PubGazetteHaiti202005

Au bas de la ville, l'espoir s'amenuise, la vie se volatilise, l'économie au point mort

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Alors que le pays vit dans le spectre d’une propagation de la pandémie du Coronavirus, le cœur économique du bas de la ville de Port-au-Prince ne bat plus à son rythme habituel. L'insécurité a tout bouleversé là-bas. L'espoir s'amenuise pour ceux-là qui viennent braver le danger en quête du pain quotidien pour leur famille.

Il est 12h30 ce samedi 15 mars. On est à la rue Dr Aubry jouxtant la Cathédrale de Port-au-Prince. À cette heure de pointe, plus d'embouteillage comme d'habitude. Seuls quelques coups de klaxons des taptap donnent un digne de vie à cet endroit.

En face de la Cathédrale détruite par le séisme de janvier 2010, une marchande s'allonge à l'intérieur de sa baraque où des vêtements sont installés. C'est la réalité quotidienne de Ramolia Celestin depuis plusieurs mois déjà. " Il n'y a plus rien ici comme activités. Pas de clients. Ils ne descendent plus au centre-ville en raison de l'insécurité. Ils ont peur", lance-elle, la désolation se lit sur son visage. " Je suis ici depuis 6 ans. C'est la première fois que je vis une telle situation au bas de la ville", raconte Ramolia, mère de deux enfants. Elle explique n'avoir rien vendu depuis plusieurs semaines. Quand la chance l'accompagne, le peu d’argent qu’elle gagne est dépensé à la maison, dit-elle. 

Au marché rue des Fonfort, la majorité des marchands de chaussures vide les lieux. une dizaine de tréteaux sur lesquels sont entreposés des chaussures sont encore debout. Trois hommes (marchands de chaussures) dans la cinquante avancée discutent à mi-voix. 

Après un refus de parler, l'un d'entre eux confie qu'il vient tuer le temps ici parce qu'il ne peut pas rester à la maison. " Le marché est quasiment mort après les événements de pays lock", dit-il souhaitant que la vie reprend ici. 

Bricener David, cet homme âgé, vient de Carrefour feuille  et s'installe à quelques mètres de la  Cathédrale pour réparer les téléviseurs. Lui aussi n'a jamais rien vu de telle, en terme de d’auppauvrissement des activités. "Port-au-Prince n'est que l'ombre d'elle même. Les activités sont mortes", souffle-t-il, désespérément. 

Le problème d'insécurité est sur toutes les lèvres. Marchands, vendeurs, dépanneurs fréquentent la zone, la peur au ventre puisque les patrouilles policières dans la zone se font de plus en plus rares, selon eux.

Ce jeune homme dit préférer braver le danger au bas de la ville que de se terrer chez lui. " Nous sommes livrés à nous-mêmes ici. Je suis venu en comptant sur la bonté de Dieu. En temps normal, je rentrais à la maison avec 1500 gourdes en poche.  Maintenant c'est le néant", raconte-t-il à Gazette Haïti. Il explique  que d'autres dépanneurs ont abandonné l'espace. 

Le point de vue de la bouquiniste Jeannette diffère des autres. Selon elle, les parents sont decapitalisés et viennent plus acheter de livres pour leurs enfants au bas de la ville. " J'ai récemment participé à une réunion de parents à une école nationale, un seul enfant possède les livres », fait-elle savoir. Cette dame, qui élève 3 enfants dit n'attendre rien des autorités puisque, selon ses dires, ces dernières connaissent la réalité au bas de la ville.

Le désespoir habite la zone, l'insécurité particulièrement le kidnapping bat son plein, plusieurs personnes qui gagnaient leur pain quotidien ont décidé de jeter l'éponge. La réalité attrape également Nino Cell, une compagnie de ventes et de réparation de cellulaires qui a dû fermer ses portes depuis plusieurs mois selon un témoin. 

Au marché en fer, les plus braves viennent faire leurs emplettes avec la peur au ventre. Ce marché qui était terrassé par le feu, est sous la coupe réglée des bandits armés.  

 

Michelson Césaire

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