En prélude à la journée mondiale de l’environnement célébrée traditionnellement le 5 juin, des écologistes regroupés au sein d’un cluster, ont présenté le résultat de plusieurs travaux réalisés à Forêt des Pins et Parc La Visite (réserve de Biosphère La Selle) et en ont profité pour démontrer le piteux état de 15 sources d’eau déclarées d’utilité publique dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince en 1992, dans le cadre de la Campagne nationale pour la restauration des écosystèmes dégradés d’Haïti (CNREDH). Selon les écologistes, le constat est criant.
C’est autour du thème « restauration des écosystèmes » que la journée mondiale de l’environnement sera célébrée cette année. En ce sens, des organisations regroupées d’écologistes comme l’initiative Haïtienne pour l’Environnement et le Développement (INHED), le Mouvement d’Appui pour le Développement des Collectivités Territoriales Haïtiennes (MADECTH) le Groupe d’intervention écologique d’Haïti (ECOVERT-HAÏTI), l’Agence de Promotion pour le Développement Intégré (APRODI), l’Association Zantray pour le Développement National (AZADN) et le Mouvement d’Appui à la Paysannerie (MAP) en ont profité pour réaliser une radiographie des écosystèmes en Haïti.
« Malgré la présence du ministère de l’environnement, par le biais de l’agence nationale des aires protégés (ANAP), les forêts en Haïti dont Forêt des Pins et Parc La Visite (réserve de Biosphère La Selle) sont en voie de disparition », alerte Anel Doleran président de l’Echo d’Haïti précisant que cette malheureuse situation est arrivée malgré que ces zones soient considérées comme « zone protégée » en 1937. « En 1937, l’espace logeant la forêt des pins était entre 30.000 à 38.000 hectares contrairement entre 9.000 à 11 milles hectares en 2021 », informe Mr Doleran indiquant que c’est un foret dans lequel beaucoup d’activités de déforestations s’invitent. »
La situation est similaire pour le parc la visite, selon les écologistes. « Le 4 avril 1983, il était déclaré parc national réservé. Il était de 2.000 hectares. Après plus de 38 ans, la forêt ne comporte que 600 à 700 hectares de terre », déplore le président rappelant les bienfaits et les grandes responsabilités de ces forêts pour le département de l’Ouest. « Ils sont les véritables Châteaux d’eau du département de l’Ouest et du Sud-Est. Ils aident Haïti à lutter contre le changement climatique », estime Mr Doleran.
Les causes de cette destruction progressive ?
Les écologistes présentent l'État haïtien comme le véritable responsable de la destruction massive de ces forêts à travers le pays. « En 1938, l’Etat haïtien avait conclu un accord avec SHADA (société haïtiano-américaine de développement agricole) pour l’exploitation du forêt des pins et du parc la visite. L’exploitation a conduit au phénomène de déboisement de ces zones. Et jusqu'à ce jour, l’exploitation se fait encore malgré le départ de la société en 1960 », fait remarquer le président de l'Echo-Haïti.
Dans cette situation, les conséquences risquent d’être très néfastes pour le pays. Les écologistes pensent qu’Haïti sera beaucoup plus vulnérable face au changement climatique et aux aléas naturels que précédemment. « Nous estimons que si la situation reste ainsi, Haïti aura des migrants climatiques », prévient le dirigeant de l’Echo-Haïti.
A ces études s’ajoute une évaluation succincte de 15 sources déclarées d’utilité publique en 1992 se trouvant dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince. « La majorité de ces sources d’eau sont polluées », conclut l’étude citant des sources comme preuve comme celle de Cerisier, Desdunes, Tête de l’eau, Turgeau, Waney, Canapé Vert, plusieurs sources à carrefour. « Seulement deux sources d’eau comportent un écosystème raisonnable en Haïti. », soutient le dirigeant.
« Le temps d’une prise de conscience »
Ces associations d’écologistes plaident en faveur d’une école formant des spécialistes en gestion des déchets, un task-force pour la restauration des écosystèmes du pays. « Sans aucun effort et une prise de conscience par rapport à la restauration des écosystèmes en Haïti, c’est cuit ».
En 2020, un projet « Appui à la restauration des écosystèmes forestiers pour promouvoir le développement socio-économique durable dans la Réserve de biosphère de La Selle (Haïti) », financé par l'AECID et l'Organisme Autonome Espagnol pour les Parcs Nationaux (OAPN) a été lancé. Une initiative mettant l’accent sur la sensibilisation et le renforcement des capacités locales pour le reboisement et la gestion durable des habitants forestiers et des systèmes agroforestiers installés.
Un an après, les résultats ne sont pas visibles et les écosystèmes en Haïti ne font que sombrer. Ces associations d’écologistes ne cessent de tirer la sonnette d’alarme.
Par: Daniel Zéphyr
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