Au moins 92 hommes politiques ou hauts fonctionnaires d'Amérique Latine sont cités dans l'enquête de Pandora Papers sur des "sociétés offshores" créées dans des pays de paradis fiscaux pour éviter aux propriétaires de payer les impôts que réclame l'État de leur pays résident. Parmis ces personnalités l'on retrouve trois présidents en fonction en Amérique dont le président dominicain Luis Abinader, Sebastián Piñera du Chili et Guillermo Lasso de l'Équateur et l'ancien premier ministre et homme d'affaires Haïtien Laurent Salvador Lamothe.
Ce travail a été possible grâce à plus de 600 journalistes dans 117 pays qui ont pris environ deux ans pour analyser 11,9 millions de documents confidentiels, révélant ainsi au grand jour des "entreprises offshores" qui pour la plupart ont été inconnues jusqu'à les révélations de Pandora Papers. Ces documents couvrant plus de cinq décennies d'enregistrements proviennent de 14 cabinets d'avocats spécialisés dans la création d'entreprises dans des pays comme le Panama , les îles Vierges britanniques ou les Bahamas. La Pandora Papers est le nom de l'enquête journalistique réalisée sur la fuite de ces documents confidentiels.
L'enquête toutefois ne concerne pas exclusivement l'Amérique, elle révèle les fortunes cachées de plus de 330 politiciens et fonctionnaires dans le monde, 14 chefs d'État d'Amérique latine actuels et à la retraite, 46 oligarques russes et plus de 130 milliardaires de la liste de Forbes.
Pour l'amérique, "les trois présidents actifs : Sebastián Piñera du Chili, Guillermo Lasso de l'Équateur et le dominicain Luis Abinader; Onze sont des ex-présidents, par exemple, les Colombiens César Gaviria et Andrés Pastrana; sans oublier l'ancien premier ministre Haïtien sur le pouvoir du président Joseph Michel Martelly, Laurent Salvador Lamothe qui cache ses fortunes à l'État haïtien", rapporte le journal EL PAIS dont plus d'une vingtaine de ses journalistes ont participé à l'enquête.
En ce qui concerne le président Luis Abinader, les documents révèlent qu'il est bénéficiaire (propriétaire) avec ses frères de deux sociétés au Panama, toutes deux créées avant son entrée en fonction, et servaient à gérer des actifs en République dominicaine.
Les actions des sociétés de Luis Abinader étaient cédées jusqu'en 2018 « au porteur », formule utilisée pour masquer les bénéficiaires ou les propriétaires des sociétés, expliquent les journalistes. "En devenant président en 2020, il a déclaré avoir neuf "sociétés offshores", puis a affirmé avoir utilisé ces sociétés pour gérer des actifs liés à la famille", rapporte El PAIS, ajoutant que "ces entreprises ont été créées par des consultants, qui les ont conservés au porteur jusqu'à ce qu'elles soient affectées à un client spécifique".
Pour la situation de Laurent Salvador Lamothe, Premier ministre (2012-2014), les journalistes ont découvert que l'homme d'affaires s'était dissocié de ses entreprises avant d'entrer au gouvernement. Néanmoins, selon le Pandora Papers "il est resté actionnaire de certaines sociétés pendant son mandat, comme trois dans les îles Vierges britanniques que Trident Trust a créées entre 2002 et 2008". Le journal indique que "Lamothe a refusé de répondre aux questions car il s'agissait de « questions privées » et a assuré qu'il n'a pas utilisé sa position pour "ne promouvoir aucun intérêt commercial" ".
Les problèmes avec les sociétés offshores
Toutefois, avoir des entreprises offshores n'est pas un délit ou une action illégale dans la mesure où le propriétaire les déclare là où il réside, le pays où il habite. Ce qui n'est pas souvent le cas avec "ces entreprises qui sont utilisées, de manière générale, pour masquer et éviter qu'on exonère le véritable propriétaire des responsabilités fiscales ou juridiques d'actifs qui peuvent être financiers, mais peuvent également prendre la forme d'immeubles, d'œuvres d'art ou de véhicules".
"L'OCDE estime que l'équivalent de 27 % de la richesse financière de la région Amérique Latine est détourné vers des sociétés offshores, ce qui représente 19 milliards d'euros, soit environ 22 milliards de dollars de pertes d'impôts chaque année", souligne EL PAIS.
Autrement dit, le problème avec ces sociétés c'est que leurs propriétaires sont à la recherche de charges fiscales faibles ou nulles et de confidentialité. Parfois, elles n'ont pas d'activité réelle, pas d'employés ou de bureaux physiques et le nom du propriétaire est inconnu et l'existence de ces entreprises n'ait pas été déclarée aux autorités où le véritable propriétaire à sa résidence fiscale. "Sous cette couche d'opacité se cachent des flux d'argent illicites qui ouvrent la porte à la corruption, au blanchiment d'argent, à l'évasion fiscale ou au financement du terrorisme", a signalé le journal EL PAIS.
Par: Juhakenson Blaise avec EL PAIS
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