PubGazetteHaiti202005

Haïti : Washington classe des gangs comme « terroristes », une mesure à double tranchant

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Dans un article de RFI publié le 3 mai dernier, on évoque les retombées de la décision des États-Unis, qui ont inscrit, le 2 mai 2025, les gangs haïtiens sur la liste des « organisations terroristes étrangères ». Dans l'entretien accordé à Diego Da Rin, chercheur à l’International Crisis Group, celui-ci souligne les lourdes conséquences que cela pourrait avoir sur le terrain en Haïti.

La décision est prise. Le vendredi 2 mai, les États-Unis ont désigné deux puissants groupes armés haïtiens – la coalition de gangs "Viv Ansanm", qui sème la terreur dans la capitale, et le gang "Gran Grif", actif dans l’Artibonite – comme « organisations terroristes étrangères ». « L'ère de l'impunité pour ceux qui soutiennent la violence en Haïti est révolue », a déclaré dans un communiqué Marco Rubio, secrétaire d’État américain.

Mais cette décision, fortement symbolique, ne fait pas l’unanimité. Dans un entretien accordé à RFI, Diego Da Rin, chercheur à l’International Crisis Group et spécialiste d’Haïti, alerte sur les effets contre-productifs de cette désignation.

« Cette désignation pourrait être un moyen d'augmenter les risques juridiques pour tous ceux qui soutiennent les gangs, d'une manière ou d'une autre, mais aussi de cibler plus facilement les réseaux impliqués dans le trafic d'armes qui sont à destination des gangs en Haïti. Mais en réalité, les effets négatifs de cette mesure risquent de dépasser largement ses avantages. »

Il poursuit :
« Ce label de "terroriste" est un outil très politique. Et c'est une mesure presque irréversible qui a peu d'impact sur des acteurs qui sont déjà en dehors de tout cadre légal. Si l'objectif est à terme de réintégrer ces groupes ou d'offrir une porte de sortie à certains de leurs membres, notamment aux mineurs qui sont de plus en plus enrôlés dans les gangs, cette désignation complique tout. »

Une autre motivation avancée par Washington serait de faciliter le transfert de chefs de gangs vers le Salvador, au sein du centre pénitentiaire de haute sécurité Cecot. Mais la réalité du terrain reste un obstacle majeur, selon Diego Da Rin :
« En ce moment, sur le terrain, ce sont les gangs qui ont le dessus sur les forces de sécurité. Donc, la question reste : comment va-t-on capturer ces membres de gangs avant de les transférer dans des prisons d'autres pays ? »

Outre les limites de faisabilité, le chercheur attire l’attention sur les conséquences de cette mesure en Haïti même :
« La plupart des activités économiques ou humanitaires nécessitent un certain niveau de contact ou de négociation avec ces groupes armés, donc cette désignation menace les efforts locaux de réduction de la violence, d'aide humanitaire et même de commerce. »

Il continue en disant que, contrairement à d'autres types de sanctions, la désignation « terroristes étrangers » ne prévoit pas de mécanisme de dérogation, ce qui rend extrêmement difficile pour des ONG de travailler dans des zones contrôlées par ces groupes sans s'exposer à des poursuites. En général, les entreprises et les organisations humanitaires préfèrent donc tout arrêter par précaution, afin d’éviter de s’exposer à des sanctions civiles ou pénales associées à cette désignation, dont les conséquences peuvent être trop lourdes.

Enfin, la désignation pourrait servir d’outil pour restreindre l’immigration haïtienne :
« Une autre motivation possible de la nouvelle administration américaine pour imposer cette mesure serait d'utiliser cette désignation de "terroristes" pour accélérer l'expulsion de ressortissants haïtiens soupçonnés d'être liés aux gangs ou pour justifier des refus de visa. C'est déjà arrivé avec d'autres communautés d'Amérique latine aux États-Unis, comme les Vénézuéliens accusés, parfois sans preuves solides, d'être associés au gang Tren de Aragua. Donc le risque ici, c'est une plus forte stigmatisation et une persécution des communautés migrantes entières. »

Par ailleurs, la Présidence haïtienne a salué ce qu'elle appelle « un bon pas » effectué par les États-Unis en listant comme terroristes les deux gangs. Elle insiste également sur l’appel à la collaboration de la communauté internationale pour endiguer la violence.

Bons ou mauvais côtés, la population haïtienne s’attend à un ralentissement du rythme de la violence armée, qui dure depuis trop longtemps. Pour ce premier trimestre, plus de 1 600 personnes ont été tuées. La violence envers les enfants et les femmes perdure encore.

Wideberlin SENEXANT avec RFI

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