À travers une note daté du mardi 18 octobre 2022, l'Organisation non gouvernementale Human Rights Watch appelle la communauté internationale à livrer en urgence du carburant, des médicaments et de l'eau potable à Haïti pour aider le pays à faire face à la résugence du choléra. Elle demande aux autres pays de suspendre les renvois, les expulsions et les refoulements des migrants haïtiens.
L'Organisation non gouvernementale Human Rights Watch appelle la communauté internationale à fournir en urgence du carburant, des médicaments et de l'eau potable à Haïti pour aider le pays à faire face à la résugence du choléra, à travers une note parue, hier, mardi. Par ailleurs, elle demande aux autres pays de « suspendre les renvois, les expulsions et les refoulements d'Haïtiens en raison de l'aggravation de la situation humanitaire, exacerbée par une grave crise sécuritaire, judiciaire et politique ».
« Depuis que le premier cas de choléra a été confirmé le 2 octobre 2022, cette maladie s'est propagée rapidement. Au 16 octobre, il y avait 835 cas suspects, 78 cas confirmés et au moins 36 décès, a rapporté le ministère haïtien de la Santé. Les établissements de santé n'avaient effectué que 493 tests de dépistage du choléra. L'Organisation panaméricaine de la santé a averti que le nombre réel de cas est « probablement beaucoup plus [élevé] », car la violence des gangs limite l'accès aux zones touchées » , a écrit l'ONG.
« Le manque d'accès à l'eau potable et à l'assainissement, l'insécurité alimentaire généralisée et des soins de santé inadéquats créent des conditions parfaites pour une dangereuse épidémie de choléra », a déclaré César Muñoz, chercheur senior auprès de la division Amériques de Human Rights Watch. « La communauté internationale devrait répondre de toute urgence à cette menace extrêmement grave pour la santé et la vie des habitants, en particulier en ce qui concerne les jeunes enfants et les autres personnes vulnérables. »
Le choléra est une maladie extrêmement virulente causée par l'ingestion d'eau ou d'aliments contaminés par la bactérie Vibrio cholerae, présente dans les matières fécales, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). La plupart des personnes infectées ne développent pas de symptômes, mais les bactéries présentes dans leurs selles peuvent infecter d'autres personnes. Une minorité de personnes développent une diarrhée aqueuse aiguë avec déshydratation sévère et peuvent mourir en quelques heures si elles ne sont pas traitées.
Plus d'un quart de tous les cas suspects concernent des enfants de moins de 9 ans, selon les données du ministère. Les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables à la maladie, et peuvent mourir très rapidement s'ils ne sont pas soignés, a déclaré à Human Rights Watch Mumuza Muhindo, le directeur de l'organisation à but non lucratif Médecins sans Frontières (MSF) en Haïti. MSF gère des établissements de santé à Port-au-Prince, dans le département du Sud et dans l'Artibonite.
Muhindo a ajouté que « les cas se propagent depuis les zones centrales de la capitale ». « Les cas augmentent chaque jour », a-t-il souligné.
« Les personnes en détention sont également particulièrement exposées. Quatorze des décès confirmés se sont produits à la prison de Port-au-Prince, a indiqué le ministère. En juin, les prisons d'Haïti contenaient presque trois fois plus de détenus que le nombre pour lequel elles avaient été construites. Bon nombre des plus de 11 500 détenus, dont 83 % attendent leur procès, vivent dans des conditions inhumaines, ont affirmé les Nations Unies. Le Bureau du Médiateur a signalé des dizaines de décès de détenus liés à la malnutrition, avant même la recrudescence du choléra. L'aide devrait être dirigée vers les populations les plus vulnérables, notamment les détenus », selon Human Rights Watch.
« La paralysie politique a aggravé les problèmes du pays. Malgré la détérioration de la situation, dit- elle, d'autres pays continuent de renvoyer des personnes vers Haïti ".
« De janvier à septembre, ces pays ont expulsé ou déporté et renvoyé sommairement plus de 21 000 personnes vers Haïti par air ou par mer, suite à leur interdiction de séjour sur leurs territoires, a rapporté l'OIM. Les États-Unis sont responsables d'environ 70 % de ces rapatriement ». « La République dominicaine de son coté a rapatrié plus de 49 676 Haïtiens par voie terrestre entre février et septembre, dont des personnes nées en République dominicaine mais considérées par les autorités dominicaines comme haïtiennes, selon le Groupe d'appui aux réfugiés et rapatriés (GARR), une association présente à la frontière », rappelle l'ONG.
Les droits à l'eau et à l'assainissement sont des droits humains. Le droit à l'eau donne à chacun, sans discrimination, « le droit d'avoir accès à une eau suffisante, sûre, acceptable, physiquement accessible et abordable pour son usage personnel et domestique », a précisé l'ONG.
« La résurgence du choléra rend encore plus urgent pour les gouvernements de cesser de renvoyer des personnes en Haïti, où la crise sécuritaire, humanitaire et sanitaire met en danger la vie et l'intégrité physique de chacune et chacun », a-t-elle conclu.
Parallèlement, il faut souligner qu'un nombre record de 4,7 millions de personnes sont actuellement confrontées à une faim aiguë, selon le Programme alimentaire mondial. Pour la première fois, la faim a atteint des niveaux catastrophiques en Haïti, affectant 19 000 personnes, avec le niveau le plus élevé d'insécurité alimentaire dans le quartier Cité Soleil de la capitale. Près de 100 000 enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë sévère, ce qui les rend particulièrement vulnérables au choléra, selon l’UNICEF.
Par : Daniella Saint-Louis
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