Sommes-nous en train de vivre une révolution littéraire en France notamment dans la distribution des prix littéraires dans un pays où écrire est une religion. Pas un homme politique français qui ne rêve pas d’écrire un livre. Quand il ne peut pas lui-même, il affrète le service d’un nègre, car depuis toujours, la politique et l’écriture au pays de Voltaire, vont ensemble. C’est la cinquième République qui avait aligné pas moins de quatre présidents, quatre écrivains de grande-envergure. Le général de Gaulle avait fait de l’écriture une stratégie politique à part entière, où lui-même avait écrit des livres sur la polémologie, qui font encore autorité. Mais de Gaulle c’était un écrivain dont le nom revenait avec insistance en 1963 pour être prix Nobel de littérature : « 1963, Charles de Gaulle fait partie des lauréats potentiels du prix Nobel de littérature et ses Mémoires de guerre lui valent d'entrer dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade en 2000. Le troisième tome de ses Mémoires de guerre, Le Salut, 1944-1946, est inscrit au programme du baccalauréat littéraire en 2011 et en 2013 »
Avant même d’accéder à la magistrature suprême, l’écrivain, l’artiste de la vie politique française, c’était incontestablement François Mitterrand avec plus d’une vingtaine de livres dont le fameux « coup d’Etat permanent ». Ce chez d’œuvre de la littérature politique française où l’auteur avait situé son réquisitoire entre métaphores poétiques et faits politiques avec ce style qu’on le connaît. Ce livre véritable pamphlet contre le Général de Gaulle et les institutions issues de la constitution de 1958. Il faut signaler une fois parvenu au pouvoir l’homme qui a été 15 fois ministre sous la quatrième République s’est conformé à l’esprit de la cinquième et n’avait rien changé.
Georges Pompidou qui a succédé au Général de Gaulle à l’Elysée était lui aussi un poète écrivain dont sa fameuse « anthologie de la poésie française ». Le Président Valery Giscard d’Estaing lui aussi écrivait des romans, bref dans chaque homme politique français sommeille un écrivain. Ce d’autant plus compréhensible que 90 % du personnel politique français sont issus de l’Ecole nationale d’administration (ENA) temple de la rédaction en trois points ou parfois carrément les deux « l’école normale supérieure » d’où sont issus Alain Juppé, Laurent Fabius et de bien d’autres. D’ailleurs de nombreux prix littéraires récompensent des livres politiques, le plus connu est le prix du livre politique décerné chaque année à l’occasion de la journée du livre politique.
En tout la France a plus d’une centaine de prix littéraires dans des domaines variés dont les plus connus sont : Le Goncourt, Renaudot, (décerné a l’écrivain Haïtien René Depestre pour son livre « Hadriana dans tous mes rêves » en 1988. Les prix Femina, interallié. L’académie française a elle seule décerne 65 prix dans tous les domaines.
L’histoire des prix littéraires est politique et la tradition qui veut que chaque homme politique français soit aussi un écrivain plonge ses racines dans l’histoire de la Révolution française qui elle-même avait consacré la liberté d’opinion.
Une révolution dans les milieux littéraires en France
Ce qui vient de se passer dans le landerneau des prix littéraires en France est tout simplement inouï en matière de révolution des mœurs dans un milieu où il y’a encore dix ans tout était opaque non transparente. Les prix ont été distribués entre des gens du même milieu où le critique littéraire était en même temps membre du jury et écrire sur des livres qu’il allait récompenser. En fait les trois manivelles qui faisaient les prix littéraires en France étaient les journaux dans lesquelles les critiques tenaient des chroniques du même nom. Ensuite les jurys composés également en grande partie d’écrivains et critiques littéraires qui décernaient les prix. Pendant longtemps ils s’étaient arrangés pour que les gagnants soient issus de la même moule et trois maisons d’éditions désignées sous un sigle peu reluisant GalliGraSeuil qui en dit long sur l’opacité qui régnait. C’était un système bien huilé avec la complicité de celles et ceux qui concourraient et acceptèrent cet état de fait tellement, c’était ancré dans un système de copinage et de renvois d’ascenseur
Qui se souvient encore de Madame Françoise Savigneau, responsable du supplément littéraire du grand journal du soir, le Monde. Elle avait mis sur orbite tant d’écrivains et détruit la carrière de tant d’autres. Le supplément littéraire du Monde était une autorité dans le monde des éditions et des prix littéraires en France à tel point que son verdict était sans appel. Évidemment beaucoup d’écrivains se sont élevés contre ce pouvoir immense qui parfois écrasait tout sur son passage. Ce qui vient de se passer en France pour l’attribution de l’un des prix littéraires cette année est en soit une révolution. Ce sont deux petites maisons d’édition dites indépendantes qui ont été finalistes des prix littéraires.
