Truffée d’irrégularités, la gestion financière de Michel-Ange Gédéon a été marquée par la violation de la loi sur la comptabilité publique, selon un rapport d’audit de la CSC-CA
La gestion financière de la Police Nationale d’Haïti est source de convoitise, de tentation et de corruption qui génère des conflits, de l’indiscipline et de l’instabilité au sein de l’institution. Elle a donc un impact direct sur la sécurité publique… C’est ce qui ressort d’une analyse du rapport d’audit de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif sur la gestion financière de l’ex-directeur général de la PNH, Michel-Ange Gédéon, pour la période allant du 8 avril 2016 au 30 septembre 2017 et du 1er octobre 2017 au 27 août 2019.
Le passage de Michel-Ange Gédéon à la tête de la Police nationale a été marqué par la violation de la loi sur la comptabilité publique, selon la Fondation Je Klere qui présente une analyse du rapport d’audit de la CSC-CA sur la gestion du 10ème directeur général de la PNH. En effet, la Cour dit avoir relevé des faits laissant planer de sérieux doutes quant à l’effectivité des dépenses effectuées totalisant 30 milliards de gourdes, soit l’équivalent de 500 millions de dollars. « Dans son rapport, le conseiller chargé de l’instruction dans le dossier d’audit de la gestion du sieur Michel-Ange GEDEON, ex-Directeur Général de la PNH, a relevé des faits constants et de nature à laisser planer un doute sérieux quant à l’effectivité des acquisitions sans fiche de livraison, la véracité des activités sans rapport de mission et des payroll sans rapport de payroll dressé ».
Parmi les irrégularités constatées, la Cour précise que, pour la période allant d’avril 2016 à septembre 2017, donc pendant 17 mois seulement : « L’auditorat, dans des conclusions prises en date du 13 janvier 2021, par Me Napoléon LAUTURE, a relevé que : Un milliard deux cent soixante-six millions neuf cent treize gourdes) - ce qui représente près de vingt millions de dollars américains au taux moyen de la période- ne sont pas supportés par des pièces justificatives. Ce fonds manquant, soit près de vingt millions de dollars américains (20,000.000.00 $US) a été dépensé pour et au nom de l’institution policière dans des transactions effectuées avec le trésor public. »
Aussi, la Cour a jugé important de signaler que pour la période allant d’octobre 2017 à aout 2019, il est révélé que 5.2 millions de gourdes n’ont pas été justifiés à l’ordre de Simone Irlan Maxime JEAN, chef de service de la comptabilité à la DAP. Ce dernier a reconnu que ce montant est resté disponible sur son compte bancaire personnel pendant 3 ans, la mission pour laquelle il a été décaissé n’a pas été réalisée. « L’argent est décaissé le 16 mai 2018 à l’ordre de Simone Irlan Maxime JEAN pour le transfert de cent cinquante (150) détenus à destination de la prison civile du Cap-Haïtien. La mission n’a pas été réalisée, mais l’argent reste sur le compte personnel du comptable de la DAP trois ans plus tard. Contrairement à ce qui est mentionné par l’auditorat, dans le rapport d’audit pour la période considérée, il est indiqué plutôt à la page 15, deux cent quinze mille (215,000.00 G) gourdes et non cinq Millions deux cent Mille sept cent quatre-vingt gourdes (5, 200,780. G) qui se trouveraient aujourd’hui encore sur le compte personnel du comptable. L’analyse du compte courant en gourdes correspondant au numéro 121263690 révèle que 6 chèques totalisant un montant de 86 100 gourdes ont été honorés sans raison apparente. »
La FJKL déplore que tout cet argent ait été dépensé par la PNH pour très peu de résultats. Il fait remarquer qu’une gestion rationnelle de ces 500 millions de dollars aurait pu contribuer à améliorer la situation sécuritaire du pays et les conditions de travail des policiers. La gestion de Michel-Ange Gédéon est d’autant catastrophique que l’organisation de défense des droits humains va jusqu’à se demander si la gestion financière de la PNH par la Direction Générale et d’autres membres de la chaine de commandement n’a pas un impact non négligeable sur la sécurité publique.
Fort de tout ce qui précède, la FJKL recommande notamment la mise à l’écart du DG de la PNH et d’autres responsables de police dans la gestion financière de l’institution et la création d’une entité indépendante de la PNH placée sous la tutelle du Ministère des Finances pour assurer cette fonction. Les responsables de la FJKL pensent également que les autorités concernées seront bien inspirées d’accorder à cette entité la même mission définie pour le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), les greffes des Cours et Tribunaux. Les policiers comme les Magistrats ou ceux et celles qui dépendent d’eux doivent être privés de la manipulation de fonds. L’efficacité de leur travail en dépend.
Par Diego O. Charles
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