PubGazetteHaiti202005

8 mois après l’assassinat de Me Monferrier Dorval, le barreau de Port-au-Prince n’entend pas lâcher prise

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Le conseil de l’ordre des avocats de Port-au-Prince a organisé ce mercredi 5 mai 2021 leur 8e conférence-débat sous le thème « l’entraide judiciaire et la coopération internationale » dans l’optique de commémorer les 8 mois marquant l’assassinat du bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince Me Monferrier Dorval. L’actuelle bâtonnière Mme Marie Suzy Legros avise que cette démarche vise à continuer à demander justice et condamner cet assassinat crapuleux.

 

Le 28 août 2021, des bandits armés ont ôté la vie du bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince d’alors Monferrier Dorval. Les photos montrant son corps inerte gisant au sol  devenaient virales durant cette nuit. Depuis, le barreau de Port-au-Prince a décrété les  « 28 » de chaque mois, jour de Dorval. Le 28 avril 2021 dernier, des troubles ont paralysé la circulation dans les rues de Port-au-Prince obligeant le conseil à reporter l'événement prévu à cet effet. A l’hôtel Montana ce mercredi 5 mai, la 8e conférence-débat devant marquer cette date a eu lieu.

 

« Intellectuel haïtien, juriste, professeur, Monferrier Dorval ne restait jamais insensible aux évènements de son pays. A chaque fait marquant de l’actualité, il réagissait par un écrit en professant  un amour particulier pour la règle de droit. Avocat, Il exerçait le métier en conciliant représentants et assistants avec amour, panache et respect pour ses clients et ses adversaires », décrit Marie Suzy Legros campant un homme qui, malgré toutes ses qualités et bonnes œuvres a pu trouver la mort dans des conditions que même la justice ne peut expliquer avec sagacité.

 

« Nous savons tous que l’assassinat est un acte, un fait répréhensible prévu et puni par le code pénal haïtien. C’est un meurtre commis avec préméditation. Il a résisté vainement avec ses agresseurs. L’intention de donner la mort était bien manifeste », argue l’actuelle bâtonnière de l’ordre des avocats de Port-au-Prince Marie Suzy Legros déplorant la lenteur qui rôde le dossier. « La direction centrale de la police judiciaire n’a toujours pas remis son rapport définitif », se plaint Mme Legros dénonçant la situation chaotique qui sévit dans le système judiciaire depuis peu. « 8 mois après, les portes du tribunal de première instance de Port-au-Prince sont fermées, celles des cabinets d’instruction également », fait remarquer la bâtonnière démontrant que les avocats ne peuvent fréquenter les lieux sans risquer leur vie. « Faudrait-il enfin voir dans cette situation un empêchement à l’aboutissement de l’enquête? », se questionne l’avocate.

 

« Nous ne faiblirons pas »

 

« Tout en attendant que la lumière soit faite sur les évènements du 28 août et que les autorités étatiques manifestent leur bonne foi pour que justice soit rendue à Me Monferrier Dorval, le conseil de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, bâtonnat 2019-2021, a obtenu plus de 3.000 signatures tant à Port-au-Prince qu’à l’étranger sollicitant la création de la commission internationale d’enquête indépendante en vue d’une bonne instruction du dossier et de l’arrestation subséquente des auteurs intellectuels et des exécutants », informe l’avocate jurant que « nous ne faiblirons pas ».

 

De son cote, l’un des conseillers et avocats au barreau de Port-au-Prince Me Patrick Pierre Louis croit fermement que l’assassinat contre l’avocat Monferrier Dorval est une violence contre un pacte social pour le respect de la vie et de la dignité humaine. « Ils n’ont pas seulement ourdi un complot contre une personne mais contre un des fondements de l’État de droit ; ils n’ont pas exclusivement conspiré contre un bâtonnier mais violenté la fonction attribuée à l’ordre des avocats comme gardien du périmètre du droit dans son ressort ce, conformément au principe de base adopté par les nations unies en 1990 relativement au rôle du barreau en ce qui concerne le respect des normes établis », argumente Me Patrick Pierre Louis présentant le dossier de l’assassinat du l’ancien bâtonnier comme « le miroir où les parquetiers, les membres de  la police judiciaire, les juges et les autorités concernées de l’exécutif contempleront leur vrai visage ».

 

Rappelons-le, le Bureau des affaires criminelles (BAC), dans le rapport d’enquête soumis à la justice, avait indiqué que les « nommés Modelet Sénégeau, alias Abidy, Mackender Fils-Aimé, Dunès Vilpique, alias Jah, Markenson Charles, alias Cobra, Gerson Laurent, alias TiLuc ou Louko, Richelet Augustin, Johnny Toussaint et consorts se sont associés en malfaiteurs pour assassiner le citoyen Monferrier Dorval, bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince ».

 

 

 

 

 

Par : Daniel Zéphyr

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