Michel Rey et Sabine Wespieser
Pour ceux qui ne connaissent pas le milieu, sachez que c’est une révolution en bonne et due forme qui vient de s’accomplir sous nos yeux. Il faut le souligner à l’encre indélébile, c’est la première fois que deux petites maisons d’Editions viennent de s’imposer pour le prix Goncourt. Il s’agit des Editions Sabine Wespieser et Michel Rey. la première maison a édité l’œuvre d’un des finalistes du prix Goncourt en la personne de notre compatriote Philippe Dalembert et enfin le jeune Sénégalais qui a décroché le prix Goncourt pour son troisième roman « La plus secrète mémoires des hommes » L’écrivain sénégalais avait déjà pris un bon départ avec des critiques dithyrambiques des grands ténors des critiques littéraires tant en France qu’à l’étranger. Résultat il a été retenu pour les quatre plus grands prix à savoir, prix Goncourt, Renaudot, Médicis et Femina, son nom figurant dans la première liste de ces grands préparatifs. Il nous faut bien reconnaitre le rôle joué par les réseaux sociaux qui ont largement contribué à la promotion du livre de l’écrivain sénégalais. Quand François Busnel déclare : « Ce roman illumine la rentrée littéraire. » cela lui confère une longueur d’avance sur les autres. Ce dont nous sommes certains aujourd'hui, c’est que l’éditeur et l’écrivain vont devenir millionnaires, en effet, si Mohamed Mbougar Sarr qui a remporté le Goncourt obtient en récompense dix euros, de notoriété publique, il ne vendra pas moins de quatre cent mille exemplaires de son livre, une belle revanche n’est-ce pas avec des centaines de traduction de par le monde.
Le Goncourt aux couleurs d’Haïti et du Sénégal
J’avais suivi avec fébrilité le parcours de deux écrivains, Haïtien et Sénégalais au travers des journaux et des deux maisons d’éditions. Si le présentateur François Brunel avait lâché sa petite phrase à l’endroit du Sénégalais. Il faut se rendre à l’évidence qu’il a été rejoint dans son concert de louanges par des quotidiens nationaux « L’Est Éclair qualifie pour sa part l’écrivain de « nouvelle coqueluche des prix littéraires » comme le grand journal du soir le Monde qui dès 2017 avait établi un portrait plus qu’éblouissant du Sénégalais « Petite chemise col Mao, vieilles baskets blanches et mains cachées au fond des poches… Au Salon du livre de Paris, vendredi 24 mars, Mohamed Mbougar Sarr aurait pu passer inaperçu s’il n’était pas, à seulement 26 ans, considéré comme l’écrivain sénégalais le plus prometteur de sa génération. Repéré grâce à sa nouvelle, La Cale,qui a reçu le prix Stéphane-Hessel en 2014, il a été adoubé, l’année suivante, par le prix Ahmadou-Kourouma et le Grand Prix du roman métis pour sa première œuvre Terre ceinte (éd. Présence africaine).
Le grand critique littéraire du quotidien le Devoir de Montréal Christian Demeules rejoint de manière positive pour qualifier le roman du Sénégalais: « l’œuvre par sa polygénéricité et dit de ce roman qu’il est « le portrait éclaté d’un absent ».
Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes, Philippe Rey /Jimsaan, août 2021, 448 p., 22 €
Par: Maguet Delva
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