La colère et la douleur ont résonné, ce jeudi 21 août 2025, dans les rues de Delmas 83. Des centaines de jeunes, parmi eux des influenceurs et des tiktokeurs suivis par des milliers d’abonnés, ont marché pacifiquement en mémoire de Zamy Wanderson. Cet écolier de 18 ans, basketteur et créateur de contenus, a été tué d’une belle perdue le 18 août près du local du ministère de l’Éducation nationale.
D’abord, le cortège est parti d’un bar situé à Delmas 83. Ensuite, il a pris fin devant l’institution même où l’adolescent a perdu la vie. Dès les premières heures de la marche, l’émotion a saisi les participants. Des visages graves, des pancartes brandies, des photos de Zamy portées à bout de bras : tout traduisait une profonde indignation. Les jeunes présents ont alors accusé les dirigeants d’avoir banalisé la vie des Haïtiens, particulièrement celle de la jeunesse, souvent abandonnée à son sort.
Selon des témoins, Zamy Wanderson se trouvait à l’arrière d’une motocyclette lorsqu’un agent de sécurité du MENFP aurait ouvert le feu pour disperser des enseignants stagiaires réclamant leurs lettres de nomination. Ainsi, une balle fatale a mis fin aux rêves d’un élève qui venait tout juste d’achever ses études classiques au collège Canado-Haïtien.
Cependant, sa mort n’est pas un cas isolé. Elle rappelle, entre autres, celle de Grégory Saint-Hilaire, étudiant tué en 2020, ou encore le drame qui a frappé la famille d’Evelyne Sincère. Autant de noms devenus symboles d’une jeunesse sacrifiée. « Aujourd’hui je demande justice pour Zamy. On ne sait pas qui demain sera la prochaine victime. », a lancé, en larmes, une jeune fille brandissant la photo du défunt.
Au milieu de la foule, une mère a confié être venue marcher pour soutenir la famille de l’adolescent. « Ma fille ne veut plus sortir dans les rues. Après avoir appris la nouvelle, elle a peur de sortir », dit-elle d’une voix tremblante. Ce témoignage illustre combien ces drames ne détruisent pas seulement des vies, mais installent une peur durable, surtout chez les plus jeunes qui hésitent désormais à fréquenter les rues de leur propre quartier.
Tout au long de la marche, les manifestants ont dénoncé des dirigeants incapables, disent-ils, de protéger leurs citoyens et encore moins leur jeunesse. « Trop de sang a coulé. Trop de vies sont fauchées sous nos yeux. Et toujours, c’est le silence ou l’indifférence », a déclaré un entraîneur de basket.
Pourtant, au-delà de l’émotion, la marche de Delmas a porté un message clair. Les participants ont appelé à une véritable prise de conscience nationale. « La mort de Zamy doit servir d’électrochoc », a insisté une jeune fille, convaincue que ce drame doit être le point de départ d’une réflexion collective.
De plus, ce n’est pas la première fois que des jeunes descendent dans les rues pour réclamer justice. Toutefois, la mort de Zamy, en raison de son profil d’influenceur et de basketteur, a suscité une résonance particulière. Sur TikTok, Facebook et Instagram, des milliers de messages ont circulé. Ainsi, l’indignation est devenue virale, franchissant les frontières des quartiers pour se transformer en un véritable mouvement citoyen.
Cette jeunesse, souvent accusée d’apathie ou de distraction, a démontré qu’elle peut s’indigner, s’organiser et porter un message fort. Si la marche de Delmas a touché les consciences, c’est aussi parce qu’elle rappelle que l’avenir du pays repose sur ces voix nouvelles. Leur cri n’est pas seulement celui de la douleur, mais aussi celui d’un espoir : celui de voir naître une Haïti où la vie humaine sera respectée.
Face à ce drame, il ne s’agit donc plus seulement de pleurer une victime de plus. Il s’agit surtout d’interroger le pays sur son rapport à la vie, à l’éducation et à l’avenir de sa jeunesse. La mort de Zamy Wanderson n’est pas une simple statistique dans un rapport d’ONG. Elle est, bel et bien, une blessure vive dans la conscience collective.
Si rien n’est fait, si ce cri reste sans réponse, combien d’autres noms viendront s’ajouter à cette liste macabre ? Jusqu’à quand les familles haïtiennes devront-elles enterrer leurs enfants, victimes de balles perdues ou de tirs arbitraires ?
En réalité, réclamer justice pour Zamy, c’est réclamer justice pour toute la jeunesse haïtienne. C’est rappeler que chaque enfant, chaque adolescent, chaque citoyen a le droit fondamental de vivre sans craindre qu’une balle vienne briser son avenir.
Arnold Junior Pierre
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