La responsable de programmes du réseau national de défense des droits humains Rosy Auguste DUCENA a pris part le mercredi 8 septembre 2021 à une réunion virtuelle avec le conseil de sécurité des Nations unies afin de faire une radiographie de la situation qui sévit actuellement dans le pays. « Nous ne vivons pas », « le pays est gangstérisé », le constat du RNNDH est criant. Par conséquent, le réseau recommande au conseil de sécurité des Nations unies de porter le BINUH à mettre fin à son support à un gouvernement monocéphale, ainsi qu’à un processus électoral qui risque d’aggraver l’instabilité politique actuelle aux conséquences déjà dévastatrices.
En réunion virtuelle avec le conseil de sécurité des Nations unies, la responsable de programmes au sein du réseau national de défense des droits humains (RNDDH) Rosy Auguste DUCENA n’a pas mâché les mots pour informer le conseil de « la situation désastreuse qui sévit dans le pays ». « Le constat est criant et révoltant. En Haïti, nous ne vivons pas », lâche Rosy Auguste DUCENA indiquant que depuis janvier 2021, en moyenne, 2 personnes sont victimes chaque jour de mort violente et, au moins 37 policiers ont été assassinés.
« Depuis 2018, 13 massacres et attaques armées, perpétrés dans les quartiers défavorisés par des bandits armés, ont été documentés par mon organisation, le RNDDH. Ils ont occasionné l’assassinat de 487 personnes, la disparition de 129 autres et le viol collectif de 33 femmes et filles. 679 enfants sont devenus orphelins », explique la responsable de programmes du réseau, déplorant que cela ne semble pourtant affecter aucune autorité étatique haïtienne.
« Une justice à la traîne »
« La Justice, se retrouve, depuis 2018, complètement à genoux », note Rosy Auguste Ducena qui avance, pour corroborer son affirmation, que la justice, depuis un certain temps ne fonctionne en moyenne que 4 mois par an en raison de l’insécurité, des grèves en cascade du personnel judiciaire et de la pandémie de la Covid-19. « Selon la Direction de l’Administration Pénitentiaire, 85% de la population carcérale sont en situation de détention préventive illégale et arbitraire et, les droits aux garanties judiciaires du peuple haïtien sont constamment violés », précise la responsable.
« Le pays est gangstérisé »
Selon le constat du RNDDH, les gangs armés sont pour le moment très puissants et très arrogants. « Ils ne sont jamais à court d’armes et de munitions ; Ils négocient contre des sommes exorbitantes, des trêves de quelques semaines tout en exigeant chaque jour plus de moyens des autorités de l’Etat », soutient Rosy Auguste Ducenat. « Le BINUH est devenu l’un des responsables de cette nouvelle crise qui sévit dans le pays et qui éloigne un peu plus les citoyens et citoyennes », accuse Mme Ducenat déplorant que le BINUH ferme les yeux sur la dégradation de la situation générale des droits humains en Haïti.
Rosy Auguste Ducéna se dit stupéfaite de voir que dans ces conditions de terreur, de négation des droits fondamentaux et d’instabilité, la communauté internationale dont le BINUH exige l’organisation d’élections sur le territoire national. « Nous sommes conscients que les élections constituent un exercice démocratique. Cependant, cet exercice doit être réalisé dans les conditions maximales de respect des droits humains et des principes d’inclusion et de participation », soutient Rosy Auguste Ducena rappelant que la campagne électorale de l’été 2015 était émaillée d’actes de violence. « Au moins 9 conflits armés, 5 assassinats, 2 tentatives d’assassinat, 9 blessés par balles, 2 blessés par armes blanches, 17 blessés à coups de pierre et 10 cas de bastonnade ont été recensés », informe-t-elle.
La responsable a recommandé au conseil de sécurité des Nations unies de se positionner en vue : de supporter des élections libres, honnêtes, démocratiques et inclusives, réalisées dans un climat apaisé et sur la base d’un accord politique ; d’appuyer toutes démarches visant à poursuivre des membres de ce régime pour leur implication dans la perpétration de violations massives des droits à la vie ; de dénoncer fermement la coalition des gangs armés ; de porter le BINUH à mettre fin à son support à un gouvernement monocéphale, ainsi qu’à un processus électoral qui risque d’aggraver l’instabilité politique actuelle aux conséquences déjà dévastatrices ; d’inviter le BINUH à s’atteler à la tâche pour laquelle il a été mandaté, tout en se mettant à l’écoute du peuple haïtien.
Par : Daniel Zéphyr
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