Lors de la 55e session ordinaire de l’Assemblée générale de l’Organisation des États Américains (OEA), qui s’est tenue du 25 au 27 juin 2025 à Saint John’s en Antigua-et-Barbuda, Haïti a lancé, ce 26 juin, un vibrant appel à la solidarité régionale et internationale face à la profonde crise qui secoue le pays. Le ministre haïtien des Affaires Étrangères, Jean-Victor Harvel Jean-Baptiste, a saisi cette tribune pour plaider en faveur de solutions concrètes et urgentes.
Haïti remercie et interpelle l’OEA
Dans son intervention, le chef de la diplomatie haïtienne a d’abord exprimé la reconnaissance du Conseil présidentiel de transition et du gouvernement haïtien envers le pays hôte, Antigua-et-Barbuda. Il a également salué l’élection historique d’Albert Ramdin comme Secrétaire général de l’OEA et de Laura Gil au poste de Secrétaire générale adjointe, qualifiant ces choix de « progrès significatif pour l'organisation ».
En évoquant le thème de cette 55e Assemblée – « Construire des économies résilientes et inclusives dans les Amériques » – le ministre Jean-Baptiste a souligné la pertinence de cette orientation pour l’ensemble des pays membres. Il a appelé à des actions concrètes pour faire face aux défis régionaux tels que les crises climatiques, le manque d'accès à l’eau potable, à l’énergie, à la nourriture, le risque de famine et la pauvreté extrême.
Haïti, épicentre d’une crise multidimensionnelle
Le ministre haïtien a rappelé que son pays est plongé dans une « crise multidimensionnelle sans précédent », combinant urgences sécuritaires, humanitaires et institutionnelles. Il a dressé un tableau alarmant : violences des gangs, meurtres de milliers de citoyens, incendies d’écoles et d’universités, destructions d’hôpitaux, pillages d’entreprises, vandalisme de bâtiments publics, évasions massives de prisonniers, dont de nombreux criminels dangereux, et déplacements internes de près de 1,3 million de personnes. Près de la moitié de la population haïtienne est aujourd’hui menacée de famine.
Jean-Baptiste a salué la bravoure et le dévouement de la Police nationale d’Haïti (PNH) et des Forces armées d’Haïti (FAD’H) qui continuent de lutter contre l’insécurité malgré leurs ressources limitées. Il a lancé un appel pressant à la communauté interaméricaine pour un soutien immédiat et renforcé.
Une résolution forte et des attentes claires
Au cours de la session, Haïti a soumis une résolution intitulée : « Appel à la mise en œuvre urgente de solutions concrètes pour résoudre la grave crise sécuritaire et institutionnelle en Haïti ». Cette proposition vise à mutualiser les efforts de coopération avec les partenaires régionaux et internationaux, en se concentrant principalement sur les priorités sécuritaires, humanitaires et institutionnelles.
Le ministre a particulièrement insisté sur la nécessité d’un contrôle strict des flux d’armes et de munitions, exhortant les États membres à prendre des mesures appropriées pour empêcher que leur territoire soit utilisé comme point de transit ou d’envoi d’armes à destination des gangs armés, principaux vecteurs de déstabilisation du pays.
Il a aussi rappelé que la crise haïtienne est une illustration concrète des conséquences désastreuses de la criminalité transnationale, du trafic illicite de drogues et de la traite des êtres humains. Seule une réponse efficace, commune, coordonnée et résolue au sein de l’OEA pourra, selon lui, inverser la tendance.
Une priorité pour l’OEA
La République d’Haïti se félicite de la volonté du Secrétaire général Albert Ramdin de placer la situation haïtienne parmi les « top priorités » de son mandat. Haïti compte notamment sur le renforcement des capacités opérationnelles des forces de sécurité nationales, avec le soutien de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), pour créer les conditions nécessaires à la tenue des prochaines élections et répondre aux priorités nationales.
Le ministre a conclu en remerciant les pays qui soutiennent déjà Haïti et a exhorté l’ensemble des États membres et observateurs de l’organisation à unir leurs efforts pour aider le pays à sortir de cette crise multidimensionnelle.
La situation en Haïti reste au cœur des préoccupations de cette 55e Assemblée, la première sous la direction d'Albert Ramdin. L’Espagne a d’ailleurs appelé à une action internationale plus robuste en Haïti, jugeant les efforts actuels « insuffisants ».
Par Wideberlin Sénexant
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