Dans un rapport titré « Massacres à Bel-Air et à Cité Soleil sous le regard indifférent des autorités étatiques », publié le 20 mai, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) fait mention d'un lourd bilan des dernières attaques armées menées par des gangs du « G9 an Fanmi e Alye » dans ces bidonvilles, pour la période allant du mois d’août 2020 à mai 2021. Le Réseau rapporte que dans cet intervalle « 81 personnes ont été tuées à Bel-Air et 44 à Cité Soleil ». Selon le RNDDH, sous le silence des autorités étatiques « des personnes ont été brûlées vives, des maisons ont été incendiées avec les maigres biens que possèdent les victimes ».
« Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a enquêté sur les dernières attaques armées enregistrées à Bel-Air et à Cité Soleil depuis la fin de l’année 2020. Les informations qui ont été recueillies au cours de ces différentes investigations sont utilisées pour l’élaboration du présent rapport », informe le Réseau avant de souligner que « pour les périodes couvertes par ce rapport, le bilan de ces attaques armées virulentes enregistrées dans ces 2 zones est très lourd ».
« À Bel-Air 81 personnes au moins ont été assassinées par balles dont 12 femmes », rapporte RNDDH indiquant que « 36 personnes ont été tuées, d’août à décembre 2020 et 45 autres, de mars à mai 2021 ».
Dans ce bilan, le Réseau de défense des droits humains signale que « 24 personnes sont portées disparues et 18 autres ont été blessées par balles. 165 maisons ont été incendiées, 13 autres ont été pillées, rendant sinistrées 262 personnes qui étaient soit propriétaires, soit locataires ».
Toujours à Bel-Air, l'organisation fait mention de « 296 enfants qui sont devenus orphelins d’au moins un de leurs parents », dans les attaques allant du mois d'août 2020 à mai 2021.
Pour ce qui concerne Cité Soleil, le RNDDH rapporte que, en 2021, « 44 personnes ont été assassinées par balles dont 11 femmes. 7 personnes sont portées disparues, 15 autres ont été blessées et 1 femme violée ».
À côté de « 3 maisons qui ont été incendiées, 132 enfants sont devenus orphelins à la faveur de ces événements sanglants », indique le rapport.
Lors de ces attaques à Bel-Air et à Cité Soleil, le RNDDH indique qu'il est rapporté que « des matériels policiers – blindés, tubes de gaz lacrymogène – ont été utilisés par les bandits armés dans la perpétration de ces attaques ». Parallèlement, l'institution explique qu’« aux appels en renfort des survivants des ces zones attaquées par des bandits, des agents de la PNH ont affirmé n’avoir pas reçu l’ordre de leurs supérieurs d’intervenir et les autorités judiciaires ont affirmé au RNDDH que les victimes n’ayant pas porté plainte, elles ne sont pas intervenues dans les zones concernées par ce rapport, même pour dresser des procès-verbaux de constat des faits relatés par les survivants-tes ».
Selon l'organisation « depuis ces attaques survenues tant à Bel-Air qu’à Cité Soleil, la situation n’est jamais redevenue normale. La population civile de ces zones évolue dans un climat de peur aggravé avec la fédération en juin 2020, des gangs armés proches du pouvoir car, les quartiers de Bel-Air et de Nan Brooklyn intensément attaqués n’ont pas voulu - et ne veulent toujours pas - intégrer le G-9 an Fanmi e Alye ».
« Encore une fois le mutisme des autorités étatiques prouve leur désintéressement total vis-à-vis des violations massives et systématiques des droits à la vie, à la sécurité physique, à la propriété privée des personnes qui vivent dans ces quartiers défavorisés où des crimes odieux ont été perpétrés », a commenté le RNDDH qui rappelle qu' « aujourd’hui encore, les attaques sont en cours tant à Bel-Air qu’à Cité Soleil ».
« De 2018 à nos jours, au moins 12 massacres et attaques armées ont été perpétrés dans les quartiers défavorisés de Port-au-Prince », poursuit le RNDDH.
Pour les 10 premiers cas, écrivent les concepteurs de ce rapport, « les survivants-tes ont porté plainte par devant les autorités judiciaires contre leurs agresseurs, pour la plupart, des bandits armés notoires et des autorités étatiques connues. Cependant, aucune poursuite judiciaire sérieuse n’a été enregistrée ».
« Des personnes ont été brûlées vives, des maisons ont été incendiées avec les maigres biens que possèdent les victimes, des véhicules ont été détournés et au moins une femme a été violée », relate le rapport.
Fort de tout ce qui précède, le RNDDH demande instamment aux autorités étatiques en général et au Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN) en particulier de :
« Mettre fin à l’utilisation des maigres ressources de la PNH en vue de renforcer les gangs armés qui terrorisent la population haïtienne ;
Sanctionner tous ceux qui facilitent aux bandits l’utilisation des matériels policiers dans les différents massacres et attaques armées ;
Mettre fin aux massacres et attaques armées à Bel-Air et à Cité Soleil en particulier et dans les quartiers défavorisés en général ;
Arrêter et transférer aux autorités judiciaires tous les bandits armés qui sèment la terreur au sein de la population ».
Par: Blaise Juhakenson
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