PubGazetteHaiti202005

Haïti/Insécurité : l’ONU condamne le manque d’efficacité des autorités

Organisation des Nations Unies ( ONU)

Dans un rapport parvenu à la rédaction de Gazette-Haïti, le Conseil de sécurité des Nations unies à travers le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh) a fait part de ses préoccupations par rapport aux différentes exactions des gangs armés à travers le pays. Selon le conseil, le gouvernement haïtien est incapable de faire avancer la lutte contre l’insécurité dans le pays. Il appelle les autorités à « redoubler d’efforts et à prendre les mesures nécessaires pour protéger la population contre les violences commises par les bandes organisées, ainsi qu’à améliorer le contexte socioéconomique et politique actuel ».

  Dans ce rapport publié le 11 juin dernier, le conseil de sécurité des Nations unies à travers le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh) a évoqué le sentiment d’insécurité exacerbé par la flambée de certaines formes de criminalité dont les enlèvements qui ont connu une augmentation de 36 % au cours des quatre premiers mois de 2021.

 
Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a effectué une radiographie du pays en passant en revue plusieurs faits survenus en Haïti sur le plan politique et gouvernance, lutte contre la violence de proximité, sécurité et état de droit, droits humains, chômage, jeunes et autres groupes vulnérables, services sociaux de base et résilience des ménages, exploitation et atteintes sexuelles.

 

Sur le plan de lutte contre la violence de proximité, le secrétaire général Antonio Guterres n’est pas allé de mains mortes pour présenter un tableau sombre du comportement des autorités étatiques face à l'insécurité grandissante. «  Le sentiment d’insécurité s’amplifie devant la grande inefficacité des mesures prises par les pouvoirs publics pour lutter contre la criminalité et la violence des bandes armées », écrit Mr Guterres listant pour corroborer sa thèse « l’évasion de nombreux détenus survenue à la prison de la Croix-des-Bouquets le 25 février, l’opération de police ratée à Village de Dieu le 12 mars et les attaques menées par des bandes organisées à Bel-Air les 31 mars et 1er avril. 21, le rapt d’un groupe d’une dizaine de personnes (dont 7 religieux haïtiens et français le 11 avril) ».

 
De plus, selon les chiffres du secrétaire général, « les homicides volontaires ont progressé de 17 % (525 faits signalés de janvier à avril contre 436 au cours des quatre derniers mois de 2020). Les policiers sont de plus en plus la cible des représailles des bandits (18 tués et 35 blessés). Les désordres civils ont grimpé de 30 % par rapport aux quatre mois précédents (486 faits enregistrés, de janvier à avril, dont 410 n’étaient pas pacifiques) ». Le rapport relate diverses mesures prises par le Premier Ministre en même temps Président du Conseil supérieur d'alors, M. Jouthe d’interdire l’utilisation des vitres teintées sur tous les véhicules ne portant pas de plaques d’immatriculation officielles ou diplomatiques.

 
Au niveau des droits humains, l’ONU constate une aggravation de la situation. En raison de l’incapacité persistante des pouvoirs publics à protéger la population contre la violence des bandes armées et de l’absence de volonté persistante et chronique de s’attaquer efficacement aux violations sous-jacentes et structurelles des droits humains, notamment dans les lieux de détention, la situation des droits humains s’est encore détériorée, indique le secrétaire général de l’ONU. « Depuis mon précédent rapport, aucune mesure efficace n’a été prise pour établir les responsabilités dans un nombre croissant d’affaires emblématiques, notamment les meurtres de Grand Ravine (2017), de La Saline (2018) et de Bel-Air (2019) ainsi que l’assassinat de Monferrier Dorval en août 2020 », avance l’ONU ajoutant qu’entre le 1er février et le 31 mai, le BINUH a attribué 295 violations des droits humains à des membres de bandes et à des hommes armés non identifiés, dont 78 meurtres (1 fille, 5 femmes, 1 garçon et 71 hommes), 25 atteintes à l’intégrité physique (2 filles, 4 femmes, 2 garçons et 17 hommes), 3 viols (2 filles et 1 femme) et 149 enlèvements (7 filles, 46 femmes, 8 garçons et 88 hommes).

 
De plus, le document évoque un manque systématique de répression qui persiste dans les affaires emblématiques de Grand Ravine (2017), de La Saline (2018) et de Bel-Air (2019). « Les autorités n’ont pas renouvelé le mandat du juge d’instruction chargé de l’affaire de La Saline et n’ont rien fait ou presque pour faire avancer l’instruction dans les autres affaires », constate l’ancien premier ministre du Portugal ne comprenant que Jimmy Cherizier, alias « Barbecue », soit resté en liberté alors que l’enquête sur l’assassinat de Monferrier Dorval en août 2020 piétine.

 
Par rapport à ces situations, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres encourage le gouvernement de ne ménager aucun effort pour élaborer sans plus tarder un plan d’action national sur la gestion des armes et des munitions. «  Il est essentiel que les autorités, en particulier la Commission nationale de désarmement, de démobilisation et de réintégration, renforcent leurs relations avec les associations et organisations de la société civile afin de renforcer et d’améliorer la collaboration entre tous les acteurs concernés en vue d’appuyer le relèvement des populations touchées par les activités de bandes organisées et de leur redonner espoir », demande Mr Guterres déplorant « les actes de violence graves que continuent de commettre les bandes organisées et les rapts incessants, auxquels s’ajoute le manque d’efficacité des autorités, qui laissent la police assumer la plus grosse part des responsabilités en matière de sécurité publique ».


Par ailleurs,  il appelle les autorités à redoubler d’efforts et à prendre les mesures nécessaires pour protéger la population contre les violences commises par les bandes organisées, ainsi qu’à améliorer le contexte socioéconomique et politique actuel, qui est propice à l’activité de ces groupes. « Je réaffirme également que les autorités nationales doivent impérativement veiller à ce que les auteurs des faits commis dans les affaires emblématiques de Lilavois et Grand Ravine (2017), de La Saline (2018) et de Bel-Air (2019 et 2020) ainsi que d’autres infractions graves ne restent pas impunis », exige Mr Guterres.


Parallèlement, le secrétaire général croit qu’il risque d’être difficile de créer les conditions pour que le référendum constitutionnel ainsi que les élections législatives, locales et présidentielle puissent avoir lieu dans des conditions techniquement fiables et inclusives faute de réelle percée dans les efforts actuellement menés pour parvenir à un consensus politique minimal. Mr Guterres affirme que  l’Organisation des Nations-Unies entend continuer à surveiller le chantier de la réforme constitutionnelle, désormais reporté. Il exhorte les autorités nationales à veiller à ce que cette réforme ne retarde pas davantage la tenue en 2021 des scrutins locaux et parlementaires, longtemps différés, ainsi que de l’élection présidentielle.

 

« Je tiens à réaffirmer que l’Organisation des Nations Unies est résolue à contribuer selon une logique intégrée à la stabilisation et à la prospérité d’Haïti et j’exprime ma sincère gratitude à ma Représentante spéciale pour Haïti, Helen Meagher La Lime, à mon Représentant spécial adjoint, Coordonnateur résident et Coordonnateur humanitaire, Bruno Lemarquis, et à l’ensemble du personnel des entités des Nations Unies qui œuvre dans le pays pour son travail inlassable et son dévouement exemplaire », conclut Mr Guterres.

 

 

 

Par : Daniel Zéphyr

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