Un geste sans précédent a marqué la ville de Nantes ce week-end en samedi du 18 avril 2026. Pour la première fois en France, un descendant direct d’armateurs négriers a publiquement présenté des excuses pour les crimes commis par ses ancêtres impliqués dans la traite transatlantique.
Âgé de 86 ans, Pierre Guillon de Princé a prononcé ces mots chargés d’émotion lors d’une cérémonie organisée sur l’île de Nantes, à proximité de la Loire. Face à plusieurs personnalités, dont l’ambassadeur d’Haïti en France, Louino Volcy, il a exprimé son « soulagement » de pouvoir reconnaître publiquement les actes de sa famille et en demander pardon au peuple haïtien.
Cette prise de parole s’inscrit dans une démarche personnelle entamée depuis sa jeunesse, après la découverte du rôle joué par ses aïeux dans la traite négrière. Entre 1766 et 1789, sa famille arma plusieurs navires ayant participé à la déportation de milliers d’Africains vers les colonies, notamment vers Saint-Domingue, actuelle Haïti.
Au-delà de la reconnaissance historique, le vieil homme a insisté sur la nécessité d’une réparation morale face aux conséquences durables de l’esclavage, notamment le racisme et ses impacts sociaux. Son initiative s’adresse, selon lui, à l’ensemble des peuples de la Caraïbe encore marqués par cet héritage.
La cérémonie s’est déroulée en présence de Jean-Marc Ayrault, aujourd’hui président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, qui a salué une démarche contribuant à ouvrir un dialogue entre les sociétés héritières de cette histoire. L’ancien chef du gouvernement français appelle désormais à des gestes politiques plus forts pour accompagner ces initiatives individuelles.
À l’origine de cet événement figure également le militant martiniquais Dieudonné Boutrin, engagé dans la promotion d’une justice réparatrice. Aux côtés de Pierre Guillon de Princé, il a œuvré à l’installation du « Mât de la Fraternité et de la Mémoire », un monument symbolique inspiré d’un navire négrier, désormais érigé sur les quais de Nantes. Cette structure se veut un hommage aux victimes de l’esclavage et un rappel permanent de cette histoire.
Le projet pourrait s’étendre à d’autres villes en Europe et en Afrique, alors que l’initiative commence déjà à susciter des réactions. Selon Pierre Guillon de Princé, plusieurs familles françaises descendantes d’esclavagistes envisageraient désormais de suivre cette voie de reconnaissance et de réconciliation.
Cette dynamique trouve un écho international, notamment avec des initiatives similaires menées au Royaume-Uni. Elle relance également le débat sur la responsabilité des États européens dans la reconnaissance pleine et entière de l’esclavage comme crime contre l’humanité, à l’approche du 25e anniversaire de la loi Taubira en France.
Entre mémoire, justice et réconciliation, ce geste inédit pourrait marquer le début d’un tournant dans la manière d’aborder l’héritage de l’esclavage en France et au-delà.
Par Wideberlin Sénexant
Avec France 1ere
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