PubGazetteHaiti202005

Les troupes kényanes amorcent leur retrait d’Haïti alors que le déploiement de la Force de répression des gangs se précise

@Dieugo André

Après 21 mois d’efforts pour aider les forces de sécurité haïtiennes à contenir les groupes armés, la mission internationale de sécurité dirigée par le Kenya entame son retrait progressif.

Un groupe de 215 policiers kényans, constituant le deuxième contingent de la Mission multinationale d’appui à la sécurité, est arrivé à Nairobi plus tôt cette semaine, a confirmé le ministère kényan de l’Intérieur dans un communiqué. Vendredi dernier, un contingent plus réduit de troupes provenant des Bahamas et de la Jamaïque, représentant la composante caribéenne, a également quitté Port-au-Prince.

« La mission est désormais entrée dans une phase de transition et de retrait progressif, qui verra davantage d’agents rentrer progressivement chez eux après leur mission », a indiqué le ministère kényan de l’Intérieur.

Jack Mbaka, porte-parole de la mission dirigée par le Kenya, a déclaré jeudi aux journalistes en Haïti que les effectifs sont en cours de réduction en préparation de l’arrivée d’un plus grand nombre de personnels dans le cadre de la future Force de répression des gangs. Soutenue par les États-Unis, cette force a été autorisée par les Nations unies fin septembre et devrait commencer à être déployée en avril avec un premier contingent de soldats en provenance du Tchad.

Certains policiers kényans resteront en Haïti pour assurer la transition, bien qu’aucun calendrier précis pour le retrait complet n’ait été communiqué. Ce processus vise, selon Mbaka, à « garantir une transition en douceur » vers cette nouvelle force, qui devrait compter environ 5 500 membres.

Une participation caribéenne encore incertaine

La mission dirigée par le Kenya prévoyait initialement le déploiement d’environ 2 500 agents, mais n’a jamais dépassé les 1 100 membres à son apogée. Trois policiers kényans ont par ailleurs perdu la vie lors d’opérations contre les gangs.

Bien que le Kenya fasse partie d’un « groupe permanent de partenaires » chargé de superviser la nouvelle mission, il ne devrait pas y participer directement. Cette nouvelle force sera principalement composée de militaires issus d’autres pays africains.

La participation future des troupes caribéennes demeure incertaine. La Jamaïque, qui occupait un rôle de commandement adjoint, avait notamment contribué à l’expertise en cybersécurité et au suivi des mouvements des gangs sur les réseaux sociaux. Toutefois, le passage d’un ouragan dévastateur en octobre complique désormais ses capacités de déploiement.

Quant aux Bahamas, engagés dans un processus électoral et n’ayant jamais entièrement concrétisé leur contribution initiale, ils n’ont pas encore précisé leur position concernant une éventuelle participation future.

Outre le Kenya, ce groupe de partenaires inclut le Canada, le Salvador, le Guatemala et les États-Unis. L’expert onusien Jack Christofides supervisera les efforts en tant que représentant spécial.

Une transition vers une nouvelle stratégie internationale

La proposition du Kenya d’aider Haïti remonte à 2023, lorsqu’il s’était porté volontaire pour diriger la mission, après le refus du Canada et les réserves exprimées par certains pays caribéens, qui estimaient que la crise devait être résolue par la Police nationale d’Haïti.

Cependant, plusieurs obstacles ont ralenti la mission : contestations judiciaires au Kenya, difficultés d’accès aux équipements, financements insuffisants, tensions internes au sein de la police haïtienne et défaillances logistiques. Pendant ce temps, les gangs ont étendu leur influence au-delà de la capitale, notamment dans l’Artibonite et le Centre.

Face à cette situation, l’administration américaine a soutenu la création d’un nouveau dispositif, appuyé par les Nations unies, combinant une force militaire d’environ 5 500 soldats et un contingent civil.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a récemment affirmé que cette nouvelle force est « en construction », se disant satisfait des engagements déjà obtenus en matière de personnel, tout en reconnaissant que des efforts supplémentaires restent nécessaires pour le financement.

« L’objectif de cette entité sera de permettre aux autorités haïtiennes de reprendre et de contrôler les territoires dominés par les gangs », a-t-il précisé.

Une situation sécuritaire toujours préoccupante

Malgré certains progrès récents des forces de sécurité haïtiennes, la situation demeure critique. Plus de 1,45 million de personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur du pays en raison des violences.

Jeudi, un incendie s’est déclaré au siège de la Police nationale d’Haïti, situé au Champ-de-Mars, à Port-au-Prince, peu après un changement de leadership au sein de l’institution.

Dans la perspective du déploiement de la nouvelle force, des responsables américains et dominicains se sont réunis lundi à la frontière haïtiano-dominicaine, dans le complexe industriel de Codevi, afin de coordonner les actions à venir.

Parallèlement, l’Organisation des États américains (OEA) a tenu cette semaine une conférence à Panama sur la sécurité maritime en Haïti, alors que les groupes armés étendent désormais leurs activités aux voies navigables du pays.


Avec Miami Hérald

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