La corporation médicale est l’une des proies préférées des ravisseurs. Après la libération du Dr Louis Gerald Gilles, au moins deux médecins en l’occurrence le directeur de communication du Ministère de la Santé Publique et de la Population, Dr Jeanty Fils et Dr Geneviève Arty, fondatrice des centres Gheskio sont actuellement entre les griffes des kidnappeurs. A la matinale de Magik 9 hier, le secrétaire général de l'Association médicale haïtienne (AMH), le Dr Jean Ardouin Louis-Charles indique que l'insécurité fait fuir les médecins haïtiens.
Actuellement, les médecins sont en proie à l’anxiété et à l’angoisse face au phénomène du kidnapping. S’ils n’ont pas été enlevés, ils ont au moins un proche qui a subi la loi de ces individus. Ils craignent aussi d’être le prochain sur la lliste. Plus d’une dizaine de médecins ont été kidnappés depuis le début de l’année 2023 où les cas d’enlèvement connaissent une hausse vertigineuse.
Il y a quelques jours, des individus non identifiés ont enlevé le directeur de communication du Ministère de la Santé Publique et de la Population, Dr Jeanty Fils. Il avait l’habitude d’informer la population à travers les médias sur l’évolution du Choléra et d’autres maladies infectieuses dans le pays.
Depuis le 2 février, la Dr Geneviève Arty, septuagénaire, qui soigne les enfants malades à l'hôpital Saint Damien, une institution au service des plus démunis, a été enlevée. Après que les ravisseurs ont demandé une forte rançon en échange de sa libération, les membres de sa famille et collègues n’ont jamais pu rentrer en communication avec les ravisseurs. Un silence des plus inquiétants pour ses proches!
Il y a deux jours, Dr Louis Gerald Gilles, médecin spécialiste, ancien Sénateur et dirigeant du parti politique Noulah, a été libéré après avoir passé 6 jours aux mains des ravisseurs. Il avait été enlevé devant sa clinique à Delmas 103.
Hier jeudi, le Dr Carl Frédérick Duchatelier et l’agente en Santé Communautaire Kettia Juste des Centres Geskhio qui avaient été enlevés le 14 février, ont recouvré leur liberté. Les Centres Geskhio qui avaient suspendu leurs activités pour protester contre ce double kidnapping, ont annoncé, peu après, qu’ils reprendront leurs activités ce vendredi.
Intervenant hier jeudi 23 février à l’émission Panel Magik de la radio Magik 9, le secrétaire général de l'Association médicale haïtienne (AMH), le Dr Jean Ardouin Louis-Charles a confié que cette véritable chasse aux médecins touche fortement le secteur médical.
« Un médecin doit être serein pour prendre soin de ses patients, mais ce n'est pas le cas en Haïti aujourd'hui. Nous avons déjà protesté à maintes reprises sans succès, mais nous n'allons pas baisser les bras », a déclaré le Dr Louis-Charles, dans des propos relayés par le quotidien Le Nouvelliste.
Selon lui, cette situation a un impact majeur sur le secteur médical mais aussi sur l'Association médicale haïtienne. « Nous ne pouvons même pas organiser une réunion. Tout se fait en ligne. L'AMH va avoir 75 ans, on ne peut rien planifier pour célébrer cette date », a regretté Jean Ardouin Louis Charles.
« Nous avions eu une rencontre au sein de l'AMH, à chaque fois qu'on a proposé à un médecin de faire partie d'un comité, on a appris qu'il n'était plus en Haïti. La majorité des médecins n'est pas en Haïti, a confié le Secrétaire général de l'AMH. Ceux qui sont en Haïti ne veulent pas prendre la rue, utilisant parfois des techniques de camouflage pour se rendre à leur cabinet. On ne peut pas vivre comme ça », a-t-il ajouté.
Selon le Dr Louis-Charles, les médecins qui restent en Haïti ne peuvent pas vaquer à leurs occupations au risque de se faire kidnapper. Ils sont obligés de quitter le pays, parfois sans aucune préparation, selon Louis-Charles s'inquiétant de la prise en otage des forces vives de ce pays « qui risque de nous conduire vers une situation intenable ».
Les cas d’enlèvement sont de plus en plus récurrents dans la région métropolitaine et ses environs dans bien des cas des medecins sont visés. Selon certains témoignages, des medecins enlevés auraient même été utilisé par des bandits pour soigner leurs soldats blessés lors d'affrontements avec la police.
Entre-temps, la population semble livrée à elle-même. Le gouvernement, visiblement incapable de gérer la question, s’en remet au déploiement d’une force étrangère en Haïti qu’aucun pays ne semble vouloir diriger pour l’instant.
Par: Daniel Zéphyr
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