Face à l'assemblée réunie hier mercredi 9 avril 2025 à l’occasion du neuvième sommet des Chefs d’État et de Gouvernement de la CELAC, tenu à Tegucigalpa, capitale de la République du Honduras du 7 au 9 avril 2025, le Conseiller présidentiel Leslie Voltaire a exhorté les pays de la région à s’unir autour d’un élan collectif de solidarité, qu’il qualifie de « sursaut indispensable pour empêcher l’effondrement d’un peuple qui refuse de céder au fatalisme. »
Dès les premières lignes de son intervention, Leslie Voltaire a remercié le gouvernement hondurien pour son hospitalité, tout en saluant la transition de la présidence pro tempore de la CELAC entre le Honduras et la Colombie. Mais c’est surtout sur le ton de l’urgence qu’il a voulu engager ses homologues. « L’humanité vit une période de grande incertitude marquée par des défis immenses », a-t-il déclaré, soulignant que « certains États, parmi les plus vulnérables, voient de plus en plus compromettre leurs objectifs de paix, de stabilité et de développement. »
Le cas d’Haïti s’impose alors comme l’un des plus critiques. En décrivant la situation de son pays, il a évoqué « une crise à multiples facettes », au cœur de laquelle trône une insécurité aussi féroce qu’inédite. Cette violence, a-t-il insisté, ne saurait être considérée comme endogène. « Cette insécurité que nous vivons en Haïti est fabriquée et entretenue depuis l’extérieur par des forces obscures, à travers le trafic illicite de la drogue, des organes, des armes et des munitions », a-t-il dénoncé. Il a averti que ce fléau ne procède « ni de notre culture ni des valeurs sur lesquelles notre nation a été construite. »
Au nom du Conseil Présidentiel de Transition, Voltaire exprimé la ferme détermination de l’État haïtien à ne pas céder face à cette offensive d’anéantissement social. Il a ainsi affirmé que « le peuple haïtien refuse de sombrer dans le fatalisme et n’entend pas renoncer à ses droits et ses aspirations légitimes à vivre paisiblement et vaquer en toute liberté à ses occupations sur tous les coins du territoire national. » Tout en reconnaissant que de vastes zones de la capitale restent encore sous le joug des groupes armés, il a assuré que les efforts en cours visent résolument à rétablir l’ordre constitutionnel, notamment à travers l’organisation prochaine du référendum et des élections.
Le représentant de Fanmi Lavalas au CPT n’a pas manqué de saluer « la bravoure des forces de sécurité, ainsi que le soutien de la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS) », rappelant que « deux membres de la composante kenyane de cette Mission ainsi que de nombreux soldats et policiers haïtiens ont payé de leur vie. » À cet égard, il a exprimé la reconnaissance du peuple haïtien aux pays de la CELAC ayant déjà contribué à cet effort conjoint, tout en appelant les autres à les rejoindre.
Pour M. Voltaire, la solidarité des États de la région ne saurait se limiter à des déclarations de principe. Elle doit se traduire par une mobilisation active, car, selon lui, « votre solidarité n’est pas seulement un acte de générosité, mais un investissement dans la stabilité et la prospérité de toute la région. » Dans un avertissement à peine voilé, il a souligné que si les groupes armés atteignent leurs objectifs en Haïti, « ce modèle dangereux risque de se répliquer dans le futur dans d’autres États de la région. »
Le Conseiller présidentiel a également élargi son plaidoyer à d’autres enjeux majeurs, notamment la justice climatique. Il a rappelé que, bien que Haïti et les États insulaires de la région contribuent très faiblement au réchauffement global, ils en subissent pourtant de manière disproportionnée les effets les plus destructeurs. Il a ainsi appelé la CELAC à soutenir leurs revendications en faveur de compensations justes, de transferts technologiques et d’une assistance technique adaptée.
Leslie Voltaire a aussi évoqué la dette imposée à Haïti par la France en 1825. À l’aube du bicentenaire de cet acte qu’il qualifie d’« injustice historique », Leslie Voltaire a lancé un appel solennel à la réparation : « Haïti, qui avait proclamé son indépendance le 1er janvier 1804 après une guerre implacable contre l’armée de Napoléon, a été contrainte, le 17 avril 1825, par la France, sous la menace des canons, de verser une forte indemnité de 150 millions de francs or. » Ce fardeau financier, équivalant aujourd’hui à près de 30 milliards de dollars, a selon lui « véritablement entravé notre développement. » Il a donc plaidé pour une restitution complète de cette rançon, dans un esprit de justice et de mémoire partagée.
Aussi, Leslie Voltaire a rappelé le rôle précurseur de son pays dans l’histoire des indépendances latino-américaines, affirmant que « dans les moments les plus difficiles, Haïti a pu aider les États de la région à se libérer du joug colonial. » À son tour, a-t-il insisté, la République d’Haïti attend un soutien déterminant. « Ensemble, nous avons le pouvoir de façonner un avenir meilleur pour nos peuples. Ensemble, nous pouvons bâtir une région plus sûre, plus prospère et plus intégrée », a conclu l’ex président du Conseil présidentiel de transition qui était accompagné du Ministre des Affaires Étrangères, Victor Harvel Jean-Baptiste, à l’occasion du neuvième sommet des Chefs d’État et de Gouvernement de la CELAC, qui s’est tenu à Tegucigalpa, capitale de la République du Honduras.
Par: Daniel Zéphyr
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