions au sein de la classe dirigeante.
Alors que les autorités judiciaires américaines ont déjà condamné quatre personnes pour leur implication dans l’assassinat de Jovenel Moïse — notamment pour complot et fourniture de matériel ayant facilité le crime — en Haïti, le dossier reste désespérément bloqué au niveau de la cour d’appel.
Pour autant, la messe de ce lundi 7 juillet 2025 ne se voulait pas seulement une cérémonie de protocole. Elle visait aussi à préserver la mémoire d’un chef d’État dont l’assassinat continue de hanter la nation. Mais elle a également mis en lumière l’inachevé : une douleur collective que le pays peine à surmonter.
Dans son homélie, le père Jean Robert Louis a lancé un appel poignant à l’unité et à la justice « Que cette cérémonie ne soit pas un rituel de plus. Qu’elle ouvre les cœurs au pardon, mais aussi à la justice. »
Au-delà du drame personnel et politique que représente l’assassinat de Jovenel Moïse, c’est aussi la trajectoire institutionnelle d’Haïti qui interpelle. Quatre ans après les faits, le pays n’a toujours pas organisé d’élections. Aucun président élu ne lui a succédé, et les institutions légitimes se font toujours attendre.
Cela fait désormais près de dix ans qu’Haïti vit sans élections générales régulières, une situation alarmante pour une nation qui se veut démocratique.
Un parcours politique marqué par une victoire
Jovenel Moïse, candidat du parti PHTK de l’ex-président Michel Martelly, avait remporté l’élection présidentielle dès le premier tour avec 55,67 % des suffrages exprimés. Son principal adversaire, Jude Célestin, représentant du parti LAPEH (Ligue alternative pour le progrès et l’émancipation haïtienne), n’avait obtenu que 19,52 % des voix.
Derrière eux, Moïse Jean-Charles, de la plateforme Pitit Dessalines, avait recueilli 11,04 %, tandis que Maryse Narcisse du Fanmi Lavalas avait terminé avec 8,99 %.
La cérémonie du 7 juillet 2025 ne suffira sans doute pas à refermer les blessures laissées par ce crime politique d’une rare violence. Toutefois, elle rappelle que la mémoire de Jovenel Moïse reste vivace dans l’esprit de beaucoup d’Haitiens
Arnold Junior Pierre
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