Le Mouvement pour la Réconciliation et la Reconstruction Nationale (MORN) appelle à une mobilisation autour du projet “Oasis Village International”, censé créer des dizaines de milliers d’emplois à Ferrie. Le vendredi 27 juin 2025, plus d’une cinquantaine de partis politiques ont répondu à l’appel du MORN lors d’une journée de réflexion dédiée au projet “ Oasis Village International ”. Porté par l’entreprise ADII S.A., ce projet de zone franche internationale ambitionne d’être un moteur de relance économique pour Haïti. Mais son démarrage reste bloqué par une machine administrative défaillante et une gouvernance nationale fragmentée.
Lancée avec enthousiasme par l’entreprise haïtienne ADII S.A., la zone franche internationale “Oasis Village” devait s’implanter à Ferrier, dans le Nord-Est du pays. Le projet, soutenu par le Mouvement pour la Réconciliation et la Reconstruction Nationale (MORN), est censé générer des milliers d’emplois et contribuer significativement au redressement économique national. Pourtant, depuis avril 2022, ce vaste programme peine à sortir de terre.
Le Secrétaire général du MORN, Marc-Coulange Joseph, a rappelé l’historique des obstacles rencontrés. « Des autorisations restent suspendues dans les couloirs administratifs. C’est l’inaction du ministère du Commerce, qui préside le Conseil national des zones franches, qui empêche toujours le lancement des études de faisabilité, malgré l’accord de non-objection obtenu », a-t-il déclaré.
Pour le Dr Jean Palerme Mathurin, président du mouvement MORN, le projet Oasis pourrait devenir un levier stratégique pour le développement d’Haïti. Il a évoqué la zone franche de Zarzis, en Tunisie, comme modèle de référence. « Ce pays, avec 7,7 millions d’habitants, compte près de 690 000 fonctionnaires, et la zone de Zarzis est l’un des piliers de son économie publique. Pourquoi pas Haïti ? » a-t-il lancé.
M. Mathurin estime qu’Haïti pourrait créer jusqu’à 450 000 emplois en cinq ans si les dirigeants choisissent d’investir dans des projets structurants comme celui d’ADII S.A. Selon lui, cette dynamique permettrait de réduire considérablement le chômage tout en renforçant les recettes publiques.
Face à l’inertie administrative et aux rivalités institutionnelles, les dirigeants du MORN n’ont pas mâché leurs mots. Ils dénoncent un gouvernement et un Conseil présidentiel de transition (CPT) davantage absorbés par des luttes de pouvoir que par les véritables besoins de la population.
« Il est temps que les autorités sortent de leurs conflits internes pour agir dans l’intérêt collectif » a insisté Marc-Coulange Joseph. Il plaide pour un changement de posture au sommet de l’État, en misant sur les projets économiques à fort impact.
Dans cette perspective, Jean Palerme Mathurin a renouvelé l’appel du MORN à la tenue d’une conférence politique nationale, avec plus de 250 partis attendus. L’objectif : établir un consensus autour des priorités nationales et redonner une direction claire au pays.
Pour Major Joseph Dieunor, vice-président du mouvement, la sortie de crise nécessite un programme d’action structuré en deux étapes : une phase conjoncturelle pour faire face à l’urgence, et une phase structurelle pour installer les bases d’un développement durable.
Il appelle également la société civile à rejoindre le mouvement afin de contribuer à une transformation réelle de la gouvernance. « Haïti a besoin d’une vision. D’un cap. Et ce cap doit venir de tous les acteurs de la société » affirme-t-il.
Le projet “Oasis Village International” ne manque pas d’ambition. ADII S.A. prévoit de créer des dizaines de milliers de postes dans des domaines aussi variés que l’agro-industrie, l’ingénierie, la mécanique, la sécurité, la logistique, l’électronique ou encore l’énergie solaire.
Parmi les postes ouverts : 2 300 en électronique, 2 130 en assemblage mécanique, 1 400 technologues dans les domaines du solaire, de la finance et des banques, 1 200 agents multilingues, et 1 300 dans le bâtiment et la construction. À cela s’ajoutent des centaines de postes pour agronomes, chauffeurs poids lourds, techniciens en chaufferie, comptables, logisticiens et agents administratifs.
Les candidatures sont déjà ouvertes. Les professionnels qualifiés peuvent soumettre leur CV ainsi que des informations personnelles en vue de participer aux séances de mise à niveau prévues avant la signature des contrats d’embauche. L’opportunité est réelle, mais encore suspendue aux décisions de l’État.
Pour les membres du MORN, le projet Oasis représente bien plus qu’un chantier économique. Il incarne une vision de progrès, de justice sociale et d’unité nationale. « C’est un levier pour sortir des cycles de pauvreté et de violence », estime le Secrétaire général Marc-Coulange Joseph.
Mais cette vision ne pourra devenir réalité qu’à la condition que les autorités politiques acceptent de privilégier l’intérêt général. « Si l’État joue son rôle, nous avons une chance historique de relancer Haïti », conclut le Dr Jean Palerme Mathurin.
Par Arnold Junior Pierre
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