PubGazetteHaiti202005

L’OEA presse la région à agir face à la descente aux enfers d'Haïti

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L’Organisation des États américains appelle à des réponses concrètes, coordonnées et immédiates pour sortir Haïti de sa crise sécuritaire et institutionnelle, lors de sa 55e session ordinaire tenue à Antigua-et-Barbuda du 25 au 28 juin 2025. Les membres de l’OEA ont adopté une résolution d’alerte, soulignant l’urgence d’une mobilisation régionale face à la gravité de la situation en Haïti. La violence des gangs, l’effondrement de l’État, et la crise humanitaire en cours imposent, selon eux, une réponse collective à la hauteur des enjeux.

 

Dès l’ouverture de la séance plénière du 27 juin, le ton était donné : il ne s’agit plus seulement d’une crise sécuritaire. Haïti traverse une tempête aux multiples dimensions – politique, humanitaire, économique et sociale. Dans sa résolution, l’OEA met en garde contre une « instabilité généralisée » qui, si elle n’est pas freinée, risque d’entraîner un effondrement complet du pays.


Ce qui inquiète le plus les États membres, c’est l’ascension fulgurante des gangs armés, qui contrôlent aujourd’hui une part significative du territoire haïtien. Ces groupes dictent leur loi, en toute impunité, notamment dans les zones urbaines les plus peuplées. L’OEA déplore que cette insécurité chronique empêche tout retour à la gouvernance démocratique et freine les efforts de développement à long terme.


Par ailleurs, l’organisation insiste sur l’impact dramatique de cette crise sur la population, en particulier les femmes et les enfants. Elle s’inquiète du recrutement forcé d’adolescents dans les gangs, souvent en l’absence d’alternatives éducatives ou économiques. Elle alerte également sur la montée alarmante des violences sexuelles, appelant à des réponses centrées sur les victimes et sur la prévention à long terme.

Face à cette situation, l’OEA plaide pour une action concertée à l’échelle régionale. Ainsi, elle exhorte les États membres à renforcer leur engagement auprès de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), tout en apportant un soutien matériel et technique direct aux forces de sécurité haïtiennes. Elle recommande également d’utiliser la plateforme SECURE-Haïti pour coordonner les efforts de coopération.

 

Dans un même élan, l’OEA souligne la nécessité d’apporter une aide humanitaire d’urgence tout en accompagnant le processus politique. Pour ce faire, elle confie au Secrétariat général la mission d’élaborer, sous 45 jours, un plan d’action global en concertation avec le gouvernement haïtien, le BINUH et la MMAS. Ce plan devra identifier des objectifs clairs, des ressources mobilisables et des priorités de développement pour sortir le pays de sa vulnérabilité.

S’attaquer aux racines du mal


Pour les États membres, il ne suffit pas de rétablir l’ordre par la force. Ils insistent sur la nécessité de traiter les causes profondes de la crise : la pauvreté extrême, la corruption endémique, les inégalités structurelles et l’effondrement du système judiciaire. L’OEA appelle ainsi à mettre en œuvre les recommandations issues du mécanisme de suivi de la Convention interaméricaine contre la corruption (MESICIC), estimant que la réforme de la justice est incontournable.

 

Autre point sensible abordé : la prolifération des armes illégales qui alimente les violences. L’OEA demande aux pays de renforcer les mécanismes de contrôle douanier et les échanges de renseignements pour limiter l’approvisionnement des gangs. Elle invite également à appliquer pleinement les instruments juridiques régionaux en matière de lutte contre le trafic d’armes.

 

De manière explicite, la résolution souligne les effets disproportionnés de la crise sur les femmes, les filles et les adolescentes. L’OEA rappelle que les États ont l’obligation de protéger leurs droits, de prévenir les violences basées sur le genre et de promouvoir une justice réparatrice, conformément à la Convention de Belém do Pará.


En dernier lieu, l’OEA appelle à convoquer une conférence internationale de bailleurs pour coordonner le soutien financier et logistique. Elle insiste pour que toute aide soit alignée sur les priorités haïtiennes. De plus, l’organisation encourage un dialogue diplomatique plus intense avec le Conseil de sécurité de l’ONU afin d’explorer toutes les voies possibles pour renforcer l’aide sécuritaire au pays.


En adoptant cette résolution, l’OEA envoie un message fort : la communauté régionale ne tournera pas le dos à Haïti. Elle s’engage à rester mobilisée jusqu’au rétablissement de la paix, de l’ordre constitutionnel et de la dignité pour le peuple haïtien. « C’est une responsabilité morale et historique », a conclu un haut responsable de l’organisation.

 

 

 

 

Par Arnold Junior Pierre

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