PubGazetteHaiti202005

Gouvernement absent, population piégée : comment les gangs redessinent la carte de Port-au-Prince, selon l’ONU

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Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies tire la sonnette d’alarme : les gangs armés, regroupés au sein de la coalition Viv Ansanm, consolident leur contrôle sur la région métropolitaine de Port-au-Prince. Face à cette expansion, les autorités haïtiennes apparaissent inactives, voire dépassées, laissant la population exposée à une violence sans précédent.

 

 

 


Selon les experts onusiens, « les gangs poursuivent une stratégie territoriale systématique visant à encercler et isoler les zones encore sous contrôle étatique. » Depuis octobre 2024, des offensives coordonnées ont été menées contre plusieurs quartiers, à commencer par Solino, avant de s’étendre vers Pétion-Ville et Kenscoff.


Dans ce contexte, les Nations Unies relèvent que « La coalition Viv Ansanm a accru ses capacités offensives grâce à des alliances inter-gangs et au soutien logistique provenant du trafic d’armes transnational. »


Le rapport cite Des figures centrales comme Jimmy Chérizier alias « Barbecue », Kempes Sanon et Djouma Albert dirigeant ces actions violentes qui visent à contrôler les points névralgiques de la capitale.


 


La prise de Solino a ouvert la voie à une avancée vers la route de l’aéroport, où de nombreux entrepôts ont été incendiés. L’objectif : accéder à des zones plus rentables pour les gangs.


Le rapport souligne que  « Les enlèvements, les extorsions et la taxation illégale dans les quartiers de la classe moyenne supérieure représentent une source croissante de financement. »


Cette progression vise notamment Haut-Delmas et Pétion-Ville, où les gangs espèrent renforcer leur pouvoir économique et stratégique.

 

 

 


Kenscoff, commune agricole stratégique, est désormais visée. Pour l’ONU, cette localité représente un enjeu majeur : « Le contrôle de Kenscoff permettrait aux groupes criminels de couper l’un des derniers couloirs humanitaires et économiques entre la capitale et le Sud-Est. »


Depuis janvier 2025, plus de 40 points de base y ont été identifiés. Les gangs Grande Ravine, 400 Mawozo et Ti Bwa y multiplient les exactions : meurtres, incendies, pillages.

 

 


L’ONU décrit un pays cadenassé par les gangs, où les voies de circulation sont « sous contrôle effectif de groupes criminels armés. » La situation maritime est tout aussi critique: « La bande côtière allant de Gressier à l’Arcahaie sert de corridor au trafic d’armes, de stupéfiants et de personnes. »


En novembre 2024, des tirs visant des avions ont provoqué la fermeture temporaire de l’aéroport international Toussaint Louverture. « Les groupes armés possèdent désormais la capacité de perturber le transport aérien civil », lit-on dans le rapport.

 


L’ONU s’inquiète de l’absence persistante des dirigeants: « Les forces de sécurité ne disposent pas des moyens nécessaires pour intervenir dans les zones contestées, ce qui alimente le sentiment d’abandon. »


À Kenscoff, les forces de l’ordre n'ont été déployées que plusieurs heures après le début des attaques du 27 janvier, causant 24 morts. Le document évoque également la faiblesse de l’appareil de défense.  « L’absence d’équipements adaptés – hélicoptères, drones, véhicules blindés – empêche toute réponse rapide et structurée. », écrit l’organisation des Nations Unies.


Plus grave encore, les experts signalent des liens entre politique et crime organisé : « Plusieurs sources ont mentionné des accords tacites entre figures politiques et chefs de gang visant à sécuriser l’influence électorale dans certaines zones. »

 


Le 18 novembre 2024, une attaque contre Pétion-Ville a été repoussée grâce à une rare mobilisation conjointe de la police et des habitants. Mais, selon l’ONU « L’intervention citoyenne reste une réponse isolée, rendue nécessaire par l’effondrement des institutions de sécurité. »


Dans tout le pays, les massacres se poursuivent. À Croix-des-Bouquets, le 13 février, 21 personnes ont été exécutées. À Tabarre, le 24 février, plusieurs maisons ont été incendiées. Le rapport conclut sans détour :  « Sans une réponse coordonnée et robuste, la progression des gangs transformera durablement la géographie politique et sociale du pays. »

 

 


Par Arnold Junior Pierre

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