PubGazetteHaiti202005

CONALD célèbre la Journée internationale contre la drogue avec un engagement renforcé face à la violence croissante en Haïti

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Pour marquer la Journée internationale contre la drogues, la Commission nationale de lutte contre la drogue (CONALD) a célébré ses 23 ans d’existence avec un événement riche en discours, panels et démonstrations, appelant à une lutte plus concertée face à un phénomène qui gangrène la société haïtienne.

 

 


La CONALD a marqué d’une pierre blanche la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues ce mercredi 26 juin 2024 dans un hôtel à Pétion-ville. Dans un contexte où l’insécurité, la criminalité organisée et le trafic de stupéfiants s’entrelacent dangereusement, l’événement a réuni une brochette d’acteurs engagés autour de deux thèmes évocateurs : au niveau national, « La lutte contre la drogue, une responsabilité partagée » ; au niveau international, celui proposé par l’ONUDC : « Les faits sont là : investissons dans la prévention. Brisons le cycle. Stoppons le crime organisé. »

 

 

 


Cette journée d’activités a coïncidé avec le 23e anniversaire de la création de la CONALD. Pour marquer cette double occasion, l’institution a mobilisé de nombreux partenaires : représentants du BINUH, membres du corps diplomatique, cadres de ministères clés, agents de la BLTS, et surtout, un public jeune, composé d’élèves venus de divers établissements scolaires. L’ambiance était à la fois solennelle et éducative.

 


Sancho Coutinho, représentant du Bureau intégré des Nations unies en Haïti, n’a pas mâché ses mots. « La lutte contre le trafic de la drogue est aujourd’hui à un carrefour critique », a-t-il déclaré. Haïti figure régulièrement dans les rapports onusiens comme une zone de transit privilégiée pour la drogue. Ce constat alarmant s’aggrave avec l’insécurité, l’influence des gangs armés et les ramifications de la corruption. « C’est un cercle vicieux où se croisent drogue, trafic d’armes, criminalité et fragilité institutionnelle », a ajouté M. Coutinho.

 

 

 


Le coordonnateur de la CONALD, Karl-Henry Périclès, a tenu à rappeler que la guerre contre la drogue ne saurait être gagnée sans une approche globale. « Face à ce danger, notre priorité doit être la prévention », a-t-il souligné, insistant sur deux axes stratégiques : la réduction de la demande à travers l’éducation, la santé mentale, l’inclusion sociale et la sensibilisation ; et la réduction de l’offre par le renforcement des capacités des forces de sécurité, des services de renseignement et de l’appareil judiciaire.


À ses yeux, cette lutte ne peut être l’affaire exclusive des forces de l’ordre. Elle exige une coordination étroite entre les autorités étatiques, la société civile, et les partenaires internationaux. « C’est une responsabilité partagée », a martelé M. Périclès.


Une série de panels thématiques


Après une pause, la journée s’est poursuivie avec trois panels de réflexion. Le premier s’est penché sur les conséquences économiques du trafic de drogue, notamment le blanchiment d’argent et la corruption. Me Laurent Théralien de l’UCREF et Atzer Alcindor de l’ULCC ont partagé les lacunes du cadre légal et les obstacles rencontrés dans la traque des fonds illicites.


Le deuxième panel s’est focalisé sur les nouvelles substances psychoactives. Dr Frédéric François,  Esther Lahens et Sindy Désir ont abordé les effets de ces drogues sur la santé mentale, les risques d’addiction chez les jeunes, et l’urgence de renforcer les programmes de traitement et de prévention.

 


Enfin, le troisième panel a exploré le rôle du système judiciaire dans la répression du trafic de stupéfiants. Y ont participé Me Guy Alexie, commissaire du gouvernement de la Croix-des-Bouquets, l’inspecteur principal Rodolphe Léger du BAFE, le juge de paix Me Cleberson Jean-Baptiste et l’inspecteur divisionnaire François Wilmann. Tous ont dressé un diagnostic sévère du manque de moyens, de l’impunité et du besoin de formation spécialisée dans le traitement des dossiers liés à la criminalité organisée.

 

Ce qui a frappé lors de cette célébration, c’est la forte présence de jeunes, signe que la CONALD souhaite faire de cette génération un maillon fort de la prévention. Le message est clair : sans implication citoyenne, sans éducation continue, sans rupture avec l’indifférence collective, le pays risque de sombrer davantage.

« Nous devons investir aujourd’hui pour ne pas payer le prix de demain », a affirmé un élève aux micros de notre rédacteur. Dans un pays meurtri par l’insécurité, les armes et les trafics, une chose semble évidente : la lutte contre la drogue ne se gagne pas dans les discours, mais dans les actes, la vigilance collective et la volonté politique.

 

 

 


Par Arnold Junior Pierre

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