Le NH Haïti El Rancho s’est métamorphosé, ce 1er mai 2025, en un véritable sanctuaire de la culture, du goût et du savoir-faire haïtien. Pour marquer la fête de l’agriculture et du travail, le groupe Eritaj, en collaboration avec plusieurs institutions publiques et organisations artisanales, a organisé la « Foire de la résistance agricole et artisanale. »
Dans la vaste cour ensoleillée de l’hôtel, des dizaines de stands ont été dressés en plein air. Des étals débordant de tubercules, de fruits, de confiseries traditionnelles et d’articles artisanaux accueillaient un public curieux et enthousiaste. Entre les parasols et tentes colorés, les vapeurs de douceurs haïtiennes se mêlaient au parfum de sirop, pendant que les producteurs, souriants et combatifs, vantaient les vertus de leurs produits.
On pouvait y croiser des vendeurs de fer découpé, des producteurs de vivriers, des femmes rurales portant avec fierté des douceurs rares, et même des marchandes de bracelets faits main racontant l’origine de chaque pièce.
À l’intérieur, sous le toit de la grande salle, d’autres exposants ont pris place : des coopératives agricoles, des structures étatiques, des marques locales, le tout harmonieusement réparti entre les allées. Des visiteurs sirotaient des jus naturels au rythme d’un fond musical traditionnel.
Parmi les institutions présentes, la Direction de l’Immigration et de l’Émigration (DIE) a marqué les esprits. Son stand, sobre et bien organisé, a attiré de nombreux visiteurs venus s’informer sur les modalités d’obtention de passeports et d’autres documents de voyage. Un registre de doléances était également ouvert à la population.
« C’est une belle initiative. On se sent considérés. Ce n’est pas souvent qu’on voit l’État sortir de ses murs pour venir à notre rencontre », a témoigné Dieulifaite, un participant.
Au fil des heures, l’ambiance a pris des allures de fête populaire. En milieu de journée, un groupe de rara enrôlé par les organisateurs s’est incrusté sur la cour, enchaînant tambours, trompettes et chants populaires. Ce fut l’euphorie. Les visiteurs, jeunes et vieux, ont formé une ronde spontanée, dansant au rythme de cette tradition profondément enracinée dans l’âme haïtienne.
« C’est le vrai 1er mai. On oublie les soucis, même pour quelques minutes. On est ensemble, on danse, on rit… c’est vital ! », s’exclame Michou, qui filme la scène sur son téléphone.
Mais derrière cette effervescence, un constat revient dans les propos des exposants et des visiteurs : l’insécurité étouffe peu à peu le commerce local.
« À Christ-Roi, le marché est désert. Les bandits contrôlent toutes les issues. Même pour acheter un oignon, il faut réfléchir à deux fois », déplore Jean-Baptiste, acheteur régulier de produits vivriers. « Avant, je vendais à Bas Delmas. Maintenant, je fais le tour des foires, c’est mon seul moyen de survivre », ajoute Marthine, une marchande.
Christ-Roi, Nazon, Bas Delmas, Centre-ville… autant de zones vidées de leurs commerçants. La Foire RÉSISTANCE apparaît alors comme une parenthèse d’espoir, une bulle de normalité dans un pays blessé.
« C’est un acte de résistance que de continuer à produire, à transformer, à vendre, à créer », confie Stevenson, jeune artisan. Et cette résistance prend tout son sens lorsqu’on voit les familles repartir avec des sachets remplis de sirop, de savon, de manioc ou de bracelets.
Le Ministre de l’intérieur et des collectivités territoriales Paul Antoine Bien-aimé a effectué une visite à cette foire ainsi que le Ministre de la justice et de la sécurité publique Patrick Pelissier. Le ministre de l’intérieur a profité de la cérémonie pour remettre une plaque au groupe Eritaj en signe des efforts effectués pour réaliser cette activité.
Par: Daniel Zéphyr
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